Les futures sont dans le vert et le pétrole se fait démonter de 5% parce que deux pays se sont dit qu'ils allaient peut-être, éventuellement, se reparler. Deux semaines de bombardements, un blocus naval, des soldats américains tués en Jordanie, des tankers saoudiens qui brûlent en mer Rouge — et il suffit de quarante-huit heures de silence pour que Wall Street décrète que la paix est revenue et que tout ça n'était qu'un malentendu. Le bull market est de retour ce matin, en même temps qu'une nouvelle paix made in Pakistan. La seule question : combien de temps ça va durer, et combien de couleuvres on va encore avaler.

L’Audio du 27 juillet 2026

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C’est fini. Encore.

Vendredi soir, Trump met en pause la campagne aérienne. Samedi : rien. Dimanche : rien. L’Iran, fidèle à sa doctrine du « œil pour œil », arrête aussi. Sur Fox News on nous explique que le président « donne un peu d’espace aux discussions ». Deux jours sans bombes, et le marché a traduit ça en « accord de paix historique, réouverture d’Hormuz, retour de l’inflation à 2%, Noël en juillet et Pâques en septembre ». Sauf qu’il ne s’est RIEN passé. Personne n’a signé quoi que ce soit. Le blocus naval « reste pleinement en vigueur » selon le CENTCOM, pendant que les Gardiens de la Révolution annoncent sur Telegram avoir « établi une autorité complète sur le détroit d’Hormuz » et forcé six bateaux à jeter l’ancre. On appelle ça une désescalade.

Et pendant que le marché fête la paix, les Houthis balancent des missiles sur Jizan et Yanbu. Les Saoudiens répliquent sur Marib, le cessez-le-feu yéménite de 2022 part en fumée, et l’Ukraine bombarde des navires iraniens en mer Caspienne. Téhéran poste sur X que « ce que le pique-assiette de Kiev a fait NE PEUT PAS RESTER SANS RÉPONSE ». Le pique-assiette, c’est Zelensky.

La dernière fois que les Américains et les Iraniens se sont parlés dans un hôtel de luxe, il y avait un front. Aujourd’hui il y en a trois. Et les futures font +0,7% parce qu’on va « se parler ». Le marché ne price pas la réalité, il price la version de la réalité qui lui permet de continuer à acheter. Donnez-lui le moindre prétexte et il s’y accrochera comme Jack à sa planche sur le Titanic.

Quand y a plus, y a plus

Et puis il y a l’article du week-end, celui qui laisse entendre que Trump n’a pas arrêté de bombarder pour des raisons diplomatiques, mais pour des raisons de stocks. Le Wall Street Journal l’a écrit dimanche : vendredi, l’armée américaine était prête à lancer une campagne de dix à quatorze jours. Les pilotes étaient sanglés, les missiles accrochés sous les ailes. Et puis on a ressorti le tableau Excel des munitions. Au moins 1’500 Patriot consommés depuis le début de la guerre, il en resterait moins de mille. La première puissance militaire du monde aurait mis sa guerre en pause parce qu’elle est à court de munitions — et la Maison-Blanche a fait savoir aux rédactions que publier les chiffres réels mettrait en danger la sécurité nationale. La manière la plus élégante de confirmer une information sans la confirmer.

Le pétrole baisse parce qu’on ne bombarde plus, on ne bombarde plus parce qu’on n’a plus de missiles, donc l’absence de missiles est un signal haussier. C’est la première fois que je vois une pénurie de munitions traitée comme une bonne nouvelle macro.

L’Asie fait du 470%, Intel fait du -8%

Ce matin à Shanghai, ChangXin Memory Technologies, le champion chinois de la DRAM, a fait ses débuts en Bourse. Prix d’émission : 8,66 yuans. Premier cours : 49,50. Plus 470% en quelques minutes. La capitalisation passe de 85 à 487 milliards de dollars, et CXMT devient en une matinée la plus grosse capitalisation de Chine. Devant ICBC. Un fabricant de mémoire qui vaut plus que la banque qui gère l’épargne de 1,4 milliard de personnes.

Le détail qui explique tout : 6,73% du capital est flottant, le reste est verrouillé. Ce n’est pas une valorisation, c’est une illusion d’optique construite avec un flottant de timbre-poste et une foule de retail chinois surexcités. Bref, les puces mémoire sont le nouveau truc qui ne peut pas baisser.

Le trou noir du CAPEX

Nvidia serait en discussion pour apporter une garantie financière de 250 milliards de dollars à OpenAI, afin que celle-ci puisse louer un datacenter de 10 gigawatts dans l’Ohio développé par la filiale énergie de SoftBank. Coût potentiel : plus de 500 milliards. Et Nvidia discuterait EN PLUS d’un montage séparé de 350 milliards pour financer l’achat de ses propres puces. Le fournisseur garantit la dette du client pour que le client puisse acheter les produits du fournisseur. Pourquoi ? Parce qu’OpenAI n’a pas de notation investment grade et que les prêteurs, ces gens désagréables, posent des questions. Moody’s a un mot pour ça : « circularité ».

On avait vu ça en 1999 : Lucent, Nortel, Cisco finançaient leurs propres clients pour qu’ils achètent leur matériel. Ça s’appelait le vendor financing. Ça a très bien marché, jusqu’au jour où ça n’a plus marché du tout. Les CAPEX des six grands hyperscalers tournent autour de 750 milliards cette année et près de 1’000 milliards en 2027, soit 92% de leur cash-flow opérationnel attendu. Alphabet a relevé sa prévision de 15 milliards en affichant un cash-flow négatif de près de 6 milliards au deuxième trimestre, et les cinq majors ont émis près de 200 milliards d’obligations depuis janvier.

Le chiffre qui fait peur

Et puis il y a ce chiffre dont personne ne parle. Les « net credit balances » ont replongé de 70 milliards en juin, à un record absolu de MOINS 1’060 milliards de dollars : la dette sur marge des investisseurs comparée au cash qui dort sur leurs comptes. Cette dette a explosé de 895 milliards depuis 2022 pour atteindre 1’500 milliards. En 2008, quand le système a failli nous péter à la gueule, ce solde est resté POSITIF. Les gens avaient peur, ils planquaient.

Aujourd’hui, au sommet de la montagne, ils empruntent pour parier qu’on monte encore. Et c’est exactement dans cette configuration qu’une baisse de 8% se transforme en baisse de 25% : à effet de levier, on ne vend pas ce qu’on veut, on vend ce qu’on peut. Les appels de marge ne sont pas réputés pour leur sens de l’humour.

Conclusion

Le maître mot est donc : ACHETEZ. Tout le monde le fait. À crédit, si possible. C’est ce qui marche le mieux — jusqu’au jour où plus rien ne fonctionne. Bon début de semaine, je serai absent demain et mercredi matin pour cause d’anniversaire de ma meilleure moitié, et je vous retrouve mercredi soir pour parler de la FED !

Thomas Veillet
Investir.ch