C’est une histoire de semi-conducteurs et de marchés financiers
Alors que les entreprises de semi-conducteurs et de mémoire bénéficient de manière disproportionnée de centaines de milliards de dollars d’investissements, et qu’un nombre croissant de responsables politiques envisagent de redistribuer ces gains exceptionnels, l’agence de presse Yonhap a rapporté que la Corée du Sud prévoit de créer un fonds d’investissement alimenté par les recettes fiscales de son industrie des semi-conducteurs en plein essor, afin de financer la croissance économique à long terme.
Lors d’une réunion de haut niveau rassemblant le gouvernement et le parti au pouvoir, le chef de cabinet du président, Kang Hoon-sik, a déclaré que les recettes supplémentaires issues de l’industrie des semi-conducteurs du pays devraient être investies pour la croissance future, selon l’agence de presse.
«En créant ce fonds grâce aux recettes fiscales supplémentaires, nous ambitionnons de réaliser des investissements audacieux pour l’avenir, notamment en soutenant les trois grands projets, en créant de futurs moteurs de croissance, en luttant contre la polarisation sociale et en soutenant le logement, les start-ups et l’emploi des jeunes de 20 à 30 ans», a déclaré M. Kang.
La Corée du Sud a récemment dévoilé son initiative des trois grands projets, qui prévoit des investissements importants dans les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle physique et les centres de données. Des investissements d’au moins 1’350’000 milliards de wons (880 milliards de dollars) provenant d’entreprises telles que Samsung Electronics et SK Hynix seront réalisés, le gouvernement cherchant à renforcer la compétitivité à long terme du pays et à le positionner comme un leader dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Les groupes Samsung et SK ont annoncé leur intention de construire chacun deux usines de fabrication de puces dans le sud-ouest du pays, pour un investissement total de 800’000 milliards de wons, afin d’accroître rapidement les capacités de production et de répondre à la demande croissante. La Corée du Sud a également annoncé un investissement de 550’000 milliards de wons de la part d’entreprises, dont le géant de l’internet Naver Corp., pour la construction de centres de données dédiés à l’IA d’une capacité de 8,4 gigawatts d’ici 2029.
Le ministère de l’Industrie a déclaré dans un communiqué que la Corée du Sud ambitionne de doubler sa capacité de production de mémoire d’ici cinq ans et de se doter de capacités de fabrication de classe mondiale afin de devancer largement ses concurrents. Le président Lee Jae Myung a affirmé lors d’une conférence de presse que la Corée du Sud devait agir plus rapidement que ses rivaux internationaux pour s’assurer le leadership dans les domaines des puces, des centres de données et de l’intelligence artificielle physique, et a qualifié les dirigeants de Samsung et de SK Hynix de «héros nationaux».
Selon l’agence Yonhap, Kang a indiqué que ces mégaprojets contribueraient à créer de nouveaux moteurs de croissance qui façonneraient l’avenir du pays pour les 20 à 30 prochaines années.
D’après le quotidien coréen Hankgyung, CXMT, le plus grand fabricant chinois de mémoire, qui se prépare à son introduction en bourse dans les prochaines semaines, teste actuellement une ligne de production pilote de DRAM à liaisons à Hefei (au cœur de l’industrie chinoise des semi-conducteurs). L’objectif est de produire une DRAM haute performance sans recourir à la lithographie EUV, actuellement monopolisée par le groupe néerlandais ASML et soumise à des contrôles à l’exportation sans précédent (bien que, selon Reuters, la Chine ait déjà construit un prototype de machine EUV). La technologie DRAM assemblée consiste à fabriquer la matrice de cellules mémoire et les circuits périphériques sur des plaquettes distinctes, puis à les assembler par collage, comme expliqué ici. Cette approche permet la production de DRAM à ultra-haute densité grâce à la lithographie ultraviolette profonde (DUV) avec multi-motif, éliminant ainsi le besoin d’outils EUV.
Samsung Electronics développe également sa propre DRAM à liaisons dans le cadre du projet «B1b», tandis que SK Hynix poursuit des recherches sur une technologie similaire. Cependant, les médias coréens mettent en garde : certaines évaluations suggèrent que CXMT pourrait actuellement avoir une longueur d’avance sur ses concurrents coréens, tant au niveau technologique que de la rapidité de développement.
