Próspera, ville libertarienne, sans lois, située sur l'île de Roatán, au Honduras. Le rêve des cyberpunks. Mais aussi le marché des semiconducteurs qui reprend un coup dans l'aile.
Le projet Próspera a été fondé en 2017 par une société enregistrée au Delaware. Doté d’un capital initial d’environ 120 millions de dollars (103,9 millions d’euros), provenant notamment d’investisseurs de la Silicon Valley tels que Peter Thiel, Marc Andreessen et Sam Altman, il constitue l’une des expérimentations contemporaines les plus avancées de la charter city. La proposition des «charter cities» a été formulée en 2009 par l’économiste Paul Romer, futur Prix Nobel (2018), qui envisageait la possibilité pour des pays en développement de déléguer l’administration de territoires peu peuplés à des régimes institutionnels alternatifs afin de stimuler la croissance.
Formalisée en 2020, Próspera fonctionne comme une ville-entreprise. Le taux d’imposition peut descendre à 1% sur le revenu brut des sociétés contre environ 25 % au niveau national. En cas de désaccords, les différends sont tranchés par un arbitrage privé en lieu et place des tribunaux étatiques. Elle peut également adopter des cadres réglementaires inspirés de trente-six ordres juridiques différents ou en élaborer de nouveaux. Elle dispose ainsi d’un système judiciaire séparé, sans juges honduriens.
L’obtention d’un statut de résident permanent coûte environ 1’000 dollars (plus de 826 euros). Les taxes perçues dans la zone sont réinvesties exclusivement dans son périmètre. La majorité des plus de deux cents entreprises enregistrées opèrent virtuellement, souvent dans le secteur des cryptomonnaies. Toutefois, cette prétendue négation de l’État demeure paradoxale. Próspera et ses projets analogues dépendent du soutien d’États fragiles, d’élites politiques disposées à concéder des fragments de souveraineté. D’autres limites concernent la rhétorique des finalités vertueuses: le développement, la lutte contre la pauvreté, la protection de l’environnement. L’argumentaire philanthropique masque souvent une dissociation croissante entre le capital global et les droits sociaux, entre la gouvernance algorithmique et la souveraineté démocratique.
Enfin, Próspera se présente comme «crypto, bio et robo»: un laboratoire déréglementé pour la finance numérique, la biotechnologie, la génétique et les technologies d’extension de la vie, avec un contrôle public minimal. L’expérimentation urbaine apparaît ainsi comme le vecteur spatial d’une accélération technologique au service d’une élite transnationale.
Evidemment, cette île ne correspond pas à la société décrite par Thomas More dans son livre l’Utopie car sur son île imaginaire, il n’y a pas de propriété privée, tous les biens sont partagés, Chacun travaille six heures par jour et les maisons se ressemblent, les vêtements sont simples et identiques, on change de logement tous les dix ans par tirage au sort.
Le gouvernement est basé sur un système représentatif avec des magistrats élus, méfiance envers le pouvoir absolu. L’éducation est accessible à tous et plusieurs cultes coexistent, l’athéisme est mal vu mais toléré.
Bref la vision du 16ème siècle n’est vraiment plus d’actualité. Les cyberpunks gagneront-ils le cœur des populations du 21ème siècle?
Coup d’œil sur les marchés
Les Bourses européennes ont terminé baisse mardi, sur fond d’un nouveau regain de prudence vis-à-vis du secteur de l’IA et d’inquiétude concernant les coûts d’emprunt, tandis que la nouvelle hausse des prix du pétrole a également pesé sur la confiance. À Paris, le CAC 40 a perdu 0,51% à 8.436,24 points et, à Francfort, le Dax a reculé de 1,37%, tandis que l’indice vedette de la Bourse de Londres, le FTSE 100 a grappillé 0,13%. L’indice EuroStoxx 50 a perdu 1,22%, le FTSEurofirst 300 0,66% et le Stoxx 600 0,65%. La prudence impose donc de prendre des bénéfices, d’autant plus que le secteur des fabricants de puces a été le moteur d’un solide deuxième trimestre pour les actions du monde entier. Reuters a par ailleurs rapporté mardi que la start-up chinoise DeepSeek développait actuellement sa propre puce d’IA, une initiative qui pourrait lui permettre de réduire sa dépendance vis-à-vis de Nvidia et Huawei. Les actions des semi-conducteurs ont reculé dans le sillage des résultats de Samsung, STMicroelectronics abandonnant près de 8% et Soitec 17% à Paris, tandis qu’ailleurs en Europe, ASML, ASM International et BE Semiconductor Industries ont perdu entre 6% et 7%. Le compartiment technologique du Stoxx 600 a reculé de 3,62%, la baisse la plus marquée de l’indice paneuropéen Stoxx 600. Air France-KLM a pris 2,5%, JP Morgan ayant placé la compagnie aérienne franco-néerlandaise sous surveillance positive en prévision des résultats du deuxième trimestre.
