En 2026, les produits financiers dans le secteur de la défense ont eu des évolutions boursières très hétérogènes. Etonnamment hétérogène pour un même secteur.

La chute des actions Rheinmetall, la référence européenne, donne une mauvaise impression, son cours ayant baissé de 48% depuis les plus hauts d’octobre 2025 et 35% en 2026. Les produits gérés activement avec une surpondération des petites et moyennes sociétés et avec une orientation américaine ont surperformé.

2026.07.17.Défense

La défense européenne souffre de quatre maux:

  • Les importants endettements, à part l’Allemagne, limitent les marges de manœuvre. Beaucoup d’annonces, moins d’actes dans les commandes.
  • Les intérêts nationalistes/nationaux des pays. Une constance dans l’union européenne.
  • Des besoins différents. La France, qui a la dissuasion nucléaire, a des intérêts géopolitiques en Asie et en Océanie et possède une marine importante, dont 1 porte-avions, n’a pas les mêmes besoins que l’Allemagne. C’est une des raisons qui explique l’échec du projet SCAF, le système européen de combat aérien interconnecté, l’équivalent du F-35 américain. La Grande-Bretagne a l’arme nucléaire, mais elle est fournie par les Etats-Unis et ne pourrait être utilisée qu’avec son autorisation. Pour la Suède, la Finlande, la Pologne et les pays baltes, leur seule préoccupation est la sécurisation de leur frontière avec la Russie.
  • Les guerres d’Ukraine et d’Iran démontrent une évolution dans les choix des armes, vers les missiles, les drones et les défenses anti-aériennes, alors que les chars d’assaut feraient partie du passé, trop lents pour éviter la rapidité et l’agilité des drones. Des soldats-robots ont fait leur apparition en Ukraine.

L’asymétrie des deux guerres en cours et l’utilisation de l’IA entrent aussi dans l’équation. Pour toutes les armées du monde. Dans la guerre d’Iran, l’IA américaine choisit les cibles. Dans la guerre d’Ukraine, l’armée ukrainienne utilise les drones et l’IA pour avoir accès aux zones de combat russes. L’asymétrie réside dans l’utilisation de drones d’attaque bon marché et des systèmes anti-aérien/drones coûteux. L’Europe en particulier se cherche et veut se positionner sur les bonnes technologies/armements.

L’Allemagne et la Suède ont signé une lettre d’intention dans une coopération industrielle de la défense. Un accord large qui va de la défense aérienne et antimissiles, l’intégration spatiale, à l’alerte, la surveillance, les capteurs, la guerre électronique, la propulsion, l’avionique, la simulation et l’IA. Cet accord met aussi l’accent sur des drones de combat. L’Allemagne porte un intérêt aux avions de combat de SAAB, les Grippen.

L’Allemagne prévoit de consacrer 3.5% (1.8% en 2022) de son PIB (€152 milliards) à sa défense d’ici à 2029. Ce réarmement ravive de vieilles peurs, notamment en France, en Italie et en Pologne (conjugué à la progression du parti d’extrême-droite AfD), même si l’UE se félicite qu’enfin l’Allemagne investisse sérieusement dans sa défense. L’Europe du Nord se réjouit. La France a peur d’un décrochage militaire face à l’Allemagne. Pour les Etats-Unis, la référence militaire en Europe pourrait devenir l’Allemagne et la Pologne (4.8% du son PIB en 2029). Faute de budget suffisant, les milieux militaro-industriels français s’inquiètent d’être distancés, alors que l’Allemagne peut (va) entrer dans une logique de cavalier seul. L’échec du projet franco-allemand SCAF confirmerait cette tendance. Le projet du char franco-allemand est chancelant, tandis que le patrouilleur maritime et la future génération d’hélicoptères Tigre ont été abandonnés. Le projet de frégate F126 développé avec les Pays-Bas a été abandonné. Et le projet européen de communication Iris devient à risque. L’Allemagne veut aller très vite, seule et être en mesure de contrer une attaque russe d’envergure contre le Vieux Continent, estimée en 2029 par les milieux militaires. Contrairement à la France qui défend une autonomie nationale et européenne, une vingtaine de pays européens sont prêts à suivre l’Allemagne dans son initiative de bouclier antimissiles, incluant des technologies américaines et israéliennes. Pour les discussions en cours, la France et l’Allemagne, arriveront-elles à se mettre d’accord sur un partage de la dissuasion nucléaire.

