L'exposition continue de l'Asie aux perturbations du détroit d'Ormuz.
Le détroit d’Ormuz est le principal point de passage mondial pour le pétrole, mais aussi un carrefour essentiel de l’économie mondiale : pétrochimie, plastiques, aluminium, hélium, soufre et engrais y transitent également. Avant la fermeture, environ 80% du pétrole et près de 90% du GNL transitant par le détroit étaient destinés à l’Asie.
Depuis mars 2026, les hostilités entre les États-Unis et l’Iran ont provoqué la fermeture du détroit, puis un cessez-le-feu fragile. Mais même après le cessez-le-feu, les perturbations du transit persistent: l’Iran peut continuer d’imposer des restrictions (inspections, contrôles de sécurité, assurances), créant un traitement inégal selon les compagnies et les pays.
Le rapport de The Asia Group analyse les répercussions macroéconomiques, politiques et géopolitiques pour les quatre plus grandes économies d’Asie (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud) et cinq marchés émergents d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Vietnam), à partir de données sur onze catégories de matières premières (pétrole brut, GNL, GPL, naphta, diesel, essence, kérosène, méthanol, ammoniac, soufre, hélium).
Contexte stratégique
- Avant le conflit, le détroit transportait ~20 millions de barils/jour de pétrole brut, condensats et produits pétroliers (environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole) et près d’un cinquième du commerce mondial de GNL.
- Un tiers de l’hélium mondial (essentiel pour les semi-conducteurs et l’IRM) et près de 50 % du soufre transporté par voie maritime transitaient par Ormuz.
- Le détroit ne fait que 21 miles de large à son point le plus étroit, rendant le trafic commercial vulnérable à un nombre limité de mines, drones, missiles ou vedettes rapides.
- Le trafic de navires est tombé de 120–160 navires/jour avant-guerre à quelques unités seulement pendant les hostilités actives.
Chine : la grande gagnante relative
- La Chine ressort de la crise avec des avantages économiques et stratégiques clairs, grâce à ses réserves énergétiques, sa diversification des fournisseurs et sa capacité à absorber le choc (contrôle des prix, subventions, gestion du taux de change).
- Les importations chinoises de brut sont passées de 11,5 millions de barils/jour (mai 2025) à 7,8 millions (2026) — la Chine a surtout réduit sa demande plutôt que remplacé les volumes perdus, en compensant environ un tiers via de nouveaux itinéraires et fournisseurs (dont le Brésil).
- Points de tension : petits raffineurs indépendants (« teapot refiners »), pétrochimie, secteur manufacturier exportateur.
- Le risque principal pour Pékin : un ralentissement de la croissance mondiale qui réduirait la demande pour les exportations chinoises.
- Avec le début du quatrième mandat de Xi en 2027, Pékin privilégie la stabilité sociale; en cas de perturbation prolongée, la Chine pourrait tenir 3 à 6 mois supplémentaires grâce à ses réserves (~1,4 milliard de barils).
Inde : exposition continue et cumulative
- Avant le conflit, plus de 40% du pétrole brut et 60% du GNL/GPL indiens transitaient par le détroit.
- Risques cumulés : hausse du coût de la vie (carburant + alimentation = plus de la moitié du panier de consommation), pénuries d’engrais juste avant une mousson annoncée en dessous de la normale, baisse des envois de fonds des travailleurs indiens du Golfe.
- Le secteur pharmaceutique est particulièrement exposé : l’Inde est le premier fournisseur mondial de médicaments génériques, et la hausse du coût des intrants pétrochimiques menace la disponibilité mondiale de médicaments.
- New Delhi a déployé subventions et baisses de taxes sur le carburant, mais au prix d’une pression budgétaire croissante.
- Point positif : accélération de la transition énergétique (Inde a ajouté un record de 55 GW de capacité non fossile en 2025).
Japon : risques budgétaires et financiers en cas de crise prolongée
- Le Japon dépend du Golfe pour environ 95 % de son brut ; ses réserves peuvent couvrir la demande jusqu’en 2027.
