Les talents de négociateurs des diplomates iraniens font l’objet de multiples fantasmes: «inventeurs des jeux d’échecs», «tradition diplomatique plurimillénaire», «inventeurs des premières conventions internationales». Alors Trump est-il à même d’imposer son style et obtenir des résultats probants? Pour l’instant les marchés se replient fortement suite aux déclarations de Trum au sommet de l’Otan et aux bombardements américains en Iran.

L’hypothèse d’un talent diplomatique singulier s’explique en partie par la curiosité que suscite un système politique volontairement opaque et en partie par une forme d’orientalisme assumé par les commentateurs, parfois eux-mêmes issus de la diaspora iranienne.

Ainsi, alors que l’on apprenait que Steve Witkoff avait parlé «pendant 45 minutes» à son homologue iranien Abbas Araghtchi, des observateurs faisaient remarquer que «45 minutes est à peu près le temps qu’un Iranien met à dire au revoir à ses hôtes à l’issue d’une réception», évoquant ainsi les règles de politesse excessive en Iran.

Le style Trump

Négociation publique et performative: il annonce souvent des avancées ou des accords avant qu’ils soient signés, ce qui crée une pression sur l’autre partie et déplace la charge de la preuve sur Téhéran. L’annonce préemptive est une mécanique installée depuis les précédents sommets, où l’annonce devient un acte performatif qui contraint la suite.

Il combine pression maximale (sanctions, déploiement militaire) et ultimatums très marqués — il est allé jusqu’à écrire qu’il n’y aurait «aucun accord sauf reddition inconditionnelle».

Un rapport de l’Ifri note justement qu’après cinq cycles de négociation, le délai fixé par Trump est arrivé à expiration sans qu’un accord jugé acceptable par les deux parties soit conclu, ce qui illustre les limites de sa méthode.

Son avantage: il sait créer de l’urgence et forcer les parties à revenir à la table. Son inconvénient: le style disruptif et les effets d’annonce fragilisent parfois la confiance et la prévisibilité du processus.

Le style Araghchi

Beaucoup plus discipliné et constant dans sa communication publique: il n’a jamais varié dans sa formulation — l’enrichissement d’uranium n’est pas négociable, la levée des sanctions doit précéder les engagements de fond, le programme nucléaire civil est un droit. Des diplomates occidentaux ayant négocié avec lui le décrivent comme sérieux, précis, très bien préparé et difficile à prendre en défaut sur les détails techniques.

Face aux annonces spectaculaires de Trump, il pratique une forme de réponse en miroir inversé plutôt qu’un démenti frontal, ce qui lui permet de protéger la position iranienne sans donner de prise à Washington.

Il a aussi une dimension diplomatique classique (lettre ouverte dans le Washington Post, insistance sur les canaux indirects), signe d’une approche plus patiente et technique. Il est réputé pour privilégier des négociations longues, avec une approche graduelle. Dans son propre livre sur la négociation, il décrit le style iranien comme inspiré du «bazar »: un marchandage patient et persistant, tout en avertissant qu’il ne faut pas pousser la négociation au-delà du raisonnable.

Son inconvénient: il négocie sous la contrainte d’un rapport de force très défavorable (sanctions, pression militaire, guerre de juin 2025), ce qui limite sa marge de manœuvre réelle, quelle que soit son habileté.

Coup d’œil sur les marchés

Les Bourses européennes ont terminé nettement dans le rouge mercredi, à un creux d’une semaine, après que le président américain Donald Trump a déclaré que l’accord provisoire pour mettre fin à la guerre avec l’Iran était mort, ravivant les craintes d’un enlisement au Moyen-Orient et provoquant une forte hausse des cours du pétrole. À Paris, le CAC 40 a fini sur une perte de 2,18% affecté en outre par Kering (-4,97%). Le Footsie britannique a reculé de 1,66% et le Dax allemand a reflué de 2,35%. L’indice espagnol a enregistré l’une des plus fortes baisses en Europe, reculant de 3,01%, sur fond de menace des Etats-Unis de tout couper tout lien commercial avec Madrid. L’indice EuroStoxx 50 a perdu 2,02%, le FTSEurofirst 300 1,79% et le Stoxx 600 1,76%. Dans le sillage de la remontée des cours du pétrole, à Paris TotalEnergies a pris 2,31% et Maurel et Prom 6,29%, tandis qu’ailleurs en Europe, BP a avancé de 3,53%, Shell de 2,27% et Eni de 3,71%. Dans le transport aérien, Air France et Wizz Air ont abandonné respectivement 6,55 et 4,97%, tandis que Lufthansa a cédé 6,75%, pénalisé en outre par une dégradation de Citigroup qui est passé de « neutre » à « vendre » sur le groupe allemand.

