Trump et les alliés historiques des États-Unis: la fin de la solidarité occidentale? L’incertitude pèse sur les marchés et on assiste à des prises de bénéfices dans le secteur de la tech européenne et américaine, en particulier dans le secteur des semi-conducteurs.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a profondément transformé la manière dont les États-Unis envisagent leurs alliances. Là où la diplomatie américaine d’après-guerre reposait sur un principe relativement simple — les États-Unis garantissent la sécurité de leurs alliés en échange d’un ordre international favorable à leurs intérêts — Trump privilégie une conception beaucoup plus transactionnelle des relations internationales. Une alliance n’est plus nécessairement considérée comme une communauté stratégique fondée sur des valeurs et des engagements durables : elle devient un contrat dont chaque partie doit démontrer, presque en permanence, qu’elle «paie» suffisamment pour en bénéficier.

L’exemple le plus spectaculaire est celui de l’OTAN. Depuis 1949, l’Alliance atlantique constitue l’un des principaux instruments de la puissance américaine. Elle permet à Washington de disposer d’un réseau militaire mondial, de bases, de renseignements, d’interopérabilité avec les armées alliées et surtout d’une coalition capable de dissuader les adversaires des États-Unis.

Trump ne conteste pas nécessairement l’utilité de cette architecture. Il cherche plutôt à la transformer. Son raisonnement est essentiellement comptable: les Européens doivent dépenser davantage, acheter davantage d’armements américains et assumer une part croissante du coût de leur sécurité.

Sur le fond, cette revendication n’est pas absurde. Les États-Unis ont effectivement supporté pendant des décennies une part considérable de l’effort militaire de l’Alliance, tandis que plusieurs pays européens ont longtemps sous-investi dans leurs capacités de défense. La demande américaine d’un meilleur partage du fardeau est donc défendable.

Mais la méthode de Trump pose un problème beaucoup plus profond. En présentant la protection américaine comme une prestation dont le prix pourrait déterminer la disponibilité, il fragilise la logique même de la dissuasion collective. L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord repose précisément sur l’idée qu’une attaque contre un membre concerne tous les autres. Si les adversaires de l’Alliance commencent à penser que l’engagement américain dépend des circonstances politiques ou financières du moment, la crédibilité de cette dissuasion diminue.

Le centre de gravité du problème est donc moins budgétaire que psychologique: une alliance militaire fonctionne autant grâce aux capacités matérielles qu’à la confiance dans la volonté de les utiliser.

La relation avec l’Europe révèle une autre dimension de la politique de Trump: son caractère idéologique.

Les désaccords entre Washington et les capitales européennes ne portent plus seulement sur le commerce, l’énergie ou les dépenses militaires. Ils concernent également l’immigration, la régulation des grandes entreprises technologiques, la liberté d’expression, le rôle de l’État et l’avenir de la démocratie libérale.

Une partie du mouvement MAGA considère désormais que l’Europe est elle-même engagée dans une dérive idéologique dangereuse. L’administration Trump et certains de ses soutiens n’hésitent plus à intervenir dans les débats politiques européens ou à manifester leur proximité avec des mouvements nationalistes et populistes. Cette évolution transforme la relation transatlantique : les États-Unis ne cherchent plus uniquement à influencer les politiques étrangères de leurs alliés, mais aussi, dans certains cas, leurs choix politiques internes.

Cette attitude comporte un risque considérable. Pendant la guerre froide, malgré de profondes divergences, les États-Unis et l’Europe occidentale se percevaient comme appartenant à une même communauté politique. Aujourd’hui, cette communauté paraît moins évidente.

La question n’est donc plus simplement: «L’Europe dépense-t-elle assez pour sa défense?» Elle devient: «Les États-Unis considèrent-ils encore l’Europe comme un partenaire ou comme un espace qu’ils doivent réorienter politiquement?»

La relation avec le Canada est encore plus révélatrice, précisément parce qu’elle reposait traditionnellement sur une proximité exceptionnelle.