- Angle mort révélé par la crise : le naphta (intrant clé des plastiques et de la chimie), sans réserve stratégique et sourcé à 70 % dans le Golfe — sa pénurie s’est propagée trois fois plus vite qu’un choc énergétique classique dans les budgets des ménages.
- Impact concret : Toyota anticipe une réduction de plus de 80 000 véhicules produits d’ici novembre ; Mitsui Chemicals a absorbé 100 millions USD de pertes opérationnelles.
- Contraintes budgétaires fortes : les subventions carburant équivalent à la moitié du budget de la défense, les rendements obligataires sont à leur plus haut niveau en 30 ans, et le service de la dette absorbe déjà un quart du budget national — ce qui limite la marge de manœuvre du Premier ministre Takaichi.
Corée du Sud : courroie de transmission mondiale
- Avant la crise, environ 70 % du pétrole brut sud-coréen transitait par Ormuz.
- La Corée est le premier exportateur mondial de kérosène (30 % du marché mondial, 70 % des importations américaines) — toute réduction de production aurait des répercussions mondiales sur le fret aérien.
- Le secteur des semi-conducteurs (premier consommateur mondial d’hélium, 65 % de son approvisionnement venant du Qatar) a pour l’instant absorbé les surcoûts.
- Conséquence politique : les élections locales du 3 juin ont été perçues comme une défaite pour le parti au pouvoir, augmentant la pression sur le gouvernement Lee.
- Effet géopolitique notable : rapprochement accéléré avec le Japon sur la sécurité énergétique.
Asie du Sud-Est : marges de manœuvre plus étroites
Les économies émergentes de la région manquaient des réserves et de la capacité budgétaire des économies avancées : les effets ont été plus rapides et plus douloureux.
- Indonésie : vulnérabilité en tant qu’importateur net d’énergie ; 14 milliards USD engagés pour geler les prix du carburant et du GPL jusqu’à fin 2026.
- Vietnam : création accélérée d’une réserve stratégique de pétrole, mais réserve limitée à seulement 26 jours de couverture.
- Thaïlande : croissance déjà faible, endettement élevé des ménages; 12,2 milliards USD d’emprunt d’urgence approuvés.
- Malaisie : relativement protégée en tant qu’exportateur net d’énergie, mais facture des subventions au carburant multipliée par dix ; le Premier ministre Anwar Ibrahim envisagerait des élections anticipées.
- Philippines : plus de 95 % du brut importé du Moyen-Orient avant le conflit; forte dépendance aux envois de fonds des 1,1 million de travailleurs philippins dans le Golfe ; état d’urgence énergétique déclaré en mars.
Sécurité alimentaire: le secteur rizicole, dominé par de petits exploitants à faibles marges, est exposé aux pénuries d’urée et de soufre (engrais). Les effets sur les prix alimentaires devraient apparaître dans les 60 à 90 jours.
Secteurs à surveiller
- IA et centres de données : le risque principal n’est pas la pénurie d’un intrant isolé (l’hélium reste gérable pour les grands acteurs), mais la pression inflationniste cumulée sur l’acier, l’aluminium, le cuivre et les taux d’intérêt, qui pourrait ralentir ou renchérir la construction de centres de données — environ la moitié des projets américains prévus pour 2026 seraient déjà retardés ou annulés.
- Métaux et minéraux critiques: le soufre (matière première de l’acide sulfurique) est un maillon sous-estimé de la transition énergétique — son prix a plus que doublé depuis le début du conflit, avec des effets en cascade sur le cuivre, le nickel et les terres rares. La Chine, premier producteur mondial d’acide sulfurique, a instauré une interdiction totale d’exportation jusqu’en août 2026, renforçant son levier géopolitique.
- Énergie propre : la crise accélère l’adoption des énergies renouvelables et des véhicules électriques partout en Asie, mais la ruée vers les subventions fossiles à court terme risque d’évincer les investissements de long terme dans le vert. La Chine, leader mondial de la fabrication de technologies propres, en profite le plus.
