Hier, en moins de quelques minutes, le nouveau patron de la Fed a réussi à faire perdre 507 points au Dow Jones, juste en arrêtant de parler. Kevin Warsh tenait sa première conférence de presse en tant que président de la banque centrale américaine, et visiblement, il n'avait pas prévu de rassurer qui que ce soit.

L’Audio du 18 juin 2026

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Rien de neuf et pourtant

Sur le papier, rien d’extraordinaire : la Fed laisse ses taux inchangés entre 3,50% et 3,75% pour la quatrième fois de suite, exactement ce que tout le monde attendait. Le problème, ce n’est pas la décision. C’est ce qu’il a dit, et surtout ce qu’il a arrêté de dire. Warsh a annoncé qu’il tirait un trait sur le « forward guidance » — cette habitude qu’avait la Fed de donner des indices sur la suite — en expliquant que ce n’était plus « adapté à la conjoncture actuelle. » Traduction : à partir d’aujourd’hui, vous naviguez à vue, et c’est volontaire. Il a même refusé de glisser son propre point dans le fameux dot plot, une première dans l’histoire de l’institution.

La hausse

Ses petits camarades, eux, ne se sont pas privés. On est passés d’une trajectoire qui prévoyait encore une baisse de taux en mars à un scénario où neuf gouverneurs sur dix-huit voient désormais une hausse d’ici la fin de l’année. Plus aucune baisse au programme pour 2026. La croissance a été rabotée à 2,2%, l’inflation attendue est repassée à 3,6%, et le retour à la cible des 2% est repoussé à… 2028.

Le moment de la soirée

Et puis il y a eu LE moment de la soirée, celui qui a fait taire la salle : Warsh a qualifié le rapport mensuel sur l’emploi, celui que tout Wall Street regarde comme un oracle, d’« écho du passé. » Une façon clairement assumée de jeter le doute sur la fiabilité des statistiques officielles américaines. Et il ne s’est pas arrêté là : sur la fameuse cible d’inflation à 2%, censée être gravée dans le marbre, il a laissé entendre qu’il se concentrerait surtout sur « le chiffre à gauche de la virgule » — ce qui revient à dire que 2,9% lui irait peut-être très bien aussi.

Le marché n’a pas du tout aimé l’ambiguïté. S&P -1,21% à 7’420 points, Dow -507 points, Nasdaq -1,34%, et le rendement à deux ans qui prend onze points de base d’un coup. Selon les statistiques, c’est la pire séance jamais enregistrée pour le S&P un jour de décision de la Fed sous un nouveau président, depuis 1994.

Le faucon pas apprivoisé

Trump voulait un faucon apprivoisé, prêt à baisser les taux sur commande. Il a hérité d’un homme qui se fiche visiblement de plaire à la Maison Blanche. Un économiste a résumé la scène en disant que le Président s’était fait « avoir » par son propre poulain. Concrètement, ça veut dire que la Fed parlera désormais moins, expliquera moins, et gardera ses cartes plus près du corps — exactement au moment où les marchés auraient eu le plus besoin de visibilité.

Et ce matin, comme toujours, le marché préfère oublier plutôt que digérer : Trump a signé hier soir à Versailles — oui, le même château que celui du traité de 1919 — un mémorandum d’accord avec l’Iran. Réouverture du détroit d’Ormuz, levée du blocus naval, dérogations sur les sanctions pétrolières. Les futures ont immédiatement repris de la hauteur. Sauf que ce papier signé entre deux plateaux de homard n’est, dans les faits, qu’un accord-cadre ouvrant soixante jours de négociations sur le nucléaire iranien. Même les alliés républicains de Trump le qualifient au mieux de « cadre pour un futur accord. »

Peu importe le flacon

Mais peu importe la substance : depuis trois mois, chaque fois que le mot « paix » apparaît dans un titre de presse, l’indice prend deux pour cent. On serait fous de bouder ce genre de cadeau.

Ce que je n’ai pas eu la place de vous raconter ici, c’est le détail complet de ce que Warsh a refusé de dire pendant cette conférence — et deux de ces refus en disent bien plus long que tout le reste de son discours. Tout ça, plus l’analyse complète de ce que ce changement de régime à la Fed va vraiment coûter aux marchés dans les prochaines semaines, c’est sur Morningbull.ch.

Belle journée à tous – et pas de chronique demain pour cause de vacances.. on se revoit depuis l’autre côté de l’Atlantique dès lundi.

Thomas Veillet
Investir.ch