L'industrie automobile mondiale à l'heure de la rupture chinoise: le cas Volkswagen. Guerre des mots entre Trump et le ministre de la province de l’Ontario.

L’industrie automobile mondiale traverse en 2026 l’une des transformations les plus profondes de son histoire récente. Trois forces convergent pour redessiner la hiérarchie établie depuis des décennies : la percée des constructeurs chinois, la transition électrique qui ne suit plus une trajectoire linéaire, et un environnement commercial international de plus en plus tendu, marqué par les droits de douane américains et les barrières européennes.

Le classement mondial des constructeurs illustre ce rééquilibrage. Toyota conserve la première place avec environ 11% de part de marché mondial, suivi de Volkswagen à 8,1%, puis de Hyundai-Kia à 7,6% et de Stellantis à 6%. Mais la vraie nouveauté vient de plus bas dans le classement: trois groupes chinois — BYD, Geely et Chery — figurent désormais parmi les dix plus grands constructeurs mondiaux. BYD, à lui seul, est passé d’environ 0,6% de part de marché il y a dix ans à 4,8% aujourd’hui, se hissant à la sixième place mondiale.

Dans ce contexte mouvant, Volkswagen illustre à la fois la résilience et la fragilité des groupes historiques. Le premier semestre 2026 a été marqué par un chiffre d’affaires de 82,4 milliards d’euros, en légère hausse de 2%, mais un résultat opérationnel de 5,9 milliards d’euros, en recul de 11,6% par rapport à la même période en 2025, pour une rentabilité opérationnelle de 3,8%. Le deuxième trimestre a été particulièrement rude, avec un bénéfice net en chute de près de 33% sur un an, à 1,54 milliard d’euros.

Le président du directoire, Oliver Blume, a reconnu que le modèle économique du groupe des décennies passées ne fonctionne plus, appelant à une refonte stratégique complète. Volkswagen a d’ailleurs révisé à la baisse ses prévisions annuelles de chiffre d’affaires pour 2026, désormais attendu entre -3% et 0%, contre une fourchette initiale de 0% à +3%. Le groupe maintient néanmoins son objectif de marge opérationnelle entre 4,0% et 5,5%, un niveau qui resterait supérieur aux 2,8 % enregistrés en 2025.

La Chine, un revers stratégique majeur

Le marché chinois, longtemps le principal moteur de croissance du groupe, s’est transformé en point de fragilité. Les ventes de Volkswagen y ont chuté de 31,6% au premier semestre 2026, avec un recul des livraisons de 14,8% au premier trimestre et un effondrement de 63,8% des ventes de véhicules électriques après la suppression des subventions gouvernementales locales. La concurrence de BYD et XPeng, qui proposent des véhicules technologiquement avancés à des tarifs nettement inférieurs, s’est considérablement intensifiée.

Pour tenter de reconquérir des parts de marché, Volkswagen déploie une stratégie dite «in China, for China», avec le lancement de vingt nouveaux modèles électrifiés sur le marché chinois dès 2026, conçus et adaptés spécifiquement aux attentes locales plutôt qu’importés depuis l’Europe.

Le pari des citadines électriques accessibles

Face à la pression chinoise sur les prix, Volkswagen mise sur la démocratisation de l’électrique au sein de ses marques généralistes. La division Brand Group Core prépare le lancement, à partir de 2026, d’une nouvelle famille de véhicules urbains électriques plus abordables, dont l’ID.Polo et l’ID.Cross. Le carnet de commandes de cette nouvelle offre de citadines électriques dépasse déjà les 70’000 véhicules, un signal jugé encourageant par la direction du groupe malgré le contexte difficile.

Une restructuration sociale de grande ampleur

Face à l’érosion de sa rentabilité, Volkswagen a engagé un plan de réduction des coûts particulièrement sévère: 50’000 suppressions d’emplois ont déjà été actées, et 50’000 postes supplémentaires pourraient être concernés selon les déclarations d’Oliver Blume à la mi-juillet 2026. Cette restructuration sociale, l’une des plus importantes de l’histoire récente du groupe, traduit l’ampleur du choc concurrentiel et la nécessité, pour Volkswagen, de retrouver une structure de coûts compatible avec un marché où les acteurs chinois imposent des standards de prix inédits.