- Santé et médicaments : plus de 50% des prescriptions génériques américaines dépendent d’intrants indiens vulnérables aux routes commerciales du Golfe; les pénuries d’hélium menacent également les appareils d’IRM.
Conclusion
Il n’y aura pas de retour au statu quo d’avant la fermeture, en particulier pour l’Asie. Les réserves stratégiques et les stocks commerciaux, qui ont amorti le choc initial, ne se reconstituent pas automatiquement — un second choc trouverait le monde bien moins préparé.
(Source : The Asia Group — Dernière mise à jour : 29/06/2026)
Coup d’œil sur les marchés
La plupart des Bourses européennes ont terminé en baisse mercredi, les investisseurs faisant preuve de prudence face à l’incertitude entourant l’évolution des négociations au Moyen-Orient et l’impact de l’inflation sur la politique monétaire des banques centrales. À Paris, le CAC 40 a perdu 0,79% à 8.337,29 points. À Francfort, le Dax a en revanche pris 0,29%, tandis qu’à Londres, le FTSE 100 a abandonné 0,18%. L’indice EuroStoxx 50 a fini en baisse de 0,56%, le FTSEurofirst 300 de 0,45% et le Stoxx 600 de 0,31%. À Paris, Schneider Electric, qui a signé un accord afin d’acquérir Cognite Holding, a perdu 3,07%. Le constructeur automobile Renault a fini sur un gain de 4,7% après avoir confirmé ses perspectives pour l’exercice lors d’une conférence téléphonique avec les investisseurs et avoir vu ses immatriculations en France augmenter de 1,04% sur un an le mois dernier. Ailleurs en Europe, Associated British Foods, propriétaire de Primark, a abandonné 3,1% après avoir dit toujours anticiper un bénéfice annuel inférieur à celui de l’année précédente. Le fabricant suédois d’équipements de défense Saab a pris 3,3% après avoir signé un contrat portant sur la livraison de 16 avions de chasse Gripen E à l’Ukraine. Au niveau sectoriel, le secteur technologique qui a largement contribué à la bonne performance des indices au deuxième trimestre, est passé en territoire négatif et a clôturé en baisse de 0,85%.
En Suisse, le SMI a fini en recul de 0,56%. Parmi les quelques valeurs vedettes à terminer dans le vert, Lonza (+3,1%) s’est maintenu en tête de classement jusqu’en fin de séance. Le sous-traitant pharmaceutique bâlois a annoncé l’élargissement de sa collaboration stratégique avec une entreprise biopharmaceutique américaine. A l’opposée, Galderma (-2,8%) a conservé la lanterne rouge. Le gendarme sanitaire (FDA) au pays de l’oncle Sam s’est fendu d’une missive réclamant des adaptations sur les installations comme sur la méthode de production, à l’issue d’une inspection préalable à l’octroi d’une licence. Le laboratoire était suivi par Swisscom (-2,4%) et Richemont (-2,1%).
L’inflation dans la zone euro a ralenti bien plus que prévu en juin, à 2,8%, atténuant ainsi la pression exercée sur la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle relève à nouveau ses taux d’intérêt ce mois-ci, même si les prix restent suffisamment élevés pour que les investisseurs continuent de parier sur un nouveau resserrement dans un avenir proche, en septembre ou en octobre. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a toutefois dit mercredi que les risques pesant sur l’inflation et la croissance économique étaient désormais globalement plus équilibrés qu’il y a quelques semaines, compte tenu de la récente baisse des cours de l’énergie. Dans la zone euro, le du Bund allemand à dix ans a terminé sur un gain de 1,2 point de base, à 2,9228%. Le rendement du titre à deux a en revanche reculé de 2,2 points de base à 2,5108%, les données sur l’inflation de la zone euro ayant apaisé quelque peu les craintes concernant une nouvelle hausse imminente des taux de la BCE.
