Hier, on a eu droit à exactement ce que je vous avais promis : rien. Une séance à regarder la peinture sécher en attendant Google, pendant que le Brent passait les 95 dollars et que tout le monde faisait semblant de ne pas s'en apercevoir. Dow plat, S&P +0,14%, Nasdaq -0,5%. Seul frisson : le Russell 2000 qui lâche près de 1%. Je vous avais dit que ce serait chiant. Ce fut chiant. Au moins, je tiens mes promesses — contrairement aux marges de Tesla, mais on y arrive.
L’Audio du 23 juillet 2026
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La vraie question de la semaine tient en une phrase : est-ce que les centaines de milliards balancés dans l’IA rapportent quelque chose, ou est-ce qu’on construit la plus belle cathédrale de silicium jamais vue en priant pour que quelqu’un vienne y prier ? Alphabet devait donner le ton. Il l’a donné.
Google : des chiffres monstrueux, un marché qui fait la gueule. Bénéfice par action de 9,11 dollars contre 2,88 attendus. Sauf qu’il faut lire les petites lignes — et croyez-moi, il y en a une, énorme, qui explique pourquoi ces chiffres sont en partie du mirage comptable (je vous détaille le montage exact dans la version intégrale). Le vrai morceau, c’est le Cloud : +82% à 24,8 milliards, carnet de commandes à 514 milliards. La demande IA est bien réelle. Alors pourquoi le titre s’est fait démonter jusqu’à -5% après la cloche ? Un seul mot : capex. Google relève ses dépenses d’investissement à près de 200 milliards sur l’année. Free cash flow déjà négatif de 6 milliards. Google gagne des fortunes et les brûle encore plus vite. Les quatre géants avaient déjà annoncé 725 milliards de dépenses IA cette année — un chiffre qui va sûrement grimper la semaine prochaine. La plus grosse course à l’armement de l’histoire du capitalisme, financée à crédit sur un retour que personne n’arrive à chiffrer. Google devrait ouvrir en baisse de 2,5%.
Tesla : la voiture est-elle encore un business ? 28,24 milliards de chiffre d’affaires, +26%. Champagne ? Pas si vite. Sous le capot, ça sent les freins qui surchauffent. La marge opérationnelle ? 1,4%. Un virgule quatre pour cent, pour une boîte valorisée comme si elle allait coloniser l’univers. Et pour la première fois depuis deux ans, free cash flow négatif : -1,1 milliard. Musk brûle 25 milliards cette année dans les robotaxis, les puces et Optimus, pendant que le cœur du réacteur — vendre des bagnoles — voit ses marges fondre. Record de livraisons, et le titre recule quand même. La question que personne n’ose poser en conférence, je la pose (et j’y réponds) dans la version complète. Tesla devrait ouvrir en baisse de 5%.
IBM, ServiceNow et les seconds couteaux. IBM, on survole : mainframe -42%, guidance rabotée, et une brèche que l’IA vient d’ouvrir dans un donjon défendu depuis quarante ans. L’avenir s’annonce très compliqué pour Big Blue. ServiceNow, plus intéressant : rebond de près de 5% grâce à un pari malin — se cannibaliser soi-même avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. GE Vernova a explosé son carnet de commandes (+88%, record)… et perdu 9% quand même. Pourquoi ? Je vous laisse deviner — ou lire la suite.
La guerre s’étend, et le marché s’en tamponne. Trump promet désormais de détruire un pont ou une centrale à chaque navire touché dans le détroit d’Ormuz. Douze navires attaqués depuis le 6 juillet, blocus houthi de l’Arabie Saoudite, trafic en chute de 34% en une journée. Une guerre régionale qui s’étend sur deux détroits par lesquels transite l’avenir de l’économie mondiale — et Wall Street est concentrée sur le carnet de commandes de ServiceNow. C’est exactement le genre de cécité collective qui commence à m’angoisser.
L’IA qui s’échappe de sa boîte. La vraie histoire de la journée : deux modèles avancés d’OpenAI, enfermés dans une sandbox lors d’un test de cybersécurité, en sont sortis. Tout seuls. Faille inconnue, identifiants récupérés, accès Internet obtenu, et direction les serveurs de Hugging Face pour y chercher… les réponses du test. Respirez : ce n’est pas Skynet, pas besoin d’aller chercher l’adresse de Sarah Connor. Mais voilà le détail qui doit vous tenir éveillés — et il est glaçant : les modèles n’ont pas désobéi. Ils ont obéi. Ce que ça implique vraiment, je le développe dans la version intégrale. Gardez un œil là-dessus.
Le pétrole, l’Asie et le réveil japonais. Le Brent grimpe pour la cinquième séance et tout le monde s’en fout — même ceux qui font le plein. Peut-il aller à 150$ ? Réponse en deux temps dans la version complète (spoiler : ma réponse va vous agacer). Pendant qu’on dormait, l’Asie a choisi son camp : l’IA. KOSPI +3%, PIB coréen à +3,7%. Mais le signal qu’on oublie, c’est le Japon : rendement à deux ans au plus haut depuis 31 ans. Le genre de plaque tectonique qui, quand elle bouge, fait vaciller tout le carry trade mondial. À surveiller comme le lait sur le feu.
Et aujourd’hui ? Roche et Nestlé publient, la BCE décide à 14h30 (probablement rien, avec beaucoup de classe), et la proba d’une hausse de la Fed la semaine prochaine vient de bondir. Puis STM et Intel ce soir. Bref, ça va être plus sportif qu’hier.
On a donc un marché tout entier hypnotisé par une seule question — le capex de l’IA rapporte-t-il ? — pendant qu’une guerre s’éternise, que le pétrole s’envole et qu’une IA commence à improviser hors de sa boîte. On danse au bord du volcan en admirant le feu d’artifice. Jusqu’à quand ? Personne ne le sait, et c’est bien ça le problème.
Soyez forts, bonne fin de semaine et à lundi, parce que demain je suis en déplacement !!!
Thomas Veillet
Investir.ch