Washington et Ottawa sont liés par une frontière commune, une intégration économique considérable et une coopération militaire étroite. Pourtant, les tensions commerciales sont devenues particulièrement fortes sous Trump. En août 2026, son administration menaçait encore d’imposer des droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens, tandis que les deux gouvernements négociaient pour éviter une nouvelle escalade.

Ce conflit illustre parfaitement la philosophie de Trump: même un allié historique n’est pas exempt de coercition économique si Washington estime qu’il ne défend pas suffisamment les intérêts américains.

La Corée du Sud constitue un autre test majeur de la politique étrangère de Trump.

L’alliance américano-sud-coréenne est l’un des piliers de la sécurité en Asie depuis la guerre de Corée. Elle repose notamment sur la présence de troupes américaines et sur des exercices militaires conjoints destinés à dissuader la Corée du Nord.

Or Trump a de nouveau remis en question la logique de ces exercices, les considérant comme coûteux et potentiellement provocateurs envers Pyongyang. Dans le même temps, il a manifesté une nouvelle ouverture envers Kim Jong-un.

Cette approche comporte une contradiction fondamentale. Washington demande à Séoul de contribuer davantage à sa propre défense, mais lui envoie parallèlement le signal que l’engagement américain peut être modulé en fonction des relations personnelles du président avec le dirigeant nord-coréen.

Le risque est évident: si Séoul doute de la permanence de la protection américaine, le débat sur une plus grande autonomie stratégique, voire sur une capacité nucléaire sud-coréenne, peut gagner du terrain.

Le même raisonnement vaut pour le Japon, Taïwan et l’Australie. Une puissance dominante peut demander à ses alliés de faire davantage ; elle peut même les pousser à développer leurs propres capacités militaires. Mais si cette pression s’accompagne d’une incertitude permanente sur la fiabilité américaine, elle peut produire l’effet inverse de celui recherché : les alliés commencent à préparer le monde à une Amérique moins présente.

Coup d’œil sur les marchés

L’incertitude quant à l’avenir du conflit au Moyen-Orient et à ses répercussions sur la navigation dans le détroit stratégique d’Ormuz continue de peser sur le moral des investisseurs, alors que l’impasse diplomatique s’éternise.

À Paris, le CAC 40 a perdu 0,82%. À Francfort, le Dax a reculé de 0,71%. Le FTSE 100 de la Bourse de Londres a grappillé 0,07%, soutenu par les prix de l’énergie. L’indice EuroStoxx 50 a quant à lui abandonné 0,89%, le FTSEurofirst 300 0,68% et le Stoxx 600 0,64%. Les groupes de semi-conducteurs ont fini dans le rouge après les gains enregistrés la veille et dans un contexte de grande vigilance quant aux perspectives de ce secteur lié à l’IA. La hausse des rendements obligataires, qui pourrait réduire la valeur des bénéfices futurs et augmenter les coûts d’emprunt des entreprises, a également contribué à cette baisse. STMicroelectronics, ASML et Soitec ont reculé de 4,9% à 14%, tandis que le compartiment technologique du Stoxx a perdu 2,4%. Ailleurs en Europe, le brasseur danois Royal Unibrew a chuté de 5,1% après ses résultats du deuxième trimestre publiés lundi soir. H&M a pris 4%, un dirigeant ayant révélé avoir acheté 8.000 actions du groupe.

En Suisse, le Swiss Market Index a terminé sur un léger gain de 0,13%. Le SMI a tiré profit de la bonne tenu de trois de ses quatre poids lourds, en particulier des deux géant pharmas Roche (bon de participation: +1,3%) et Novartis (+1,7%), alors que le paquebot alimentaire Nestlé (+0,6%) a aussi terminé au-dessus de la ligne de flottaison. La filiale nippone de Roche, Chugai a confié le développement d’un actif contre la dengue au laboratoire britannique GlaxoSmithKline. La défensive Swisscom (+0,3%), l’assureur Zurich Insurance (+0,3%) et le géant du luxe Richemont (+0,3%) ont aussi eu les faveurs des investisseurs.