Aux Etats-Unis, le secteur privé a créé beaucoup moins d’emplois que prévu en juin, a montré mercredi l’enquête mensuelle du cabinet ADP, qui précède la parution du rapport officiel sur l’emploi du département du Travail, attendu aujourd’hui. La forte baisse du nombre de licenciements prévus témoigne en même temps d’une situation stable sur le marché du travail. L’activité manufacturière américaine a ralenti en juin après avoir connu une forte hausse le mois précédent, selon l’enquête publiée mercredi par l’Institute for Supply Management (ISM). Les rendements des bons du Trésor américain sont en hausse mercredi mais ont réduit leurs gains après la publication de l’enquête ADP sur l’emploi et les déclarations du président de la Fed sur l’évolution de l’inflation. Le rendement des Treasuries à dix ans gagne près de 4 points de base à 4,4613%, tandis que celui de l’obligation à deux ans prend 1,5 point de base à 4,1537%.
L’indice dollar progressait dernièrement de 0,17 % à 101,41. Le yen japonais était quasi inchangé face au billet vert, à 162,56 yens pour un dollar. L’euro a reculé de 0,39 % à 1,1376 dollar. Du côté des cryptomonnaies, le bitcoin a progressé de 2,44% à 60’096 dollars, après être tombé plus tôt à 57’776 dollars, son plus bas niveau depuis septembre 2024. A noter un nette reprise du cours de l’argent (+3%) et de l’or (+1,7%)
Les bourses américaines finissent en légère baisse. L’indice Dow Jones a cédé 0,03%, ou 13,96 points, à 52.305,24 points. Le S&P-500 a perdu 16,13 points, soit 0,22%, à 7.483,23 points et le Nasdaq a reculé de son côté de 173,69 points (0,66%) à 26.040,03 points. Parmi les principaux catalyseurs de la bourse new-yorkaise, les technologies ont marqué le pas mercredi, à l’exception notable de Meta qui a pris 8,8% après que Bloomberg a rapporté que la maison-mère de Facebook développait une activité « cloud » en vue de commercialiser des capacités de calcul excédentaires en matière d’intelligence artificielle (IA). Le secteur des semi-conducteurs a chuté mercredi de plus de 6% et particulièrement pesé sur le S&P-500 et le Nasdaq.
Ce secteur a aussi affecté les bourses asiatiques ce matin. L’indice MSCI le plus large des actions de la région Asie-Pacifique hors Japon a reculé de 0,8%, tandis que le Nikkei japonais a également chuté de 1,1%, aggravant ainsi les pertes enregistrées dès le premier jour du trimestre. Le KOSPI a chuté de 2,7%, prolongeant ainsi la baisse de 2% enregistrée mercredi. SK Hynix a plongé de 7,7% et Samsung a chuté de 6,2%. À Hong Kong, l’indice Hang Seng a fait figure d’exception en Asie avec une hausse de 1,8%.
Dans le secteur des matières premières, le baril de brut léger américain WTI a clôturé en baisse de 1,3% à 68,58 dollars et le Brent a chuté de 1,9% à 71,57 dollars. Les contrats à terme sur le blé aux États-Unis ont progressé mercredi, prolongeant un rebond après avoir touché des plus bas de plusieurs mois, alors que les acteurs du marché digèrent des estimations de surfaces cultivées plus faibles que prévu aux États-Unis et au Canada, selon les analystes. Le maïs a progressé grâce à des données de stocks trimestriels américains favorables, tandis que les contrats à terme sur le soja se sont affermis, portés par l’optimisme concernant la consommation. Les contrats à terme sur le soja ont progressé mercredi, portés par la fermeté du maïs et du blé ainsi que par la perspective d’une reprise de la demande à l’exportation de la part de la Chine, alors que la demande des triturateurs domestiques demeure robuste, selon des analystes.
Coup d’œil sur Trump
Le président américain Trump a déclaré que les rencontres avec l’Iran s’étaient «très bie » déroulées et que les deux parties «s’entendaient très bien», ajoutant que la dénucléarisation de l’Iran progressait bien.
Il a également affirmé que les États-Unis gagneraient facilement une guerre et entretenaient de bonnes relations avec l’Iran, comme avec le Venezuela, tout en précisant qu’ils ne laisseraient pas la Chine prendre le contrôle du canal de Panama.