Vendredi matin, je vous disais qu'on saurait en fin de journée si Kevin Warsh était capable de parler vingt minutes sans rien dire. Bon ben finalement il a parlé, il s'est rangé chez les hawkish, et le marché a réécrit toute sa copie de fin d'année dans les minutes qui ont suivi. L'or s'est mangé un train à grande vitesse, le dollar a signé sa plus forte hausse depuis deux mois et demi, et Wall Street a fini dans le rouge en traînant les pieds. Puis on est partis en week-end, tranquilles. Et dimanche, l'armée américaine a pulvérisé deux lance-roquettes iraniens sur l'île de Larak, l'Iran a répondu par huit missiles sur des bases américaines en Jordanie, et le baril s'est réveillé à 90 dollar
L’Audio du 31 août 2026
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Ce qu’il a vraiment dit
Le plus important, c’est le renversement de la charge de la preuve. Jusqu’à vendredi, la Fed ne bougeait pas SAUF si les chiffres l’obligeaient à bouger. Depuis vendredi, elle monte les taux SAUF si les chiffres montrent que ce n’est pas nécessaire. Sur le papier, une nuance de vocabulaire. Dans les faits, ça change qui doit prouver quoi. C’est la différence entre un flic qui doit trouver une bonne raison de vous coller une amende, et un flic qui vous la colle sauf si c’est vous qui lui trouvez une bonne raison de ne pas le faire. Pour celui qui gère un portefeuille obligataire, ce n’est pas la même conversation. Et surtout, ce n’est pas le même prix.
Le reste tient en une phrase : « j’aurais bien de la peine à décrire les conditions financières actuelles comme restrictives ». Traduction, les taux ne sont pas assez hauts. Et le morceau que personne n’a assez relevé, c’est le mea culpa : « la responsabilité de 65 mois d’inflation élevée et persistante repose directement sur la banque centrale ». Ni Poutine, ni les chaînes logistiques, ni les Chinois, ni l’alignement des planètes — la sienne. D’habitude, les banquiers centraux arrivent en pompiers pour réparer les conneries des autres.
Le sevrage
Warsh déteste la forward guidance : elle « a largement dépassé la durée de son séjour ». Il a même mis un nom sur la maladie, le palais des glaces : la Fed regarde le marché, le marché regarde la Fed, et au bout d’un moment plus personne ne regarde l’économie. Sa formule de clôture est magnifique : « je suis engagé envers une discipline, pas envers une décision ». Traduit dans la langue des vivants : démerdez-vous, regardez l’économie, et arrêtez de croire qu’on sait mieux que vous. Pour une génération de traders élevés au lait maternel de la Fed, le sevrage va être sportif. J’en connais qui n’ont pas passé un bon week-end.
Côté obligataire, le deux ans a bondi de 12 points de base à 4,35%, le trente ans n’a pas bougé, la courbe s’aplatit. Le marché dit : je te crois. Sauf qu’une banque a résumé le truc en trois mots parfaits — « talk is cheap ». Warsh a maintenant presque l’obligation de monter les taux le 16 septembre, sinon il perd tout ce qu’il vient de gagner. Et n’attendez pas un mot de plus d’ici là.
Larak, dimanche matin
La semaine dernière, le Centcom annonçait fièrement que le déminage du détroit était terminé. Ce week-end, les Américains ont détruit deux lanceurs iraniens qui s’apprêtaient à en balancer de nouvelles. On a déminé, ils veulent reminer, on frappe : c’est un déneigement en pleine tempête. Première frappe depuis le 29 juillet, alors que Bessent nous promettait depuis un mois de passer à la « violence financière ». On a eu de la violence tout court. Résultat : le WTI est à 85,40 ce matin, le Brent à 90,40, et Téhéran fait savoir qu’il « n’est pas pressé » de rouvrir le détroit. Je vous laisse deviner ce que ça donnera sur le prix du plein et sur le mazout de cet hiver.
Le cadeau vénézuélien
Vendredi soir, Washington a signé le truc le plus étrange de l’année : contrôle américain sur 55% d’une société neuve, bail de CENT ANS, 65 milliards de barils vénézuéliens. Trump parle d’un « cadeau du Venezuela au peuple américain ». Un cadeau, ou le braquage du siècle, c’est selon. Sauf qu’une réserve, c’est un stock, pas un débit : le Venezuela pompe 1,2 million de barils par jour quand l’Arabie saoudite, avec deux fois moins de réserves, en pompe neuf fois plus. Doubler ses réserves, c’est doubler la taille de sa cave à vin quand le tire-bouchon est cassé depuis 2007. Parce que ce brut-là n’est pas du pétrole, c’est du goudron : huit degrés API, alors que l’eau c’est dix. En dessous, ça ne se pompe plus, ça se ramasse à la pelle. Et le chiffre qui règle le débat : Caracas annonce 209 milliards de recettes fiscales, soit 3,20 dollars le baril. À ce tarif-là, on ne vend pas son pétrole, on l’offre avec le café.
Le programme
Futures en baisse, le S&P perd 0,4% et le Nasdaq 0,6%. L’or remonte à 4’464 dollars et le yen est retombé à 160 contre dollar, soit exactement le niveau qui avait déclenché l’intervention conjointe de Tokyo et Washington fin juillet. Aujourd’hui c’est calme. Demain, JOLTS, ISM manufacturier et inflation en zone euro. Mercredi, Broadcom après la clôture. Et vendredi, l’emploi américain : +58’000 attendus après une DESTRUCTION de 23’000 en juillet. C’est ce chiffre-là qui décidera de septembre. Même si on sait tous que ces chiffres-là sont du pipeau soigneusement essoré par la Maison Blanche.
Ce que vous ne lirez pas ici
Deux pages, c’est court, il a fallu couper. Dans la chronique complète de ce matin : pourquoi les banques d’affaires paniquent sur les soft commodities — comprenez les trucs qu’on bouffe, pas ceux qu’on met dans le réservoir — et pourquoi ça ressemble à une deuxième vague d’inflation. Les 6’800 milliards du bilan de la Fed dont Warsh n’a pas dit un mot, avec l’ombre de Tonton Donald derrière son épaule gauche. Et le pays qui détient les plus grosses réserves de pétrole du monde, et qui doit IMPORTER du pétrole pour arriver à vendre le sien.
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Dernière chose, et je la garde pour la fin parce qu’elle est trop belle. Pour financer cinq gigawatts de calcul en Louisiane, Meta n’a pas emprunté sous son propre nom : société ad hoc, 27 milliards de dette, 3 milliards de fonds propres, Meta en garde 20% et laisse 80% à des fonds privés. Elle loue le data center, paie les charges, et porte la dette si elle ne renouvelle pas le bail. Tous les risques, un cinquième du capital, zéro dette au bilan. Cette merveille s’appelle officiellement Beignet Investor et elle est notée A+. Et un A+, ça veut dire que ce truc a déjà atterri dans votre caisse de pension.
Passez une excellente journée, surveillez le baril plutôt que les commentaires, et on se retrouve demain pour entamer septembre — le mois que les statisticiens appellent poliment « historiquement défavorable » et que les autres appellent la saison des krachs.
À demain !!!
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« Moi, quand je foutais rien dans la vie, t’avais mon grand-père maternel qui venait me voir : « Nous on a fait la Seconde Guerre mondiale avec le général de Gaulle ». Là tu fermais ta gueule tu allais faire tes devoirs. Tu veux qu’on dise quoi nous aujourd’hui : nous on a fait la guerre du Mali avec François Hollande. » Fabrice Eboué