La confiance des investisseurs allemands s’est améliorée plus que prévu pour atteindre 34,2 points en août, montre l’enquête mensuelle publiée mardi par l’institut d’études économiques ZEW. Au Royaume-Uni, le marché du travail a continué de se refroidir au deuxième trimestre, marqué par un ralentissement de la croissance des salaires dans le secteur privé et par le plus faible nombre d’offres d’emploi depuis plus de cinq ans, selon les données officielles publiées mardi.

Dans la zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans a pris affiche 4,3 points de base pour finir à 3,2600%, touchant son plus haut depuis 2011, tandis que celui du titre à deux ans 5 points de base à 2,8440%. Les rendements des obligations françaises à 10 ans ont pour leur part atteint leur plus haut niveau depuis 2008 pour finir la séance à 4,1110%, tandis que les coûts d’emprunt britanniques à 30 ans se sont rapprochés des sommets atteints en mai, qui constituaient les niveaux les plus élevés depuis 1998.

Les indices US clôturent tous dans le rouge : le Nasdaq Composite lâche 1,3%, le S&P 500 -0,69%, le Dow Jones s’effrite de -0,22%. C’est le Nasdaq-100 qui témoigne d’une vague de prises de profit avec -1,7%: avec une vague de baisses dans le secteur des semi-conducteurs comme Corewave (-12%), Seagate (-9,2%), Sandisk (-9%), Micron (-7%), ARM (-6,7%). Le secteur de l’énergie a pris 1,8%, profitant de la hausse des prix du pétrole et celui de la santé 1,6%.

L’amorce d’un reflux des actions génère un regain d’intérêt pour les T-Bonds, lesquels se détendent de -1,7Pt pour le « 10 ans » à 4,7070%, de -2Pts sur le « 30 ans » (à 5,29%), après un pic historique en séance à 5,335%, le pire score depuis juillet 2007.

Ce matin en Asie: Les actions sud-coréennes ont reculé. L’indice de référence KOSPI perdait 4,65% avec le fabricant de puces Samsung Electronics en baisse de 6,33 %, tandis que son concurrent SK Hynix a cédé 7,34 %. L’indice Hang Seng a reculé de 0,4% et au Japon, le Nikkei 225 a cédé 2,97% et le Topix 2,72%. SoftBank Group, investisseur majeur dans l’intelligence artificielle (IA), a reculé de 6,47%.

L’indice dollar, qui mesure la devise américaine face à un panier de six devises de référence, a reculé marginalement à 99,65. Le yen japonais a peu évolué à 159,56 pour un dollar. L’euro a progressé légèrement pour s’établir à 1,1577 dollar, restant proche de son plus haut de deux mois atteint plus tôt cette semaine. La livre sterling est restée quasi stable à 1,3533 dollar. Ailleurs, le dollar néo-zélandais et le dollar australien ont peu varié, s’échangeant respectivement à 0,5874 dollar et 0,7083 dollar.

L’or au comptant gagnait 0,2 % à 4’342,33 dollars l’once. Parmi les autres métaux, l’argent au comptant a reculé de 0,5%. Le platine a progressé de 0,3% tandis que le palladium a perdu 0,3%.

Le soja à Chicago a progressé pour la quatrième séance consécutive mercredi, se maintenant proche d’un sommet de trois semaines alors que les inquiétudes concernant les perspectives de récolte dans le Midwest américain et de nouveaux achats chinois soutiennent les cours.

Le transport maritime via le détroit d’Ormuz a ralenti mardi, selon des données préliminaires publiées mercredi, la plupart des armateurs évitant cette voie de passage stratégique en l’absence de signaux clairs concernant une réouverture. Le contrat à terme sur le Brent a gagné 26 cents, soit 0,29%, à 91,28 dollars tandis que le brut américain West Texas Intermediate progressait de 37 cents pour s’établir à 85,31 dollars le baril.

Coup d’œil sur Trump

À moins de deux heures de l’entrée en vigueur de la nouvelle surtaxe, M. Trump s’est livré à un nouveau coup de théâtre sur son réseau Truth Social en déclarant que «le Canada et les États-Unis, sous réserve de la finalisation des documents, ont conclu un accord!»

«Le grand projet d’oléoduc Keystone XL, enterré depuis longtemps par Joe Biden, pourrait bien renaître de ses cendres!»