BP obtient une licence pour développer un gisement gazier offshore au Venezuela, aux côtés de partenaires du Golfe. Trump ou l'art de se mettre à dos les alliés historiques des Etats-Unis. Les marchés financiers finissent sur baisse bien que les titres des semi-conducteurs rebondissent fortement.

BP a répondu à l’appel de Donald Trump invitant les compagnies pétrolières à participer à la relance du secteur des hydrocarbures vénézuélien, en annonçant un nouveau projet de développement portant sur un vaste gisement gazier offshore.

Le groupe britannique s’associera à deux compagnies pétrolières entretenant des liens étroits avec l’administration Trump pour développer la seconde phase du champ de Loran — l’un des premiers investissements étrangers majeurs au Venezuela depuis la destitution de Nicolás Maduro.

Coté à Londres, BP détiendra la licence d’exploitation aux côtés d’XRG, la branche d’investissement international basée à Abou Dhabi de la compagnie pétrolière nationale émiratie ADNOC, dirigée par le ministre de l’Industrie Sultan Al Jaber, ainsi que d’UCC Oil and Gas Holding, filiale du conglomérat qatari du même nom. Les trois partenaires détiendront des parts opérationnelles égales, BP assurant le rôle d’opérateur ; la licence reste soumise à l’aval des autorités de régulation.

Cet accord fait de BP l’une des premières grandes compagnies pétrolières internationales à revenir au Venezuela, après que sa concurrente Shell a obtenu, en juin, la licence pour développer la première phase du champ de Loran. Caracas discute par ailleurs avec le groupe italien Eni de projets pétroliers.

Une avancée saluée par la direction de BP

Meg O’Neill, directrice générale de BP, a qualifié cette licence d’«avancée majeure» dans la collaboration du groupe avec Caracas, soulignant qu’elle «témoigne des progrès accomplis ensemble». Elle a ajout : «BP est présente dans la région depuis longtemps et possède une solide expérience dans le développement d’importantes ressources gazières. Ensemble, ces accords constituent une base solide pour faire progresser le potentiel gazier offshore du Venezuela et ouvrir la voie à la prochaine phase de développement.»

L’accord a été signé près de quatre mois après qu’un protocole d’accord initial, conclu en avril 2026 entre BP et le gouvernement vénézuélien, a posé le cadre de la coopération sur la zone de la Plataforma Deltana, incluant le champ de Loran. Il s’agit également de l’un des premiers accords d’envergure conclus par O’Neill, ancienne cadre d’ExxonMobil, depuis sa prise de fonction à la tête du groupe.

Un secteur en pleine reconstruction

Le Venezuela posséderait les plus importantes réserves de pétrole au monde. À la fin des années 1990, le pays produisait plus de 3,5 millions de barils par jour, le plaçant parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Mais un quart de siècle de sous-investissement, de négligence et de corruption a fait chuter sa production à environ un million de barils par jour.

Depuis que l’administration Trump a repris en main le secteur pétrolier vénézuélien, la production est remontée à 1,2 million de barils par jour, permettant aux exportations vers les raffineries américaines d’atteindre leur plus haut niveau depuis 2019.

BP n’est pas un nouveau venu dans la région : le groupe détenait depuis 2024 une licence sur le gisement de Cocuina, avant que Washington ne la lui retire.

Les détails du gisement de Loran

Le champ de Loran constitue la partie vénézuélienne de l’ensemble transfrontalier Loran-Manatee, qui chevauche la frontière maritime avec Trinité-et-Tobago et recèlerait environ 10’000 milliards de pieds cubes de gaz récupérable au total. La seconde phase, confiée à BP, représenterait à elle seule plus de 4’000 milliards de pieds cubes de réserves. Shell, qui développe séparément la partie trinidadienne du gisement (Manatee), prévoit une première production de gaz l’an prochain.

BP a précisé que les deux phases vénézuéliennes du projet Loran seraient désormais développées en parallèle, et a par ailleurs signé un protocole d’accord distinct portant sur l’exploration du bloc Carúpano Est, dans le sous-bassin de Caracolito.

Un contexte de réouverture accélérée

Les accords ont été finalisés jeudi à Caracas, lors d’une visite de Meg O’Neill et de David Campbell, vice-président senior de BP pour l’Amérique latine et les Caraïbes. En contrepartie, Washington a assoupli les sanctions qui avaient gelé une grande partie des investissements occidentaux, y compris les licences retirées à BP, Shell et Chevron en 2025. Eni, Repsol et Shell ont depuis signé des accords similaires.