Porte-drapeau des puissances «moyennes», le Canada a proposé d’idée d’une banque de la défense de £100 milliards avec huit alliés pour contrer la menace russe. Ces alliés sont la Belgique, la Grèce, la Lettonie, le Luxembourg, la Roumanie, la Turquie et l’Ukraine. La banque fournirait un financement à faible coût pour les initiatives de défense, de sécurité et de résilience à travers les chaînes d’approvisionnement, aidant les gouvernements et les petites et moyennes entreprises à combler les lacunes critiques de financement.

Les puissances «moyennes» doivent investir massivement dans la défense, c’est en cours, pour faire face à l’émergence de trois impérialismes, les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Après le choc de la 1ère présidence de Trump (2017-2021) où il demandait aux pays-membres de l’OTAN de passer les dépenses militaires à 5% du PIB, alors que le ratio des pays européens était à 2% en moyenne, en ligne avec le ratio imposé par l’OTAN, et menaçait de quitter l’OTAN si les ajustements n’étaient pas faits rapidement. Trump 2.0 (2025-ss) a réitéré ses menaces, mais avec des pays-membres européens à l’«écoute», révisant significativement leurs dépenses militaires à la hausse. Le monde a changé. Plus agressif. Les Etats-Unis ne sont plus un allié fiable pour l’Europe. Le prochain choc géopolitique pourrait être l’invasion de Taïwan par la Chine si la méthode douce (politique) ne devait pas fonctionner. Le Japon a déjà annoncé qu’elle entrerait en guerre contre la Chine pour des raisons de sécurité nationale si Taïwan était envahi.

Le sommet de l’OTAN à Ankara la semaine dernière s’est déroulé en 2 temps. Le premier jour, Trump a été une nouvelle fois menaçant, revenant sur son désir d’acquérir le Groenland et furieux contre les pays européens qui n’ont pas voulu participer à sa guerre en Iran, en particulier contre l’Espagne et l’Italie qu’il menace d’arrêter les relations commerciales. La menace de retirer les 80’000 soldats américains en Europe (un retrait qui prendrait plusieurs années). Une crise diplomatique couvait. Le 2ème jour, Trump disait «love in the room», «unity was amazing», «love is in the air», et «love was pretty wild». Pour l’Europe, la nouvelle escalade en Iran était imputée à l’Iran. A la fin du sommet, certains leaders du monde parlaient d’un sommet brillant et d’un Trump très content. Trump n’a pas claqué la porte. Les leaders du monde commencent à comprendre Trump : des obsessions qui ne répondent à aucune logique stratégique, militaire ou économique, mais à des lubies d’un promoteur immobilier qui veut des «deals». Les excès de colère de Trump font partie de la gestion des dossiers.

Un vétéran du journalisme qui suit les sommets internationaux depuis 25 ans n’avait jamais vu comment le monde pouvait bouger aussi rapidement (48 heures) selon l’agenda d’un seul homme, Trump en l’occurrence. Jamais il n’avait vu des changements de position géopolitique aussi brutales et rapides, avec Trump au centre. Les gagnants de ce sommet ont été Tayyip Erdogan, Zelensky, Mark Rutte (on l’a beaucoup critiqué, mais il doit gérer Trump !), et dans une moindre mesure l’Espagne et le Danemark. Le perdant, Poutine. L’Iran reste une inconnue.

En conclusion, le secteur de la défense reste une conviction d’investissement forte. La sous-performance de la défense européenne est temporaire. L’hétérogénéité européenne et les questionnements ralentissent la production d’armements. Il y a des doutes légitimes sur l’exécution des carnets de commandes. Mais les craintes sur le processus de réarmement en Europe sont exagérées. L’Europe doit fonctionner avec un soutien américain moins automatique. Beaucoup de dégâts à la crédibilité de l’OTAN, mais les Européens doivent rester opérationnels en investissant dans la défense. Aucun doute, le processus est en cours. L’Europe va dépenser au minimum 3.5% de son PIB à la défense. Taux de progression annuels des revenus et des profits de 35%-40% en moyenne pour les sociétés européennes sur les 5 prochaines années. Notre sélection de titres à un horizon de 12-24 mois : Rheinmetall (valorisation €2’000), Leonardo (€86), SAAB (SEK850), BAE Systems (£2’350).

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