Trump nous en a encore fait une. Non, deux. Hier, POTUS a posté une carte du détroit d'Ormuz avec écrit dessus, en gros, en bleu-blanc-rouge : « NEW U.S. TERRITORY ». Pas un meme d'un compte parodique à 400 followers. Son compte officiel. 4'550 likes. Il avait dit qu'il le ferait, il l'a fait — c'est probablement la seule fois qu'il a tenu parole depuis qu'il est élu. Et pendant que la Maison Blanche annexe un bras de mer situé à 11'000 kilomètres de Washington, le 30 ans américain est allé taper 5,3371%, plus haut depuis 2007. Le KOSPI s'est fait démonter de 5,5% cette nuit. Les semis viennent de vivre leur pire séance depuis le 1er juillet

Bref : les marchés découvrent qu’on ne peut pas valoriser l’infini quand l’argent redevient cher.

Le carnage, d’abord, parce que c’est plus drôle. Le SOX a perdu 5,6%. Trente valeurs dans l’indice, trente valeurs en baisse, zéro survivant. CoreWeave -12%, Seagate -9,2%, SanDisk -9%, Micron -7%, ARM -6,7%. Nvidia s’en sort avec -2,3%, ce qui dans ce contexte revient presque à clôturer en hausse. Et le plus beau : lundi, ce même indice venait officiellement d’entrer en bull market. Vingt-quatre heures d’espérance de vie. Il s’est retourné pile sur sa moyenne mobile à 50 jours et il a tout balancé par la fenêtre.

Le meilleur, c’est qu’il ne s’est RIEN passé. Aucun profit warning, aucun downgrade, aucun scandale comptable. On est en plein vide intersidéral d’information, avec une liquidité comparable à celle d’un distributeur de canettes abandonné dans le désert depuis 25 ans. Ajoutez 420 milliards d’exposition notionnelle sur les ETF à levier IA/semis, et vous obtenez un dénouement qui ne descend pas les escaliers : il saute par la fenêtre.

Pareil en Asie

L’Asie a pris le relais avec l’enthousiasme d’un condamné à mort. KOSPI -5% dès l’ouverture, marché stoppé, coupe-circuit. SK Hynix -8,6%, Samsung -7,3%, Kioxia -9%, Nikkei -2,6%. Six séances de hausse d’affilée rendues en une matinée. C’est très exactement la définition d’un marché qui ne croit plus à ce qu’il achète. Le sondage BofA confirme : 59% des gérants couvrent désormais leur risque IA. Deux fois plus qu’en juillet.

Le vrai patron du marché, c’est de nouveau l’obligataire. Le 30 ans à 5,3371%, le 10 ans à 4,72%. Le Bund 30 ans au plus haut depuis 2011, l’OAT française à 4,11%, du jamais vu depuis 2008. Trois raisons qui s’empilent : Warsh a coupé la corde qui reliait les taux longs à la politique monétaire — le marché obligataire est libre et découvre qu’il déteste ça (+47 pb sur le 30 ans depuis fin juin). La dette US passe les 40’000 milliards cette semaine. Et les Big Tech émettent tellement pour financer leurs data centers qu’elles font la queue derrière le Trésor américain pour capter les mêmes dollars. L’argent qui finançait la dette souveraine finance maintenant des cartes graphiques.

Good news

La bonne nouvelle : le 30 ans est redescendu à 5,28% en clôture, des acheteurs sont réapparus. Yardeni, celui qui a inventé le terme « bond vigilantes » en 1983, dit qu’il n’appuie pas encore sur le bouton panique. Rassurant comme un pompier qui vous dit qu’il ne sent pas encore la fumée mais qu’il voit quand même les flammes.

Le mécanisme tient en une phrase : quand le taux sans risque monte, on actualise les bénéfices futurs plus sévèrement. Quand votre thèse repose sur des profits situés en 2031, ça coûte cher. Voilà pourquoi la tech se fait ratatiner pendant que l’énergie prend 1,8% et la santé 1,6%. Après des mois d’irrationalité, le marché s’est replongé dans les bouquins de théorie.

Ormuz, le théâtre. Trump déclare qu’il n’y a « aucune discussion en cours » avec l’Iran. Pendant ce temps, Kushner explique sur Fox News qu’il a des « conversations très positives et actives » avec Téhéran. Même administration, même jour, même chaîne, même famille. On appelle ça une stratégie. Le détroit est « ouvert et opérationnel » selon tonton Donald — trois navires l’ont traversé dimanche, et un cargo s’est fait tirer dessus lundi soir, un mort. Résultat : Brent à 91,66, WTI à 85,67, quatrième séance de hausse. Six mois de guerre, 20% du pétrole mondial bloqué, et le baril à 91. Pas 130. Les circuits alternatifs tiennent — mais sans marge et sans coussin. Le jour où un maillon casse, il n’y a personne derrière.

La connerie du jour

La connerie du jour : le TACO sur le Canada. À deux heures de l’entrée en vigueur des tarifs de 50%, Trump suspend tout pour trois jours. « DEAL ! », en majuscules. Carney : « Des progrès substantiels ont été réalisés, bien qu’il reste un travail important à faire. » La manière canadienne de dire qu’on n’a rien signé du tout.

Aujourd’hui : minutes du FOMC — trois dissidents en juillet, et tout ton un peu dur se transmettra instantanément à la courbe. Adjudication de 16 milliards à 20 ans, le vilain petit canard de la courbe : si elle se passe mal, on saura ce qu’il reste de l’appétit obligataire. Target, TJX, Lowe’s et Analog Devices avant l’ouverture. Hier, battre le consensus n’a servi ni à Home Depot ni à Toll Brothers.

Deux notes pour la route : le Nasdaq veut passer à 23 heures de trading par jour dès décembre — parce que ce qui manquait vraiment à ce marché, c’était plus d’heures pour paniquer. Et à Shanghai, Unitree Robotics a fait +629% le jour de son IPO, sursouscrite 8’000 fois. Pendant que l’Occident vend Micron parce qu’il doute de la monétisation de l’IA, la Chine multiplie par sept un fabricant de robots danseurs en une séance. Deux continents, deux ambiances.

La saison des résultats est finie. L’attention se porte sur les rendements. Et elle a l’air de mauvaise humeur.

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Belle journée à tous et à demain !

Thomas Veillet
Morningbull.ch

« L’intelligence, c’est pas sorcier, il suffit de penser à une connerie et de dire l’inverse. » — Coluche