Les records tombent partout, mais le plus important ce matin, à mon sens, c'est encore le sketch qu'on nous joue du côté d'Ormuz. Coluche disait : « les politiciens voudraient qu'on soit intelligents, et ils nous prennent pour des cons ! » Résumé des dernières 24 heures : les États-Unis négocient avec l'Iran. L'Iran répond qu'il ne négocie pas et que tous ses négociateurs sont encore à la maison. Résultat de cette contradiction frontale : le pétrole se prend 5% dans les dents, le Dow Jones part au plus haut de tous les temps, le CAC efface son record, Francfort franchit les 26'000 points pour la première fois de son histoire et Madrid fait pareil.
L’Audio du 4 août 2026
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Tout ça pour des négociations DE PAIX dont l’une des deux parties jure publiquement qu’elles n’existent pas. Il y a donc FORCÉMENT quelqu’un qui ment, et le marché a décidé de croire celui qui ment le plus fort. On vient d’inventer une discipline nouvelle : la diplomatie unilatérale imaginaire.
Le sketch d’Ormuz
Le déroulé vaut le détour. Samedi soir, Trump renonce à « l’attaque la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale ». Dimanche, il précise que ce sont les Iraniens qui ont demandé la pause. Lundi matin, Téhéran dit qu’il n’a rien demandé et qu’il ne parle qu’avec Oman. Lundi après-midi, Trump traite les dirigeants iraniens d’« incroyablement fourbes », explique que « quand ils parlent, ils n’aiment pas dire qu’ils parlent », puis lâche dans le Bureau ovale la phrase qui restera : « Je veux leur donner une toute dernière chance avant la décapitation. » On nous explique donc que la négociation existe, que l’autre partie la nie, et que le fait de la nier prouve justement qu’elle existe. C’est la logique du complotiste : l’absence de preuve EST la preuve. Sauf que ce n’est pas un vieux barbu survivaliste au fin fond de l’Ohio, c’est le commandant en chef de la première armée du monde. Et sur le terrain, rien n’a bougé depuis fin février.
Positionnement et repositionnement
Alors pourquoi un marché de professionnels payés une fortune pour ne pas être crédules achète cette histoire pour la je-ne-sais-combientième fois cette année ? La réponse honnête : il ne croit rien du tout. Le marché n’a pas d’opinion géopolitique, il a un positionnement. Il était short sur la vol, long sur l’énergie, avec des couvertures dans tous les sens. Quand le baril lâche 5%, ce ne sont pas des convictions qui se forment, ce sont des couvertures qui se dénouent. Le narratif de paix, c’est la déco Ikea qu’on pose sur un meuble pour le rendre moins moche. On déboucle et on attend la prochaine occasion — qui, au vu de l’état mental du plus grand clown du monde, ne devrait pas trop tarder.
Mille huit cent quatre-vingts milliards en trois jours et une odeur d’octobre 2000
Pendant ce temps, les sept magnifiques ont ajouté 1’880 milliards de capitalisation en trois séances. Record absolu, à peu près le PIB de l’Italie créé en 72 heures, pendant un week-end qui avait commencé par un éventuel déluge de feu sur l’Iran. Microsoft a pris 24,9% en trois jours, sa meilleure séquence depuis octobre 2000 — pour ceux qui pensent que la bulle internet est une légende urbaine, octobre 2000 c’était pile le moment où le Nasdaq avait déjà perdu un tiers de sa valeur et où les rebonds s’enchaînaient comme des convulsions. Je dis ça, je dis rien. Le 29 juillet, Microsoft valait 389 dollars. Hier soir, il a clôturé au-dessus de 487. Amazon a franchi les 3’000 milliards et Meta a repris 6% sur la seule séance d’hier. Quant au consensus de croissance des bénéfices, il est passé à 47,7% pour le trimestre contre la moitié il y a un mois. Il a DOUBLÉ en quatre semaines. Soit les analystes ont eu une illumination collective, soit ils courent derrière les publications en essayant de ne pas avoir l’air trop à la rue.
