Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie de chroniqueur, j’écris ma chronique avant la clôture de New York. D’abord parce que je suis en vacances et que j’ai aussi une famille. Ensuite parce que ça fait deux heures que j’observe ce marché et que, entre Trump qui ne sait même pas s’il est en guerre, Micron qui bouge de 10% dans chaque sens tous les jours et un marché qui se fout TOTALEMENT du prix du pétrole, des risques inflationnistes, du 30 ans américain au-dessus de 5% et du 10 ans japonais qui frise les 3%, j’ai même plus envie d’attendre la cloche. De toute façon, tout le monde parie sur le fait que Trump arrête ses frappes durant le week-end et annonce de nouveaux accords de paix.
L’Audio reviendra le 17 juillet (tout comme moi)
Alors je vais aller écouter le chant des baleines. Vive le Québec libre. Mais avant ça, la chronique. Elle parle de la guerre de Schrödinger
Le chat, la boîte et le Président
En 1935, Erwin Schrödinger invente une expérience de pensée pour se moquer gentiment de la mécanique quantique : un chat enfermé dans une boîte avec une fiole de poison qui a une chance sur deux de se briser. Tant que la boîte reste fermée, le chat est à la fois mort ET vivant. Schrödinger trouvait ça absurde. C’était le but. Nonante ans plus tard, la guerre entre les États-Unis et l’Iran est exactement ce chat : elle existe et elle n’existe pas, simultanément. Le cessez-le-feu est « terminé » selon Trump mercredi matin, mais l’Iran « supplie pour un deal » mercredi soir. On bombarde 170 cibles, mais on négocie. Et quand on demande au Président des États-Unis — l’homme qui tient le couvercle — si la guerre a repris, il répond : « I don’t know. » Même l’observateur ne sait plus ce qu’il observe.
La différence avec le chat, c’est que le marché refuse d’attendre l’ouverture de la boîte. Il a décidé que le chat était vivant et il a acheté des semi-conducteurs pour fêter ça : le SOX prend 4,6%, le VIX perd 5%, le S&P 500 gagne 0,83%. Pendant ce temps, le détroit d’Ormuz fonctionne « en conditions de conflit total » — treize tankers l’ont traversé mercredi contre 33 en moyenne la semaine d’avant — et le baril BAISSE de 2%. Dans n’importe quelle décennie précédente, ces chiffres auraient valu un baril à 100 dollars et un VIX à 40. On a inventé la guerre-bruit-de-fond. Comme la pluie à Londres : désagréable, mais on ne va pas annuler ses plans pour ça.
Le monde à l’envers
Sur l’obligataire, détente apparente : le 10 ans US redescend à 4,54%. Sauf que le vrai sujet n’est pas là. Le vrai sujet, c’est que le marché price désormais AU MOINS une HAUSSE de taux de la Fed d’ici la fin de l’année. Relisez cette phrase. Et John Williams, le patron de la Fed de New York, a lâché jeudi un aveu qui mérite d’être encadré : les investissements dans l’infrastructure IA « contribuent de manière évidente à alimenter une inflation trop élevée ». Traduction : le thème qui fait monter la Bourse est aussi celui qui pourrait forcer la Fed à monter ses taux, ce qui ferait baisser la Bourse. Le serpent se mord la queue et le marché applaudit le serpent. Pendant ce temps, l’or gagne 1,5% à 4’142 dollars et l’argent bondit de 4%. Quelqu’un, quelque part, achète des assurances. Et c’est rarement le plus mal informé de la salle.

La ruée vers l’or de la mémoire
Passons aux choses sérieuses, c’est-à-dire aux puces. Micron a dégainé un plan à 3 milliards pour sa chaîne d’approvisionnement américaine et porté son enveloppe d’investissement US à 250 milliards d’ici 2035. Résultat : +9%, le titre se balade vers 1’200 dollars. Pour un fabricant de mémoire — un business qui alternait historiquement boom et quasi-faillite avec la régularité d’un coucou suisse. Mais cette fois c’est différent, voyons : l’IA dévore la HBM et la DRAM, et les ventes mondiales de mémoire viennent d’atteindre un record de 74,6 milliards de dollars. Par MOIS. Le clou du spectacle, c’est SK Hynix, qui débarque ce vendredi sur le Nasdaq : sursouscrite sept fois, environ 26,5 milliards levés, la plus grosse cotation ADR de l’histoire, un titre qui a pris 600% en douze mois. Et pendant que la mémoire s’envole, Sam Altman se plaint que son coût devient « un vent contraire » pour OpenAI. L’homme qui a déclenché la ruée vers l’or se plaint du prix des pelles.Ah, et il y a un détail que presque tout le monde a raté jeudi : le SOX a gagné 4,6% et tous ses composants ont fini dans le vert. Tous sauf un. Et ce n’est pas n’importe lequel — c’est la plus grosse capitalisation boursière du monde. L’histoire complète est dans la version intégrale, et croyez-moi, elle vaut le détour.
Et si ça craque ?
Satyajit Das — un vétéran qui décortique les crises depuis quarante ans — vient de publier le mode d’emploi du pire. Son acronyme du jour : après le FOMO, voici le NOGO — « no option but getting out ». Un seul chiffre pour vous mettre dans l’ambiance : l’investissement IA pèse aujourd’hui 17 fois la bulle internet et quatre fois les subprimes. La bulle internet a coûté 5 à 6’000 milliards de dollars. Les subprimes, 15 à 20’000. Faites la multiplication. Le mécanisme complet — le mille-feuille de dette, les zombies qui paient les intérêts mais jamais le principal, l’amplificateur à 30’000 milliards et la définition de l’EBITDA version 2026 qui vaut son pesant d’or — je le détaille dans la chronique complète. Rangez-la dans un tiroir. Pas trop loin.
Le fusible japonais
Dernière chose, et pas la moindre : le détonateur ne sera peut-être ni Téhéran ni la Fed, mais Tokyo. Le rendement du 10 ans japonais a touché 2,9% jeudi — plus haut de trente ans, neuvième séance consécutive de baisse des JGB, du jamais-vu en vingt ans. Ma prévision perso : il tape les 3% dans la semaine qui vient. Pourquoi votre portefeuille Nasdaq dépend du marché obligataire le plus ennuyeux du monde, ce qui s’est réellement passé en août 2024 quand le carry trade a commencé à se déboucler, et la question d’Albert Edwards à laquelle personne ne veut répondre — tout ça vous attend dans la version intégrale.
Conclusion
En attendant, la messe est dite : BULL MARKET IS ON, et à poil les shorts. Profitez du week-end, remettez une couche de crème solaire sur votre biais de confirmation, et on se retrouve lundi matin — peut-être pour la signature des accords de paix, peut-être pas. Même Trump n’en sait rien.
👉 La chronique intégrale — avec le chapitre spécial « mode d’emploi du pire », le vrai problème de la plus grosse capitalisation du monde et le dossier Japon complet — c’est sur Morningbull.ch.
Thomas Veillet – Investir.ch