Le marché nous a refait le coup classique : lundi on adorait les puces, mardi on les détestait, et ce mercredi on attend que Kevin Warsh nous dise si on a bien fait de paniquer. Entre un cessez-le-feu iranien qui tient moins longtemps qu'une résolution du 1er janvier et Michael Saylor qui vend enfin ses bitcoins, la journée avait de quoi occuper tout le monde.

Retour de l’audio le 17 juillet

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, même en silicium

Lundi, on fonçait tête baissée sur les semi-conducteurs : l’IA a besoin de mémoire, la mémoire est rare, les prix montent, achetez tout. Mardi, Samsung est venu confirmer l’histoire de la plus belle des manières — bénéfice d’exploitation multiplié par dix-neuf sur un an, 58,5 milliards de dollars. Et l’action s’est fait défoncer de 7%.

Voilà la définition exacte des marchés modernes : on annonce le meilleur trimestre de l’histoire d’un groupe, et le marché vend comme si la mémoire vive venait de disparaître. Le problème, c’est que Samsung n’a fait qu’égaler les attentes, alors que Micron, la semaine dernière, les avait pulvérisées. Dans un marché qui carbure aux surprises, livrer la marchandise sans supplément devient une déception. J’appelle ça la loi des attentes délirantes : plus vous montez, plus la barre monte avec vous, jusqu’à ce qu’un bénéfice x19 ait l’air fatigué.

Un pour tous !

Tout le secteur mémoire a trinqué — Micron, SanDisk, Western Digital, SK Hynix — et le Philadelphia Semiconductor Index a perdu 4,65% d’un coup. La vraie question qui traîne dans toutes les notes depuis hier : paie-t-on une pénurie réelle, ou une bulle qui s’habille en pénurie ? Quand le prix de la mémoire grimpe assez pour qu’Apple augmente le prix de l’iPhone, ce n’est plus un cycle industriel, c’est une taxe déguisée. Signe classique d’un sommet qui approche, ou d’un marché qui a juste besoin de souffler. Réponse au prochain trimestre.

Absent remarqué au tableau des pertes : Nvidia, quasiment stable pendant que tout son secteur brûle. Ironie savoureuse, la star originelle de la bulle IA n’affiche que +6% depuis janvier, contre +581% pour SanDisk et +228% pour Micron. Ajoutez une rumeur Reuters comme quoi DeepSeek développerait sa propre puce pour se passer un peu de Nvidia, et même le champion toutes catégories commence à regarder par-dessus son épaule.

Taux et Ormuz : deux inquiétudes pour le prix d’une

Pendant que les puces prenaient une gifle, les taux sont repartis à la hausse — le dix ans vers 4,55%, le trente ans au-delà de 5,06%. La raison : l’inflation anticipée par les ménages américains grimpe à 3,7%, plus haut niveau depuis septembre 2023, et ce n’est presque pas l’essence qui pousse (attendue à seulement +1,5%). Un marché du travail qui refuse de s’effondrer complète le cocktail parfait pour une Fed qui aimerait bien baisser les taux mais qui n’en a pas vraiment le droit. Réponse ce mercredi avec les « Warsh minutes », premier regard sur les débats internes du comité sous la nouvelle direction.

Côté Ormuz, la guerre qu’on nous avait vendue comme terminée le 17 juin continue de se tester tous les deux ou trois jours, sinon tous les week-ends. Trois pétroliers touchés cette semaine, dont un méthanier qatari et un pétrolier saoudien ; les Américains ont révoqué la licence pétrolière iranienne puis frappé des installations militaires près de Sirik et Bandar Abbas. Le cessez-le-feu tient à peu près aussi bien qu’une carte de fidélité qu’on tamponne et déchire en alternance. Résultat : le Brent vers 76 dollars, le WTI vers 72, loin des 126 dollars d’avril, mais assez pour rappeler que rien n’est réglé. Trump, lui, était en Turquie à l’OTAN à se plaindre qu’on ne l’aide pas assez — je ne serais pas étonné qu’il nous annonce une « paix historique » dès lundi prochain.

Les dégâts collatéraux

GE Vernova a chuté de 6,5%, entraînant Caterpillar et Cummins, à cause d’une dégradation de Siemens Energy — dégradation accompagnée, comble de l’absurde, d’un objectif de cours relevé de 110 à 130 euros. SpaceX a fait ses débuts au Nasdaq 100 avec la grâce d’un éléphant en pirouette, -6,8% le premier jour malgré 2000 milliards de capitalisation et une pluie d’avis à l’achat. Et Michael Saylor, le grand prêtre du « on ne revend jamais », vient de vendre 216 millions de dollars de bitcoins en une semaine pour arroser ses dividendes préférentiels à 12%. Même les convictions les plus sacrées finissent par payer le loyer.

À retenir avant demain

Samsung a livré un trimestre historique et s’est fait défenestrer. Le pétrole grimpe sur une guerre qu’on croyait finie. L’inflation revient au menu pile quand la Fed change de chef. Demain, les Warsh minutes nous diront si on joue les faucons ou les colombes — et le marché trouvera sans doute une raison de s’inquiéter dans les deux cas. La version longue de la chronique avec des trucs en plus, c’est sur Morningbull.ch

À vendredi pour la suite — je quitte Montréal, je vais voir les baleines quelques jours !

Thomas Veillet
Investir.ch