L’obligataire, ce colocataire pénible
Le dix ans américain a reculé de six points de base à 4,68%. Logique : pétrole en baisse, inflation importée en baisse, moins de pression sur la Fed. Impeccable. Sauf que le même jour, le Trésor a relevé de 68 milliards ses besoins d’emprunt du trimestre, à 739 milliards, sorti un lundi soir entre deux tweets sur la décapitation. Les taux longs baissent donc sur un espoir de paix qui n’existe pas, pendant que l’émetteur souverain le plus important de la planète creuse discrètement son gouffre. La dette américaine vient d’atteindre 39’816 milliards ; on franchira les 40’000 d’ici la fin du mois. Ne l’oublions pas quand même la prochaine fois qu’on nous expliquera que tout va bien.
Et si vous voulez voir la facture quand elle arrive, regardez le Japon. Le deux ans japonais est au plus haut depuis trente-et-un ans, et vendredi Américains et Japonais sont intervenus CONJOINTEMENT pour acheter du yen, première fois depuis 1998. Tokyo a claqué cent milliards en quarante-huit heures et trois cent dix milliards en quatre ans pour défendre sa monnaie. À un moment, on ne défend plus une devise, on paie une rançon. Et pour financer ça, le Japon va taper dans le guichet en dollars de la Fed : une banque centrale qui prête des dollars à un pays pour qu’il achète sa propre monnaie. On vit définitivement une époque formidable.
Vite fait sur les résultats
Palantir a sorti un trimestre monstrueux — chiffre d’affaires +93%, activité commerciale +149%, prévision annuelle relevée d’un demi-milliard — et reprend une douzaine de pourcents après la clôture. MÊME comme ça, le titre reste en baisse de 25% depuis janvier. Snap prend 10% avec des abonnements en hausse de 85% pendant que ses utilisateurs américains reculent de 7% : on perd ceux qui rapportent, on gagne ceux qui ne rapportent rien, et on monte quand même. ON Semiconductor fait le boulot grâce à sa division qui alimente les centres de données — les vrais gagnants de l’IA sont les vendeurs de câbles et de refroidissement. Les pelles et les pioches, comme d’habitude. Boeing bondit de 8% après la certification du 737 MAX-7, dix ans de procédure pour un appareil qui devait être homologué avant fin 2022 — entre-temps, Airbus a eu le temps de sortir deux modèles, de remplir son carnet et probablement de refaire la cantine de Toulouse. Et du côté de la mémoire, Séoul s’est pris 5% lundi et remet 2% ce matin MALGRÉ une inflation coréenne qui ralentit. On vendait de la DRAM comme on vendait des tulipes ; quand le levier se dénoue, il se dénoue brutalement.
Ce qui nous attend
SpaceX publie ses premiers résultats de société cotée avec un titre 20% sous son prix d’introduction — vu le short interest, ça peut être spectaculaire. On a aussi AMD, Caterpillar, Merck, McDonald’s, Aramco, BP et Toyota, plus les fameux JOLTS attendus en repli à 7,25 millions. La thématique du matin, c’est qu’on paie trois fois le même espoir de paix : une fois en juin, une fois en juillet, une fois ce week-end. Le baril rebondit déjà de 0,7% à 84 dollars — le marché du pétrole a fini de digérer la blague avant l’ouverture européenne. Les actions mettront un peu plus longtemps, elles ont trois mille milliards de bonnes raisons de ne pas se réveiller tout de suite. Et je le répète pour ceux qui n’ont pas compris : JE NE SUIS PAS PESSIMISTE, je raconte juste ce qui se passe. Et je n’ose pas imaginer ce qui pourrait se passer. Et si vous voulez la chronique complète, avec tous les détails en profondeur, pour moins d’un franc par jour, vous pouvez vous abonner à Morningbull.ch
Passez une très belle journée, un excellent mardi — ce qui, à ce stade de la semaine, relève surtout de l’espoir imaginaire, exactement comme les négociations avec l’Iran — et à demain !!!
Thomas Veillet
Investir.ch
« Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés. »
Mark Twain