Coup d’œil sur les marchés

À Paris, le CAC 40 a terminé en baisse de 0,16%. A Francfort, le Dax ​a progressé de 0,68% et à Londres, le FTSE 100 de 0,29%. L’indice EuroStoxx 50 a gagné 0,2%, tandis que le FTSEurofirst 300 a progressé de 0,33% et le Stoxx 600 a grimpé de 0,38%. Le secteur technologique européen termine ‌dans le vert avec un gain de 0,21% pour le compartiment du Stoxx, porté par la brise optimiste qui profite au secteur à la veille de la publication des résultats ⁠de Nvidia. Sa progression reste néanmoins limitée par le repli de plusieurs valeurs des logiciels, sur fond d’inquiétudes concurrentielles après l’annonce par Google d’un élargissement des services aux cabinets d’avocats de sa plateforme d’IA Gemini Enterprise. Capgemini, Wolters Kluwer, SAP et Sopra Steria finissent sur des baisses d’environ 1,0% à 3,0%. Un relèvement de la recommandation de Kepler Cheuvreux sur Air France-KLM a permis au titre de prendre 3,8%. Gerresheimer a terminé sur une chute de 8,7%, le fabricant de matériel médical allemand ayant annoncé lundi que la démission de son président ⁠du directoire par intérim. Les compartiments du luxe et de ‌l’automobile souffrent après le regain de tensions commerciales entre les Etats-Unis et le Canada et clôturent sur des baisses respectives de 1,24% et 0,34%.

En Suisse, le SMI a terminé en hausse de 0,54%. ABB (+1,8%), Sika (+1,5%) et Swisscom (+1,4%) ont terminé sur le podium, le tout sans indication particulière, si ce n’est, pour ABB, le fait qu’il avait terminé lanterne rouge la veille. Ce mardi, il a fait état d’une commande du japonais Kawasaki Heavy Industries pour un système de contrôle d’un terminal d’hydrogène. Les détails financiers n’ont pas été divulgués. Dans le camp des poids lourds, Roche (+0,9%) et Novartis (+1,3%) ont fini dans le haut du tableau des gagnants, UBS (+0,05%) dans le bas. Nestlé (-0,8%) a lui pesé sur l’indice. Les spécialistes suisses des arômes et des parfums Givaudan (+0,6%) et DSM-Firmenich (+0,7% sur le maché élargi), ainsi que leur concurrent américain International Flavors & Fragrances (IFF), font l’objet en Inde d’une enquête des autorités de la concurrence. Ils sont soupçonnés d’entente sur les prix dans le secteur des parfums.

Le produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne a progressé plus que prévu au deuxième trimestre par rapport au précédent, d’après les données définitives publiées par l’Office ‌fédéral de la statistique, renforçant l’espoir d’un redressement prochain de la première économie d’Europe. L’enquête de l’institut Ifo a par ailleurs montré que le moral des entrepreneurs allemands s’est également amélioré plus que prévu en août. La confiance des ménages ⁠en France est restée stable à 86 points au mois d’août, selon l’enquête mensuelle de conjoncture de l’Insee. En Suisse, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 1,6% en 2025, après 1,5% en 2024, selon les premières estimations de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Les comptes pour 2023 et 2024 ont été revus à la hausse de 0,2, respectivement 0,1 point de pourcent, est-il précisé. Cette stabilité est due en particulier à la demande indigène, qui a progressé de 2,5%.

Les rendements des obligations de la zone euro se stabilisent après avoir touché la semaine dernière leurs plus hauts niveaux depuis des années, aidés par la baisse des cours du pétrole. Le rendement du ​Bund allemand à dix ans cède 0,1 point de base (pb) à 3,2035% et le deux ans 0,1 pb à 2,8092%. Le rendement de l’OAT à dix ans est stable à 4,0564%, tout comme le deux ans à 3,0034%.

Aux Etats-Unis, le Dow Jones a pris 0,30%, l’indice Nasdaq a gagné 0,66% et l’indice S&P 500 a avancé de 0,32%. Les semi-conducteurs ont bénéficié de la nette détente des taux survenue ce mardi (c’est un comportement habituel) avec notamment AMD (+4,9%) et Marvell (+4,8%) puis des rachats à bon compte sur des dossiers spéculatifs comme Nebius (+5,3%) ou Lumentum (+6,7%).

