Il y a des montagnes de choses à dire ce matin, alors on ne perd pas de temps : on va directement sur les sujets qui nous intéressent. La FED, Microsoft et Meta.

L’Audio du 30 juillet 2026

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La crédibilité de Kevin

Il est assez rare d’assister à des évènements comme ceux d’hier : voir un président de la FED, protégé de Trump, perdre sa crédibilité en quarante-cinq minutes de conférence de presse. Warsh est monté au pupitre, la main sur le cœur, pour nous jurer qu’il livrerait 2% d’inflation. Le marché obligataire l’a écouté. Poliment. Puis il a littéralement fait un malaise vagal. Le 30 ans est monté à 5.22%, plus haut depuis 2007. Le Dow s’est rétamé de plus de 1’000 points, pire séance depuis avril 2025. Et le Nasdaq 100 est officiellement en zone de correction. Le pire meeting de la FED depuis décembre 2024. Un analyste américain a résumé la chose en disant que le marché obligataire avait littéralement vomi sur Kevin Warsh. Bon appétit.

Sur le fond, pourtant, la Fed n’a rien fait de choquant : taux inchangés, cinquième pause d’affilée, la plus longue depuis 2008. Vote 9 contre 3, avec Hammack, Kashkari et Logan qui claquent la porte en réclamant 25 points de base de hausse — on n’avait pas vu trois dissidents hawkish depuis 2016. Ce qui a fait dérailler la séance, c’est la conférence de presse.

Warsh a supprimé la « forward » guidance. C’est son grand projet, sa révolution, son futur héritage. Fini les banquiers centraux qui annoncent leurs visions trois réunions à l’avance. Il a même trouvé la formule idéale pour expliquer qu’il n’en avait rien à foutre si les intervenants n’étaient pas contents : « Les intervenants doivent apprendre à jouer le ballon, pas l’arbitre ». Sauf que quand l’arbitre quitte le terrain, les joueurs ne jouent pas mieux. Généralement, ils se tapent même dessus.

La question était pourtant simple : qu’est-ce qui vous ferait monter les taux ? Et là, plus personne au bout du fil. Refus total de dire quel indicateur d’inflation il regarde vraiment, et surtout cette petite bombe : la FED pourrait enterrer le PCE comme cible officielle. « On garde le PCE pour l’instant. Mais qui sait ce qu’on en fera dans six mois. » Traduction pour les gérants obligataires : on remet en question tous vos chiffres de référence. Et le clou du spectacle : quand on lui demande pourquoi il n’a pas monté les taux, il répond que le marché l’a fait pour lui. Il a osé se féliciter de la hausse des taux longs et la présenter comme la preuve que « sa communication fonctionne ». Sauf que les conditions financières se sont resserrées pour une mauvaise raison : c’est du doute, pas de la confiance. Ce n’est pas quelque chose dont on se vante. Voilà l’histoire du jour : un président de la Fed qui prend le scepticisme du marché pour un applaudissement.

Le 30 ans à 5.22%, ou l’art de se faire appeler son bluff

Pendant la conférence, le 2 ans a BAISSÉ de presque 4 points de base, à 4.26%. Le 30 ans a MONTÉ de 13 points, à 5.22%. L’écart 2 ans-30 ans s’est écarté de plus de 14 points de base en une séance : plus gros mouvement sur un jour de Fed depuis décembre 2023. Le 2 ans, c’est le pari sur la Fed : il baisse, donc « ils ne monteront pas tout de suite ». Le 30 ans, c’est le pari sur l’inflation et sur la dette : il monte, donc « et c’est précisément pour ça qu’on aura un problème plus tard ». Autrement dit, le marché obligataire n’a PAS dit « Warsh est trop dur ». Il a dit « Warsh est trop mou, et il ne le sait pas encore ». C’est le pire compliment qu’on puisse adresser à un banquier central.