Selon ce média coréen, les fabricants chinois de puces mémoire CXMT (DRAM) et YMTC (NAND), qui il y a à peine deux ans n’étaient que des entreprises peinant à fabriquer des puces bas de gamme et subissant des pertes annuelles de plusieurs milliards de wons, ont récemment connu une transformation spectaculaire et ont « comblé leur retard technologique sur Samsung Electronics et SK Hynix bien plus rapidement que prévu », passant d’un retard d’environ cinq ans à environ trois ans, malgré les restrictions américaines à l’exportation qui bloquent l’accès aux équipements de lithographie EUV de pointe. Pourtant, alors que les analystes financiers s’empressent de revoir à la hausse leurs estimations de bénéfices, on peut se demander combien d’entre eux ont pris en compte le risque que la production et la technologie de mémoire chinoises non seulement rattrapent celles de la Corée, mais les surpassent, et que, dans quelques années, toute cette production massive de mémoire aboutisse à une nouvelle surabondance historique de ce qui n’est, malgré toute la rhétorique contraire, qu’une matière première comme une autre.
Coup d’œil sur les marchés
Les Bourses européennes ont terminé en baisse lundi, les investisseurs optant pour la prudence en amont de la saison des résultats d’entreprise, tout en gardant un œil sur les déclarations relatives au Moyen-Orient. À Paris, le CAC 40 a perdu 0,33% à 8.479,87 points. À Francfort, le Dax a avancé de 0,21%, tandis qu’à Londres, le FTSE a cédé 0,26%. L’indice EuroStoxx 50 a reculé de 0,24%, le FTSEurofirst 300 de 0,35% et le Stoxx 600 de 0,38%. À Paris, Exail Technologies a gagné 2,12% après que Thales (+1,21) a annoncé lundi la signature d’un accord engageant avec la famille Gorgé pour l’acquisition de sa participation de 35,51% dans le groupe, en vue d’acquérir l’intégralité du capital par le biais d’une offre publique d’achat obligatoire. Ailleurs en Europe, BE Semiconductor Industries a reculé de 5,49% à la suite d’une information de presse faisant état d’un retard potentiel dans l’adoption de l’assemblage hybride (hybrid bonding), l’un des principaux moteurs de croissance de Besi. EasyJet s’est envolé de 9,28%, la compagnie aérienne britannique ayant donné son accord de principe à une offre publique d’achat améliorée de la société d’investissement américaine Castlelake, qui la valorise à hauteur de 5,5 milliards de livres sterling (6,4 milliards d’euros). Les actions suisses ont reculé lundi, alors que l’indice SMI suisse perdu de 0,8% à 14’302,26 points. Les actions de la société Roche Holding Part. Cert. ont reculé de 2,6%. OC Oerlikon a émergé en tête, en progressant de 7,4%, suivie par les actions de la société Swissquote Group Holding, qui ont progressé de 4,0%. Les actions de la société Medacta Group ont augmenté de 3,8%.
En Suisse. Le SMI a clôturé en repli de 0,85%. L’industrie pharma souffre…Le géant pharma Novartis (-2,2%) a annoncé l’acquisition de la jeune pousse britannique Myricx Bio pour 1,1 milliard de dollars. L’accord prévoit également une enveloppe de jusqu’à 400 millions de francs, conditionnée au franchissement de jalons prédéfinis. Les analystes de Vontobel ont cependant raboté leur recommandation à « hold », contre « buy » précédemment. Le voisin et concurrent Roche a chuté de 2,6% et hérité de la lanterne rouge, les analystes de HSBC ayant abaissé leur recommandation à « hold », contre « buy » précédemment.
Outre-Rhin, le rendement du Bund à dix ans a pris 0,2 point de base à 2,9465% et le deux ans est resté stable à 2,5417%.
L’indice Nasdaq, qui rassemble les valeurs technologiques, a progressé de 1,12% et l’indice S&P 500 a gagné 0,72%. Le Dow Jones (+0,29%) a décroché un nouveau record en clôture, dépassant pour la première fois le seuil des 53’000 points. AMD a gagné 6,61%, Intel 1,54%, Micron 0,96%, Nvidia 0,37%, Western Digital 7,14% et Texas Instruments 3,56%. Hors semi-conducteurs, les géants de la tech américaine ont aussi été recherchés, comme Alphabet (+1,82%), Meta (+2,98%), Apple (+1,31%) ou Amazon (+0,61%). Broadcom (+3,73%) a tout de même semblé bénéficier de l’annonce de l’extension de son partenariat avec Apple jusqu’en 2031. L’entreprise développera notamment des puces spécifiques pour le créateur de l’iPhone. Microsoft a perdu 0,96%, à 386,74 dollars, après avoir annoncé la suppression immédiate de 4.800 postes, en partie liée à la restructuration de sa filiale de jeux vidéo Xbox. Les titres associés au secteur des cryptomonnaies ont été aidés par la hausse du bitcoin, à l’image des plateformes d’échange Coinbase (+2,05%) et Robinhood (+4,28%) ou du « mineur » (créateur de monnaie numérique) Riot Platforms (+3,44%).
