Ce matin, je vous écris depuis le Canada, avec six heures de décalage et un café qui a le goût de sirop d'érable. Mais peu importe le fuseau horaire, le constat est le même : les Américains reviennent de leur week-end prolongé du 4 juillet, ils ont digéré leurs hot-dogs, regardé leurs feux d'artifice, foutu le feu au pont de Brooklyn, et pendant ce temps les futures montent tranquillement — Nasdaq +1,1%, S&P +0,4% — comme si rien ne pouvait jamais arriver de mal dans ce bas monde.

L’Audio reviendra après le vacances !

La guerre ? Quelle guerre ? Le pétrole ? Quel pétrole ?

Il y a UN MOIS, on parlait de Brent à 150 dollars, de réserves stratégiques au plancher et de tankers qui ne passaient plus. Aujourd’hui, le WTI a clôturé à 68,69 dollars. Moins 22% sur le mois. Le Brent est à 72,12, moins 20%. On est revenus aux niveaux d’avant-guerre, comme si les trois derniers mois n’avaient été qu’un mauvais épisode de série B regardé en accéléré pour arriver plus vite au générique. Les marchés ont définitivement la mémoire d’un poisson rouge sous amphétamines.

Et pendant que tout le monde oubliait, les indices empilaient les records. Le Dow a signé jeudi son vingtième record de clôture de l’année et aligne sa quatrième semaine de hausse consécutive — sa plus longue série depuis octobre 2024. Le S&P 500 a monté 12 des 14 dernières semaines. Le Bitcoin se balade au-dessus des 63’000. Le plus beau dans tout ça ? Le rapport emploi de jeudi était pourri. Pas catastrophique, pourri. Le genre de chiffre qui, dans un monde normal, ferait dire aux gens : « tiens, l’économie ralentit, c’est embêtant ». Sauf qu’on n’est pas dans un monde normal. Un marché du travail qui fatigue, c’est une Fed qui ne peut pas monter ses taux, et une Fed coincée, c’est du carburant pour les indices. Le Dow a donc fait un record LE JOUR MÊME d’un rapport emploi décevant. « Bad news is good news » est de retour — on avait rangé cette logique au grenier avec les posters de 2021, elle est de nouveau sur le mur du salon.

La grande nouvelle

La grande nouvelle de ce début de semaine, c’est donc que le marché a changé de drogue. Après trois mois de géopolitique en intraveineuse, il est retourné à sa substance préférée, celle qui le fait planer depuis quinze ans : les taux d’intérêt. Et le rendez-vous de la semaine, c’est mercredi soir, avec les Minutes du FOMC — le moment où on va enfin lire ce que les membres de la Fed pensent VRAIMENT pendant qu’ils étaient enfermés dans leur conclave économique. Le marché price deux baisses de taux d’ici la fin de l’année, septembre puis décembre. Le scénario Boucles d’Or : assez pour justifier les valorisations, pas assez pour signaler la panique. Sauf que ce scénario repose sur un équilibre beaucoup plus instable qu’il n’y paraît — et il y a un niveau précis sur le 10 ans américain à partir duquel toutes les valorisations de l’IA, celles qu’on justifie avec des Excel qui vont jusqu’en 2040, commencent à trembler.

Pendant ce temps, le sujet dont plus personne ne parle continue de mériter qu’on en parle : Ormuz. Officiellement, il y a un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Officieusement, ce que les deux parties ont signé ressemble davantage à une pause publicitaire qu’à un traité de paix. L’OPEP+ a beau annoncer une cinquième hausse mensuelle consécutive de production, ces barils sont largement symboliques tant que le détroit n’est pas VRAIMENT rouvert. Et dimanche, un cargo s’est fait attaquer au large du Yémen, histoire de rappeler que la région n’est pas exactement devenue la Suisse. Le pétrole est au prix d’avant-guerre. Le marché pétrolier, lui, n’est absolument pas revenu à l’avant-guerre. La nuance vaut plusieurs dizaines de dollars le baril.

Trump encore

Trump, de son côté, s’est trouvé un nouveau hobby : 90 minutes au téléphone avec Poutine pour proposer de régler l’Ukraine, sommet de l’OTAN en Turquie la semaine prochaine. Après la pause publicitaire iranienne, l’Amérique du 250ème anniversaire se rêve en pacificateur de la planète. Le Nobel approche, il le sent.

Et puis il y a ce qui se passe en coulisses depuis le début du mois : une rotation a commencé. Le momentum se prend déjà une claque — Micron -5,5%, Meta -4,9% — et certains stratégistes évoquent un scénario carrément « violent » pour juillet. Où va l’argent, pourquoi maintenant, et qu’est-ce que ça signifie pour les semi-conducteurs qui ont porté tout le marché depuis trois mois ? C’est peut-être la question la plus importante de la semaine, bien plus que les Minutes de la Fed.

Les niveaux exacts à surveiller sur le 10 ans, la vraie situation dans le détroit, la mécanique de la rotation qui menace les semis, l’agenda complet de la semaine et ce que le marché price exactement en ce moment (spoiler : la perfection) — tout ça, c’est dans la chronique complète du jour, sur Morningbull.ch.

Thomas Veillet
Investir.ch