Gundlach a été plus direct sur CNBC : « Si vous voulez vraiment aller à 2%, il faut monter les taux. Si vous voulez qu’on croie votre discours, commencez par agir. » Chez JP Morgan, on a ramené la prévision de hausse avant la fin de l’année, alors qu’on parlait de fin 2027 : un rétropédalage de quatorze mois en une soirée. La probabilité d’une hausse en septembre est passée de 75% avant la conférence à 55-60% après. Plus personne ne comprend rien, la FED est devenue illisible. Et c’est exactement ce que Warsh voulait — il n’avait juste pas prévu la facture : 1153 points sur le Dow et des traders qui se demandent si la FED est encore notre amie. Rendez-vous à Jackson Hole, où son discours est, selon ses propres mots, « une feuille blanche pour l’instant ».

Le pétrole fait le yo-yo et l’Iran tire des missiles

En début de semaine on nous vendait un cessez-le-feu. Mardi soir, les Gardiens de la Révolution ont tiré des missiles balistiques sur les forces américaines. Tous interceptés, mais c’est l’intention qui compte. Trump a donc (ENCORE UNE FOIS) promis de frapper durement, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont bombardé l’Irak, les drones pro-iraniens ont visé les installations pétrolières saoudiennes, et les Houthis envisagent d’imposer des péages en mer Rouge. On sent que le jour où ils seront tous frères est encore très loin dans le calendrier. Résultat : WTI à 83.50$, Brent à 87$ et des poussières, après un pic au-dessus de 100 il y a quelques jours.

Et c’est là que ça devient méchant pour la Fed : le CPI de juin avait BAISSÉ de 0.4%, première contraction en six ans, grâce à la baisse de l’essence pendant l’accalmie iranienne. Le seul bon chiffre d’inflation depuis des mois était un cadeau de la géopolitique — et la géopolitique vient de le reprendre. Warsh l’a balayé d’un revers de main : même pas peur. Sauf que cet après-midi il y a le PCE. Et la BoE prend le relais aujourd’hui, avec des Gilts longs proches de leurs plus hauts depuis les années 1990 : si elle déçoit, le 30 ans britannique peut aller taper les 6%. Le club des banquiers centraux qui perdent le contrôle de leur courbe se remplit à vitesse grand V.

Microsoft contre Meta : leçon en deux actes sur le cash-flow

On commence par Microsoft. 4.81$ de bénéfice contre 4.24 attendus, 90 milliards de revenus (+18%), Azure +43% quand le consensus tablait sur 40%, carnet de commandes cloud à 678 milliards contre 627, et Copilot qui passe de 20 à plus de 30 millions de licences payantes.

Mais le détail qui a propulsé le titre de 9% en after-hours, c’est aucun de ces chiffres. C’est la CFO Amy Hood qui annonce que le capex reste INCHANGÉ. YEPPPEEEEEE !!!! C’est LE CHIFFRE qu’on attendait, celui qui dit « PAS PLUS DE CAPEX ». Aujourd’hui, la meilleure nouvelle qu’une megacap puisse annoncer, c’est qu’elle ne dépensera pas plus que prévu. Alphabet a relevé son capex la semaine dernière et s’est fait démolir, Microsoft n’a pas bougé le sien et a pris 9%. Il en faut peu pour être heureux. On notera quand même que 27 cents des 4.81$ viennent d’éléments comptables inhabituels, dont 3.2 milliards de plus-value latente sur Anthropic, dont la valorisation est passée de 350 à 900 milliards en un trimestre. Une partie du bénéfice de Microsoft vient donc de la réévaluation d’une société pas encore cotée, évaluée avec un boulier et un thermomètre cassé. On en reparlera à l’IPO.