Sur le marché obligataire, le rendement de l’emprunt américain à échéance dix ans se détendait légèrement, évoluant autour de 4,47% contre 4,48% jeudi en clôture.
Le yen s’échangeait dernièrement autour de 162,07 pour un dollar, juste au-dessus de son point bas de la semaine dernière à 162,84, son niveau le plus faible depuis 1986. L’euro s’échangeait à 1,144 dollar, en hausse de 0,08 %, non loin de ses plus hauts de deux semaines, tandis que la livre sterling progressait de 0,33 % à 1,3396 dollar.
Ce matin en Asie, le Nikkei a clôturé en baisse mardi, entraîné par le repli des poids lourds des semi-conducteurs, alors que la chute du géant sud-coréen Samsung Electronics a pesé sur l’ensemble des valeurs technologiques régionales. L’indice affichait un recul de 1,35 % à 68 798,93 points. Le Topix a cédé 0,21%. L’indice coréen, le KOSPI, reculait de 5,65% é cause surtout de Samsung Electronics qui a cédé 7,47%, bien que le fabricant de puces prévoie une multiplication par 19 de son bénéfice d’exploitation au deuxième trimestre sur un an. Ce résultat dépasse ses bénéfices cumulés des trois dernières années, profitant de l’essor de l’IA qui a propulsé les prix des puces mémoire à des sommets historiques. Son concurrent SK Hynix a perdu 6,70%. Les bourses chinoises ont ouvert en baisse mardi, plombées par les projections d’un ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB). Le Shanghai Composite Index, principal indicateur des actions chinoises, a cédé 0,5% à et le Shenzhen Component Index a également reculé de 0,5%. Le Hang Seng n’échappe pas à la règle et perd 0,2%.
Les cours de l’or ont légèrement reculé, en baisse de 0,6%. Du côté des autres métaux précieux, l’argent au comptant a glissé de 1%, le platine a reculé de 0,1% tandis que le palladium a progressé de 0,4%. Dans le secteur des matières agricoles, le soja a grimpé de 0,31%. Le blé a cédé 0,49% tandis que le maïs a progressé de 0,11%.
Les prix du pétrole ont légèrement progressé. Le contrat à terme sur le Brent gagnait 28 cents, soit 0,39%, à 72,29 dollars, tandis que le brut américain West Texas Intermediate (WTI) progressait de 29 cents, soit 0,26%, à 68,84 dollars le baril. Selon les estimations de Reuters, les Émirats arabes unis ont porté leur production de brut au-dessus de 3,8 millions de barils par jour (bpj) en juin, leur niveau le plus élevé depuis avril 2020 et supérieur aux niveaux d’avant-guerre, après avoir quitté les quotas de production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+) en mai. L’Arabie saoudite a réduit le prix de vente officiel (OSP) d’août pour son brut de référence, l’Arab Light, à destination de l’Asie, à 1,50 dollar le baril sous la moyenne Oman/Dubaï. Selon un communiqué de Saudi Aramco publié lundi, il s’agit d’une baisse de 11 dollars par rapport au mois précédent, soit la chute la plus importante en plus de deux décennies.
Coup d’œil sur Trump
Donald Trump a sonné la cloche de la Bourse de New York (NYSE) depuis la Maison Blanche pour marquer le premier jour de cotation des comptes Trump, une initiative gouvernementale offrant aux enfants un compte d’investissement de 1’000 $. Bien que ces comptes portent la marque personnelle de Trump, l’idée d’offrir aux enfants – en particulier ceux nés dans des milieux défavorisés – un moyen de faire fructifier leur épargne durant leur enfance est bien antérieure à la présidence et bénéficie d’un soutien bipartisan. Trump a déclaré vouloir conserver la cloche apportée au Bureau ovale par les responsables de la Bourse et l’exposer dans la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche une fois les travaux terminés.
Une dernière…Face à la presse, Donald Trump a évoqué le match de Coupe du monde USA-Belgique. « S’ils nous battent, ils pourront être vraiment fiers. Et en même temps, s’ils nous battent, on dira aussi… Je dirai que le match a été truqué, tout comme l’élection de 2020 a été truquée, mais je ne m’étendrai pas là-dessus. » Et ils ont perdu donc suite au prochain épisode.