En Suisse, le SMI avait gagné 0,41%. En tête de file, Givaudan a grimpé de 2,4% après que CFRA a relevé sa recommandation à « buy », contre « hold » précédemment. L’objectif de cours est passé à 4’000 francs, après 3’200 francs. Il a également annoncé avoir pris une participation non quantifiée dans la jeune pousse zurichoise Microcaps, émanation de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Le géant des arômes et des parfums précédait le mastodonte pharmaceutique Roche (+2,3%), qui a publié le copieux menu de ses interventions prévues pour un congrès international contre la maladie d’Alzheimer, ainsi que le chocolatier Lindt (+2,2%). Parmi les autres poids lourds, l’autre géant pharmaceutique Novartis avait grossi de 1,4% et le paquebot alimentaire Nestlé de 1,7%, grâce un relèvement de son objectif de cours par Barclays. La grande banque UBS reculait en revanche de 0,6%, en dépit d’un relèvement de cours de Vontobel.
Les chiffres macro-économiques n’ont pas aidé les marchés européens. Fabio Panetta, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a déclaré mardi que les perspectives économiques de la zone euro restaient fragiles malgré la récente baisse des cours de l’énergie. Le gouvernement français a par ailleurs revu à la baisse, de 0,9% à 0,7%, sa prévision de croissance pour 2026, citant un début d’année moins favorable qu’anticipé et un deuxième trimestre qui devrait être marqué par les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur l’activité, et a annoncé des économies supplémentaires d’un montant de 3 milliards d’euros. Les rendements obligataires de la zone euro ont clôturé en hausse mardi, dans un contexte marqué par une nouvelle progression des prix du pétrole et les inquiétudes généralisées concernant l’endettement des principales économies du bloc. Le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 4,3 points de base à 2,9875%, tout comme celui de l’obligation à deux ans, qui s’est établi à 2,5842%. En France, le rendement de l’OAT à dix ans a pris 5 points de base pour finir à 3,7834%. L’actualité politique du jour en France, à savoir l’arrêt rendu par la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, qui permet à la cheffe de file du RN de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 mais avec un bracelet électronique, n’a suscité aucune réaction particulière des marchés.
Un méthanier qatari et un pétrolier saoudien ont été endommagés dans les eaux omanaises du détroit d’Ormuz, selon des sources au fait de la situation, tandis que les négociations entre les États-Unis et l’Iran après leur accord provisoire signé en juin n’ont pas enregistré de progrès significatifs vers un règlement durable du conflit. Le Brent avance de 2,99% à 74,14 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 2,86% à 70,50 dollars.
Ce matin, Les marchés boursiers asiatiques ont tenté tant bien que mal de se stabiliser. Les gains à Hong Kong ont permis à l’indice MSCI le plus large des actions d’Asie-Pacifique hors Japon de rester stable, tandis que le marché sud-coréen, fortement exposé aux semi-conducteurs, a chuté de 2,11 %. Parmi les poids lourds de l’indice, le fabricant de puces Samsung Electronics a reculé de 3,55%, tandis que son concurrent SK Hynix a progressé de 1,23%. Le fabricant de batteries LG Energy Solution a glissé de 4,07%. Au Japon, le Nikkei a clôturé en baisse de 0,72% et le Topix de 0,62%. L’action de l’équipementier pour semi-conducteurs Tokyo Electron a chuté de 2,4%, tandis que le fabricant d’équipements de test de puces Advantest a cédé 0,38%. Le titre Taiyo Yuden, fabricant de condensateurs céramiques multicouches destinés à la régulation de puissance des serveurs d’IA, a plongé de 6% après ses récents sommets.
Les cours du pétrole se tendent encore. Le contrat à terme sur le baril de Brent a gagné 1,38 dollar, soit 1,9%, pour s’établir à 75,54 dollars, tandis que le brut américain West Texas Intermediate (WTI) a grimpé à 71,81 dollars le baril, en hausse de 1,37 dollar, soit 1,9%.
Par contre l’or jaune recule de 0,1% et du côté des autres métaux précieux, l’argent au comptant a reculé de 0,3% à 59,82 dollars l’once, le platine a cédé 1,2% à 1’620,38 dollars et le palladium a chuté de 1,6% à 1’256,25 dollars.
Dans le secteur des changes, le dollar s’est apprécié de 0,2% à 162,46 yens, progressant pour la quatrième séance consécutive pour atteindre son niveau le plus élevé depuis le 2 juillet. L’euro a reculé de 0,1% à 1,1405 dollar, tandis que la livre sterling a cédé 0,1% à 1,3351 dollar. Parallèlement, le dollar néo-zélandais (kiwi) a grimpé de 0,5 % pour atteindre des sommets à 0,5705 dollar après que la Reserve Bank of New Zealand (RBNZ) a relevé ses taux de 25 points de base à 2,5% afin de freiner les pressions inflationnistes, conformément aux attentes de la plupart des économistes. Le dollar australien a progressé de 0,1% à 0,6938 dollar.
Coup d’œil sur Trump
«Le Danemark ne dépense pas d’argent pour aider réellement le Groenland, mais c’est une région importante pour les États-Unis, et elle est entourée de navires chinois et russes… [Elle] devrait être sous contrôle américain, et non danois. Et quand ils ont refusé de coopérer, malgré tout l’argent que nous dépensons pour les aider face à la Russie.»