Le processus d’attribution des licences avait été suspendu après les séismes du 24 juin, qui ont fait plus de 6 300 morts, avant de reprendre jeudi avec la délivrance des trois permis liés à Loran.

Les compagnies américaines ExxonMobil et ConocoPhillips ont, de leur côté, entamé une prospection au Venezuela, mais tardent à s’impliquer pleinement dans la relance du secteur après sa nationalisation en 2007. Chevron, elle, est restée présente en tant qu’actionnaire minoritaire de la compagnie pétrolière nationale, continuant à produire du brut tout au long de la période.

Coup d’œil sur les marchés

Téhéran envisage d’accroître les tensions dans le détroit stratégique d’Ormuz ​et au-delà, et lancer une attaque si les États-Unis ne parviennent pas à mettre pleinement en oeuvre un accord de paix provisoire d’ici quelques semaines. À Paris, le CAC 40 a perdu 0,66%. À Francfort, le Dax a reculé de 0,27% ​et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 0,28%. L’indice EuroStoxx 50 a fini sur un recul de 0,02%, le FTSEurofirst 300 de 0,06% et le Stoxx 600 de 0,12%.  Le secteur européen des puces électroniques a bénéficié des perspectives optimistes d’Anthropic, qui contribuent à dissiper les doutes récents concernant les gains tirés par l’IA. STMicroelectronics s’est hissé en tête de l’indice CAC 40 (+5,1%), tandis que les titres Soitec, ASML, ASMI et BESI ont pris entre 1% et 3,3%. L’indice sectoriel a gagné 0,76%. Le laboratoire belgo-néerlandais ⁠ArgenX a bondi de plus de 17% ‌après la publication des résultats d’une étude avancée sur son médicament efgartigimod. AstraZeneca a progressé de 0,9% après que le laboratoire pharmaceutique a annoncé que son association Tagrisso-Orpathys et son produit Enhertu, développé en partenariat avec Daiichi Sankyo, avaient atteint leurs principaux objectifs. Les valeurs minières ont contribué à limiter les pertes de l’indice FTSE 100, alors que les cours de l’or se raffermissaient et que le cuivre atteignait son plus haut niveau depuis plus de six mois. Fresnillo a progressé de 1,6% et Anglo American a gagné 2%. Rio Tinto et Glencore ont enregistré des hausses comprises entre 1% et 0,9%. Rolls-Royce a progressé de 1,5% après que Morgan Stanley et Citigroup ont relevé leurs objectifs de cours pour le titre.

En Suisse, le SMI a perdu 0,61%. Sandoz Group a terminé largement devant (+2,6%). Le géant des génériques et biosimilaires s’est assuré les droits de distribution – hors de Chine – sur trois biosimilaires développés par Shanghai Henlius Biotech, avec une option pour un quatrième. Kühne+Nagel (+1,2%) et le géant pharmaceutique Novartis (+0,8%) ont complété le podium. Roche a grappillé 0,3%, quand le quatrième poids lourd Nestlé a plongé de 2,8%. Selon le journal russe Kommersant, la multinationale veveysanne pourrait perdre le contrôle de ses activités dans le pays, la société russe KS Logistika ayant demandé au président Vladimir Poutine de placer cinq filiales russes de Nestlé sous administration provisoire. Son concurrent hexagonal Danone avait vu sa filiale locale être inscrite sur la liste des actifs étrangers placés temporairement sous contrôle de l’Etat russe, avant que le groupe ne s’en sépare en 2024.

Dans la zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans a légèrement progressé pour ⁠s’établir à 3,2190%, à son plus haut niveau depuis plus de 15 ans, en raison des craintes d’un conflit prolongé au Moyen-Orient et alors que les marchés monétaires estiment à plus de 90% la probabilité d’une hausse des taux en septembre par la BCE. Celui du titre à deux ans a fini quasi inchangé à 2,7937%. Le rendement des OAT françaises à 10 ans a fini sur un gain de près de 2 points de base à 4,0632% après avoir atteint vendredi dernier son plus haut niveau depuis juin 2009, dans un contexte également marqué par les craintes budgétaires dans la deuxième économie de la zone euro.

