Version express — Investir.ch — Vendredi 17 juillet 2026 Bon. Avant toute chose, mes excuses pour ces deux jours d'absence. Il se trouve que revenir du Nord canadien, c'est comme sortir d'une position illiquide : on sait exactement quand on entre, jamais quand on sort. Deux jours d'avion, de route, de changements d'hôtel et un décalage horaire dans les dents. Bref, me revoilà devant les écrans. Et pendant que je regardais passer les caribous, le marché a délicatement changé ses règles du jeu : publier des résultats records ne suffit plus. Il faut faire plus. Beaucoup plus. Il faut nous vendre du miracle avec des paillettes et des fusées qui vont sur Mars dedans.

L’Audio du 17 juillet 2026

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Faire mieux qu’extraordinaire

Je ne sais pas si vous avez vu, mais hier, TSMC a sorti le meilleur trimestre de son histoire. Bénéfice net en hausse de 77 % à 22 milliards de dollars, chiffre d’affaires +36 %, marge brute au-dessus de 67 % — des marges d’éditeur de logiciels pour une boîte qui fabrique des puces. Cerise sur le wafer : ils prévoient de faire ENCORE mieux au trimestre prochain. C’est un peu comme si Usain Bolt battait le record du monde du 100 mètres et annonçait en conférence de presse qu’il compte courir plus vite la semaine prochaine. Verdict du marché : -3.6 % à Taïwan ce matin. Parce que TSMC a aussi relevé ses investissements à 64 milliards pour l’année, plus 100 milliards en Arizona, et que Wall Street a fait ses calculs : les quatre plus gros acteurs de l’IA vont cramer plus de 725 milliards cette année. La question n’est plus « est-ce que la demande est là », mais « qui va payer le retour sur investissement de tout ce béton ».

S’il fallait une deuxième preuve, Netflix l’a fournie après la clôture : chiffre d’affaires +13 %, bénéfices en hausse, la pub qui décolle, exécution impeccable. Et -9 % dans les heures sombres et orageuses de la nuit. Le crime ? Une guidance pour le troisième trimestre qui est… bonne. Pas mauvaise. Juste bonne. PAS EXTRAORDINAIREMENT FORMIDABLE. C’est l’histoire de l’élève qui ramène des 20 sur 20 depuis des années : le jour où il rentre avec un 18, toute la famille lui demande ce qui ne va pas, pendant que le voisin fête son 12. Sur ce marché, être excellent ne suffit plus. Il faut promettre monts et merveilles avec un supplément crème chantilly, sinon c’est deux claques et au lit.

On tire sur les premiers de classe

En surface, la séance d’hier ressemblait à une sieste d’été : Dow -0.2 %, S&P 500 -0.51 %, Nasdaq -1.47 %. Sauf que si on gratte un peu, c’était la bérézina des semi-conducteurs : le SOX a dévissé de 4.3 % et pointe désormais à 19.7 % sous son record du 22 juin. Encore un poil et on pourra officiellement tamponner « bear market » sur le secteur qui était censé nous emmener sur Mars. Nvidia -2.4 %, AMD -5.3 %, Intel -5.8 %, et dans la mémoire, c’était carrément une boucherie : Micron -5.7 %, Sandisk -12.6 %, Seagate -10 %.

Mais le plus fascinant, c’est que pendant ce carnage, HUIT des onze secteurs du S&P 500 ont terminé dans le vert. La santé a bondi de 2.2 %, les financières ont aligné un deuxième record consécutif. Ce n’est pas le marché qui baisse. C’est le marché qui déménage. Tout le monde a gagné 200 % sur les puces depuis janvier, tout le monde le sait, et tout le monde veut être le premier à sortir de la soirée sans faire partie des derniers qui devront passer le balai. Résultat : l’indice Goldman des stratégies momentum a perdu 24 % sur la première quinzaine de juillet. Le pire débouclage depuis 2001. Ce n’est plus de la rotation sectorielle, c’est une évacuation d’urgence.

L’élastique est tendu comme jamais

Et là, il faut prendre deux minutes pour réfléchir. Le S&P 500 fait du surplace à moins de 2 % de son record, calme plat en surface. Sauf que l’écart entre la volatilité des composants de l’indice et le VIX vient d’atteindre son niveau le plus large JAMAIS enregistré, et que l’indice de dispersion du CBOE est au plus haut depuis mars 2020. Un élastique tendu entre deux mains. Ça ressemble furieusement à l’été 2024, juste avant que le carry trade sur le yen n’explose à la figure de tout le monde.

Au centre de l’élastique, il y a Micron, -30 % depuis le 22 juin, et un détail qui devrait vous faire tiquer : CoreWeave étudie des produits dérivés pour se COUVRIR contre une baisse des prix de la mémoire. Quand votre plus gros client commence à hedger vos prix, ce n’est pas exactement un vote de confiance. Et ce matin, c’est l’Asie qui paie l’addition : Nikkei -3.6 %, Kioxia -16 % — la moitié de sa capitalisation partie en un mois — pendant que la Corée, fermée pour jour férié, se réjouit déjà de sa réouverture lundi. Séoul vient d’ailleurs d’interdire les nouvelles cotations d’ETF sur les grandes tech. Quand le régulateur coupe le robinet en haut de cycle, c’est rarement parce qu’il s’ennuie.

Pendant ce temps, dans le reste du monde

Ajoutez à ça une Fed qui n’est plus votre amie — le marché price désormais des HAUSSES de taux d’ici décembre, pendant que le secteur le plus cher du marché se dégonfle — une sixième nuit consécutive de frappes américaines sur l’Iran avec un Brent qui a pris 11 % sur la semaine et un détroit d’Ormuz devenu « ligne rouge invincible », un Trump qui rejoue l’élection de 2020 en accusant la Chine d’avoir volé les données de 220 millions d’électeurs, et SpaceX qui vient de clôturer SOUS son prix d’IPO après l’annulation de dernière minute du treizième vol de Starship — mille milliards de capitalisation évaporés en un mois, une fois et demie Tesla. Face à tout ça, le VIX dort à 16.7. C’est soit de la sérénité, soit de l’euthanasie.

Pourquoi l’or baisse alors qu’il y a la guerre, pourquoi le « Fed put » est parti en vacances sans laisser d’adresse, ce que cache le flottant de 4 % de SpaceX avant le déblocage des insiders en août, et pourquoi lundi matin pourrait piquer en Corée — tout ça, je le détaille dans la chronique complète du jour sur Morningbull.ch.

Conclusion

Résumons, pour ceux qui reviennent de très loin — comme moi : un marché qui punit les résultats records, une Fed qui envisage de monter ses taux, un cinquième du pétrole mondial coincé derrière une ligne rouge, un SOX à 1 % du bear market et un élastique tendu comme jamais. Chaque intervenant est persuadé qu’il aura le temps de lâcher avant les autres. C’est toujours comme ça que ça se passe. Personne ne sait quand l’élastique claque, ni dans quel sens il part.

La seule certitude, c’est que plus il est tendu, moins la sortie est ordonnée. Pour ceux qui veulent la chronique complète avec tous les détails et les coups de gueule – il faut dorénavant s’abonner à Morningbull.ch – parce que tout travail mérite salaire. Excellent week-end à toutes et à tous — et pour ceux qui ne peuvent pas attendre lundi, demain c’est le RETOUR DU SWISS BLISS en vidéo sur la chaîne Swissquote en français et ça, c’est gratuit.

Hasta la vista !

Thomas Veillet
Investir.ch

« When everything seems to be going against you, remember that the airplane takes off against the wind, not with it. » — Henry Ford