La Suisse n’échappe pas à la règle. Le SMI a terminé en fort recul de 1,30%. Dans un marché pauvre en nouvelles d’entreprises, les plus fortes baisses ont été enregistrées par Sika (-5,1%), Holcim (-4,0%) et Straumann (-3,4%), sans information particulière. Les multinationales ABB (-1,2%) et Roche (-1,4%) n’ont guère fait mieux, malgré l’annonce d’un partenariat pour développer des robots de laboratoires mus par intelligence artificielle.

Les rendements obligataires souverains en zone euro ont réagi aux dernières déclarations de Donald Trump sur le cessez-le-feu avec l’Iran et la révocation par les Etats-Unis de l’autorisation permettant à Téhéran de vendre du pétrole. Le rendement du Bund allemand à dix ans a fini sur un gain de 10 points de base, à 3,08%, tandis que le deux ans s’est envolé de 12 points, à 2,70%, à un plus haut d’environ un mois.

Aux Etats-Unis, le Dow Jones a cédé 1,09% et l’indice S&P 500 a reculé de 0,28%. Seul l’indice Nasdaq a avancé de 0,20% grâce à un rebond du secteur des semi-conducteurs. Le géant Nvidia s’est octroyé 3,65%, Micron a gagné 1,11% et Broadcom, 4,83%. Si les valeurs pétrolières sont en hausse à l’image de Chevron (+1,11%) ou ConocoPhillips (+2,10%), les valeurs du secteur du tourisme souffrent (Airbnb -3,93%, Booking -4,21%). Les opérateurs de croisières ont également reculé, Carnival perdant 3,9 % et Norwegian Cruise Line 1,9 %.

S’exprimant lors d’un sommet de l’Otan en Turquie, M. Trump a déclaré qu’il n’avait aucun intérêt à poursuivre les négociations avec l’Iran et a averti que Washington mènerait probablement de nouvelles frappes dans la nuit de mercredi à jeudi. Une nouvelle flambée des cours du pétrole pourrait raviver les craintes d’inflation et compliquer davantage la tâche de la Réserve fédérale. Sur le marché obligataire, le rendement de l’emprunt américain à échéance dix ans se tendait à 4,57%, contre 4,55% à la clôture la veille et 4,47% lundi. Selon le Fedwatch du CME, les opérateurs tablent sur une probable hausse des taux d’intérêt d’ici la réunion de la Fed en décembre.

La réaction sur les marchés des changes a été plutôt modérée, le dollar ne parvenant pas à tirer parti du soutien apporté par les rendements et clôturant en baisse de 0,2% à 162,38 yens. Ce niveau n’était pas loin du plus haut niveau atteint depuis 40 ans, à 162,84. L’euro a légèrement progressé de 0,1% à 1,1428 dollar, tandis que la livre sterling a également gagné 0,1% à 1,3401 dollar, juste en dessous de son plus haut niveau depuis trois semaines à 1,341 dollar.

Dans le secteur agricole, les contrats à terme sur le blé au Chicago Board of Trade (CBOT) ont clôturé en baisse mercredi, sous l’effet de prises de bénéfices et de la faiblesse persistante des cours du maïs et du soja.

Ce matin les marchés boursiers asiatiques ont progressé jeudi, les semi-conducteurs bénéficiant d’un répit après les fortes ventes, même si les gains ont été limités par la flambée des cours du pétrole. Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 0,8% à 78,65 dollars le baril et ont enregistré une hausse de 9% cette semaine, franchissant la barre des 80 dollars le baril pour la première fois depuis le 22 juin. L’indice MSCI le plus large des actions de la région Asie-Pacifique hors Japon a progressé de 0,8%, tandis que le Nikkei a grimpé de 2,3%, mettant fin à une série de trois jours de baisse. Le KOSPI sud-coréen a bondi de 3,8%, porté par une hausse de 3,6% de Samsung et une progression de 7,5% de SK Hynix.

L’or au comptant a cédé 0,3% à 4’066,24 dollars l’once après être tombé mercredi à son plus bas niveau depuis le 1er juillet. Parmi les autres métaux précieux, l’argent au comptant a reculé de 0,3% à 58,13 dollars l’once, le platine a progressé de 0,4% à 1’585,11 dollars et le palladium a gagné 0,4 % à 1’218 dollars. Bank of America a annoncé réduire sa prévision moyenne pour le cours de l’or en 2026 de 14% à 4’360 dollars l’once, citant une posture plus restrictive («hawkish») de la Fed.

Coup d’œil sur Trump

Mercredi, Donald Trump a effectué un vol retour de Turquie vers l’Angleterre à bord de l’ancien Air Force One, au lieu du nouvel appareil offert par le Qatar qu’il avait utilisé pour se rendre au sommet de l’OTAN à Ankara. Trump a annoncé ce changement mercredi sur Truth Social, déclarant : « Par nostalgie, nous prendrons l’ancien Air Force One pour un trajet de Turquie à Mildenhall, un court voyage qui vaut vraiment le coup afin de donner à nos héros militaires l’occasion d’apprécier notre magnifique nouvel ajout à la flotte de l’armée de l’air ! »