L’indice dollar a effacé ses pertes après être tombé à son plus bas niveau depuis début juin. Il était stable en dernier lieu à 99,53. L’euro a atteint un sommet de deux mois et s’affichait en hausse de 0,10% à environ 1,1583 dollar sur la journée. Le dollar a faibli de 0,44 % à 0,8098 contre le franc suisse. Le yen progressait de 0,01% à environ 159,36 pour un dollar, ignorant des données de croissance économique japonaise plus faibles que prévu. Le dollar a reculé de 0,05% à 6,741 contre le yuan offshore. Le dollar australien s’est renforcé de 0,52% face au billet vert, à 0,7118 dollar.

Les cours du blé à Chicago ont baissé lundi, les investisseurs ayant procédé à des prises de bénéfices après les gains de la semaine dernière, bien que les perturbations prolongées des exportations russes et ukrainiennes via la mer Noire soutiennent le marché. Le maïs et le soja ont légèrement progressé, portés par la prudence concernant les perspectives de rendement aux États-Unis avant une tournée d’inspection des cultures très suivie dans le Midwest cette semaine.

Aux Etats-Unis, le Dow Jones a cédé 0,51%, l’indice Nasdaq a perdu 0,32% et le S&P 500 a reculé de 0,52%. Au tableau des valeurs, les spécialistes américains des puces mémoire ont été recherchés, à l’instar de Micron (+4,13%), Western Digital (+5,35%) ou SanDisk (+8,88%). Selon le Wall Street Journal, le ministre américain du Commerce, Howard Lutnick, exhorte Apple à ne pas acheter ces composants particuliers chez des acteurs chinois. Le titre Intel a été apprécié (+0,97%) après que le patron du groupe s’est offert une nouvelle participation au capital de l’entreprise, selon des documents financiers publiés vendredi.  Les actions américaines du pétrolier Vista Energy, qui opère en Argentine, ont progressé de 5,64% à 72,16 dollars, profitant de l’acquisition d’une participation dans la société par l’investisseur milliardaire Peter Thiel, d’une valeur d’environ 76 millions de dollars. Les valeurs de la consommation courante (-1,4%) et discrétionnaire (-1,2%) ont figuré parmi les plus pénalisées. Nike (-4%) a notamment touché son plus bas niveau depuis 2014, tandis que les constructeurs résidentiels ont souffert de la remontée des coûts de financement.

La faiblesse du marché a également été alimentée par la chute de 0,6% des ventes au détail américaines en juillet, alors que le consensus anticipait une hausse de 0,1%.

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans progressait de 3,2 points de base à 4,728%. Le rendement de l’obligation à 30 ans a grimpé de 4,8 points de base à 5,314%, son plus haut niveau en près de 20 ans. Le rendement des bons du Trésor américain à deux ans a progressé de 0,9 point de base à 4,18%.

Ce matin en Asie : L’indice KOSPI gagnait 2,73%. Le fabricant sud-coréen de puces Samsung Electronics a progressé de 3,01% tandis que son homologue SK Hynix a bondi de 7,72%, tirant l’indice de référence vers le haut. Les actions chinoises ont ouvert en baisse mardi, dans un contexte de faiblesse des données économiques nationales. Le Shanghai Composite Index a reculé de 0,1%. Le Shenzhen Component Index a également cédé 0,1%. Le Nikkei a reculé de 1,1% après avoir progressé de 5, % au cours des cinq séances précédentes. L’indice élargi Topix a quant à lui cédé 0,2%.

L’or au comptant gagnait 0,2% à 4’424,28 dollars l’once. Parmi les autres métaux, l’argent au comptant a progressé de 0,9%. Le platine a grimpé de 0,2% tandis que le palladium a reculé de 0,3%. Du côté des cryptomonnaies, le bitcoin et l’ether étaient tous deux en baisse de 0,3%, s’échangeant respectivement à 64’159,76 dollars et 1’899,34 dollars.

Les prix du pétrole ont bondi de plus de 2 dollars lundi, l’impasse avec l’Iran ayant recentré l’attention des traders sur les inquiétudes liées à l’offre mondiale. Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 0,2% à 91,06 dollars le baril à la reprise des échanges en Asie.

Coup d’œil sur Trump

Donald Trump a menacé lundi de bombarder Oman si le pays se met «en travers» d’un accord sur le détroit d’Ormuz, Oman et l’Iran menant depuis des semaines des discussions sans les États-Unis. «Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule», a déclaré le président américain au journaliste de Fox News Trey Yingst.