Deux salles, deux ambiances. Meta : revenus record de 60.8 milliards (+28%), 3.6 milliards d’utilisateurs, la machine à cash publicitaire qui tourne comme une horloge suisse. Sauf que le bénéfice ressort à 6.18$ contre 7.19 attendus, les charges bondissent de 55%, la R&D de 67%, et la marge opérationnelle tombe de 43% à 31% en douze mois. Mais le chiffre qui compte, le seul : free cash-flow trimestriel de 784 millions de dollars, contre 8.55 milliards un an avant. Moins 91%. Le capex trimestriel est passé de 19.8 à 31.1 milliards en trois mois et le free cash-flow devrait passer négatif l’an prochain — comme Alphabet, qui vient de brûler 5.9 milliards, une première dans son histoire. Interrogé sur la vente de capacité de calcul, Zuckerberg a répondu qu’il le ferait « potentiellement », qu’il avait reçu « beaucoup d’offres » et qu’il serait « idiot de tout vendre pour prendre un profit à court terme ». Le titre a perdu 10%. Le marché aurait visiblement bien aimé que Zuckerberg soit « idiot » à court terme.

La morale des deux actes est claire. Le marché ne demande plus « est-ce que l’IA va marcher », il demande « est-ce que vous survivrez financièrement jusqu’à ce qu’elle marche ». Microsoft a répondu oui. Meta a répondu par 784 millions, un sourire gêné et un haussement d’épaules difficile à interpréter.

Les viennent-ensuite

Qualcomm se fait rattraper par la mémoire : 2.21$ contre 2.23 attendus, revenus en baisse de 4%, guidance bien en dessous des attentes, et un patron qui évoque un « environnement mémoire et approvisionnement difficile ». Traduction : les prix de la DRAM lui bouffent ses marges, d’où des hausses de prix dès le 1er septembre et un titre à -3.5%. Retenez cette phrase, elle va revenir tout le semestre : la mémoire coûte trop cher. Arm publie du bon et se fait démonter quand même : quand on est valorisé comme Arm, « très bien » est une déception. Chipotle relève ses prévisions en pleine épidémie de cyclospora et prend 6.4% : les miracles existent, et ils viennent de la bouffe mexicaine. Starbucks est redevenu cool, enfin (+7.9% de ventes contre 5.7% attendus), et le latte coûte toujours le prix d’un appartement à la montagne. Robinhood sort un trimestre record et baisse quand même de 1%, avec des revenus de marchés de prédiction multipliés par dix pendant que le crypto s’effondre de 38% : les clients ont arrêté de parier sur le bitcoin pour parier sur des matchs de foot, les magouilles de la FIFA et les décisions de la Fed. Résumé de la soirée : ce n’est plus si simple d’être un MAG7, et le moindre CAPEX mal interprété, c’est bain de sang garanti.

Conclusion : et si on arrêtait de se mentir

Faisons le bilan d’hier, les fesses serrées et le sourire crispé. Le président de la Fed a promis l’impossible sans expliquer comment. Le marché obligataire lui a mis 13 points de base dans les gencives sur le 30 ans. La FED n’est plus vraiment notre amie et on se demande si elle viendra nous sortir de l’ornière en cas de besoin. L’Iran tire des missiles, le pétrole fait des sauts de 7% dans les deux sens, la Corée du Sud a vaporisé 2000 milliards et son ministre des Finances s’excuse en public. Meta génère 784 millions de free cash-flow en brûlant 31 milliards de capex par trimestre. Et la meilleure nouvelle du jour, celle qui fait monter les futures du Nasdaq de 1.2%, c’est qu’une entreprise a annoncé qu’elle ne dépenserait pas plus que prévu.

Merci Microsoft. Sincèrement. Sans toi, ce matin, on aurait envisagé le pire. Reste que le tableau n’est pas beau. Quand les taux longs montent pour de mauvaises raisons, quand les deux titres qui font la moitié d’un indice national partent en vrille avec les économies de la population, quand un trimestre « excellent » devient un motif de vendre — ce n’est pas un marché haussier fatigué, c’est un marché qui ne croit plus à son propre narratif.

Aujourd’hui on remet une pièce : PCE de juin, PIB américain du T2, Banque d’Angleterre. Et ce soir, Apple et Amazon, qui nous diront si Microsoft était l’exception ou la règle. Si Amazon relève son capex comme Alphabet, préparez le café très fort et l’Alka-Seltzer pour demain matin. Belle journée et à demain, si vous le voulez bien !!!
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Thomas Veillet — Morningbull.ch