Version express, la version complète est sûr Morningbull.ch Hier matin, je vous expliquais doctement que le marché se foutait de la guerre. Que les missiles pouvaient pleuvoir sur le Golfe, tant que le baril restait sage, Wall Street continuait d’empiler les records en sifflotant. Il aura fallu exactement 24 heures pour que je range ma théorie au placard. Un week-end de frappes croisées, un détroit d’Ormuz fermé « jusqu’à nouvel ordre » et un Trump qui s’autoproclame « GARDIEN DU DÉTROIT D’ORMUZ » — en majuscules dans le texte — pour que le Brent prenne 9,6% et que tout le monde se souvienne subitement qu’il y avait une guerre.
La version AUDIO revient le 17 juillet 2026
Panique géopolitique
Le Nasdaq a rendu 1,55%, les semi-conducteurs se sont fait démonter de près de 5% et même l’or a trouvé le moyen de baisser. Quand l’or baisse un jour de panique géopolitique, c’est que quelqu’un, quelque part, vend tout ce qui n’est pas vissé au sol. Le marché n’a jamais ignoré la guerre par courage. Il l’a ignorée parce que le pétrole ne bougeait pas. Le jour où le pétrole bouge, la guerre redevient réelle. Et elle est redevenue TRÈS réelle : plus de 300 cibles frappées en Iran sur trois jours, des missiles interceptés aux Émirats, des sirènes à Bahreïn, et un nouveau Guide suprême qui a promis de venger son père. Côté américain, Pete Hegseth a résumé la doctrine du moment en huit mots : « L’Iran a fait un mauvais choix. Maintenant, ils paient. » On a connu Kissinger plus verbeux.
L’artillerie US
Puis lundi matin, Trump a sorti l’artillerie sémantique : blocus des ports iraniens rétabli dès ce mardi soir, et surtout — accrochez-vous — un péage de 20% sur la valeur de TOUTES les cargaisons transitant par le détroit, parce qu’un gardien, ça se paie. Réponse de Téhéran : l’Iran a toujours été le gardien du détroit, mais 20% c’est trop cher, eux seront « fair ». On en est donc là : deux puissances se disputent le racket de la même voie maritime, comme deux videurs qui se battent pour encaisser à l’entrée de la même boîte de nuit. Sauf que dans la boîte de nuit, c’est un cinquième du pétrole mondial qui y passe tous les jours. Ça commence à faire cher le cocktail. Conséquences : les traversées ont chuté de 52% sur le week-end et le Brent frise les 84$.
Inflation mon amour
Mais le plus beau, c’est que le marché avait encaissé trois jours de frappes sans broncher. Ce qui l’a fait basculer, c’est le post sur le péage. Parce que les missiles, c’est abstrait, mais un péage de 20%, ça se calcule. Ça finit dans le fret, dans l’essence, dans le CPI, et donc dans les taux. Et les taux, c’est le seul sujet qui fasse encore vraiment peur à ce marché : le 2 ans américain est à son plus haut depuis février 2025, et le sujet des baisses de taux a été rangé au rang d’hypothèse farfelue émise par un analyste sous cocaïne. Waller a d’ailleurs prévenu : un chiffre d’inflation encore chaud sera traité « comme un signal, pas comme du bruit ». En langage Fed, c’est une menace de hausse de taux à peine emballée dans du papier cadeau. Et ça tombe bien : le CPI de juin sort ce mardi à 14h30, heure de Palézieux. Attendu en baisse pour la première fois depuis six ans — grâce à une essence qui avait perdu 15%… avant que le baril ne reprenne 10% en une séance. Un chiffre qui va photographier un monde qui n’existe plus depuis hier 16 heures.
Tout baisse
Et pendant que tout le monde regardait le Golfe, notez bien ceci : hier, les actions ont baissé, les obligations ont baissé, et l’or a perdu 2,5%. Quand les trois refuges habituels se font vendre le même jour, ce n’est pas de la rotation, c’est du cash qu’on lève et qu’on planque sous le matelas. Et on ne planque pas du fric sous le matelas quand la confiance règne. Ajoutez-y les midterms de novembre — rien ne fâche l’électeur américain comme le prix affiché à la pompe — et un Kevin Warsh, nommé pour baisser les taux, qui passe son premier grand oral au Congrès cette semaine pour expliquer pourquoi il pourrait devoir les MONTER. Il y a des prises de poste plus confortables.
CHIPS pas fraîches
Pendant ce temps, le second massacre de la journée est venu de Séoul : le KOSPI a perdu 9% en UNE séance — bear market officiel — et SK Hynix, 500% de hausse en douze mois et plus grosse cotation étrangère de l’histoire vendredi à New York, a littéralement sauté sur une mine le deuxième jour d’école : -15% à Séoul, -9% à New York. Le détonateur ? Un courtier local qui a osé suggérer que la prochaine publication pourrait décevoir. Après 500%, il suffit d’un murmure. Samsung a suivi avec -10,7%, Micron a rendu 4,4%, et l’indice Philadelphia des semi-conducteurs a fini à -4,8%. La mémoire, meilleur trade de l’année, était hier le meilleur endroit du monde pour perdre de l’argent.
Le meilleur
Détail savoureux au passage : le S&P 500 HORS technologie a terminé la journée parfaitement inchangé. Zéro. Toute la casse d’hier, c’est la tech. Et où sont allés se réfugier les vendeurs de chips ? Chez Microsoft, Amazon et Apple. Autrement dit, pour se protéger de la bulle IA, le marché achète… d’autres morceaux de la bulle IA, juste les étages avec une meilleure moquette. On appelle ça de la diversification, paraît-il. Et TSMC a réussi l’exploit de publier les meilleurs chiffres de ses 39 ans d’existence — revenus de juin en hausse de 67% — et de baisser quand même. Quand les records font baisser le titre, le problème n’est pas l’entreprise. C’est le prix. Publication officielle jeudi : si TSMC ne marche pas sur l’eau EN COURANT, le secteur pourrait se reprendre un coup de boule de classe mondiale.
Jeudi, d’ailleurs, sera une journée à double détente : TSMC le matin, et le treizième vol test du Starship le soir — pour un SpaceX revenu flirter avec son prix d’IPO après avoir évaporé 800 milliards de capitalisation en quatre semaines. Soit tout vole, soit tout explose.
Mardi de folie
Ce mardi, c’est menu dégustation : les banques avant l’ouverture — JPMorgan, Goldman, BofA, Wells, Citi, attentes à +22%, zéro droit à l’erreur — le CPI à 14h30, le blocus effectif à 22 heures et Warsh devant le Congrès. Et une seule vraie question : est-ce qu’on rachète le dip, comme d’habitude, en pariant sur le fameux TACO ? Le problème, c’est que cette fois, le chicken-out n’est pas garanti : renoncer à un péage qui rapporte « beaucoup d’argent », ce serait la première fois de sa carrière que Trump recule devant une caisse enregistreuse.
Thomas Veillet
Investir.ch