Enfin, Super Micro Computer (+9%) bénéficie d’un regain d’intérêt suite à l’annonce d’un nouveau partenariat avec Cisco. Nvidia (+2%) a mis un terme à 7 séances de repli consécutifs (entre 227 et 208 USD) alors que Kantor Fitzgerald dévoile un objectif de 350 USD, à la veille de la publication des trimestriels les plus attendus de ce mois d’août. Le secteur de l’énergie a fini lanterne rouge suite à la correction des prix du baril de -7% sur le « Brent » (sous 85,6 USD) et de -5,3% sur le « WTI » vers 80,7 USD : Chevron a perdu -1,5%, Valero -1,6%, Halliburton -2,4%, Devon -2,7%, Diamondback et Occidental -2,8%.

Détente sur les taux américains avec les T-Bonds avec -6Pts de base sur le « 10 ans » (à 4.643%) et -5,5Pts sur le « 30 ans » (à 5,176%).

Ce matin en Asie : L’indice MSCI le plus large des actions d’Asie-Pacifique hors Japon progressait de 0,12% en début de séance, s’orientant vers une hausse de 2 % sur le mois. Le Nikkei japonais a reculé de 0,4% tandis que le KOSPI, à forte composante technologique gagnait 0,44%. Parmi les poids lourds de l’indice, le fabricant de puces Samsung Electronics a progressé de 0,78%, tandis que son concurrent SK Hynix a gagné 0,72%.

Le dollar s’est maintenu dans une fourchette étroite lors des premiers échanges en Asie. L’indice du dollar américain a interrompu mardi une série de trois jours de hausse et se maintenait à 98,918. Le dollar australien a progressé de 0,1 % à 0,7172 $ après la publication de données montrant que la mesure de l’inflation sous-jacente (trimmed mean CPI) a augmenté à un taux annualisé de 3,6 %. Son homologue néo-zélandais a reculé de 0,2 % à 0,5962 $ avant la décision sur les taux d’intérêt de la Banque de réserve de Nouvelle-Zélande mercredi prochain. L’euro était stable à 1,1675 $, tandis que la livre sterling était également inchangée à 1,3647 $. Le yen s’est maintenu à 159,14 yens, restant nettement en dessous des niveaux qui avaient déclenché une intervention conjointe des responsables américains et japonais le mois dernier.

Les crypto-monnaies ont continué de rebondir vigoureusement, les investisseurs relançant les stratégies basées sur la dépréciation du dollar. Le bitcoin a progressé de 0,8% à 78’829,03 $, tandis que l’ether a gagné 0,7% à 2’453,10 $. Depuis le début du mois, ils affichent des hausses respectives de 25% et 31%.

L’or au comptant était quasi inchangé à 4’652,39 dollars l’once. Du côté des autres métaux, l’argent au comptant a gagné 0,7%, le platine a progressé de 0,6% et le palladium s’est raffermi de 1,4%.

L’Iran a déclaré avoir repris les discussions avec son voisin, l’Oman. Le contrat à terme sur le Brent a reculé de 1,78 dollar, soit 2,0%, à 86,80 dollars le baril, tandis que le brut américain West Texas Intermediate perdait 1,49 dollar, soit 1,8%, à 80,87 dollars. Les deux indices de référence avaient déjà cédé plus de 3% mardi.

Coup d’œil sur Trump

Dans une publication sur son réseau social, mardi matin, Donald Trump suggère de renommer le lac Ontario «lac de l’Amérique». «Les États-Unis envisagent sérieusement de changer le nom du lac Ontario pour celui de lac de l’Amérique, dans la mesure où nous ne prévoyons plus de faire beaucoup d’affaires avec l’Ontario».

Le premier ministre de l’Ontario,Ford, est resté silencieux pendant plusieurs jours la semaine dernière, alors qu’un accord semblait imminent, mais lundi, il a laissé éclater sa colère envers M. Trump. Lundi, M. Ford a déclaré que le président américain devrait lui «lécher le cul», ce qui a provoqué la colère de ce dernier. Donald Trump a qualifié le premier ministre de «frère moins charismatique et moins intelligent» de feu Rob Ford. En réponse, M. Ford a traité M. Trump de «perdant» et a affirmé que le Canada devait faire souffrir les Américains en ciblant les États républicains.

Lundi, M. Ford a déclaré que toutes les options étaient envisagées dans le cadre de l’escalade des tensions commerciales, y compris une surtaxe sur l’électricité que la province exporte vers trois États – le Michigan, New York et le Minnesota – voire une coupure d’électricité pour ces 1,5 million de clients. Le premier ministre a également menacé d’interrompre les exportations de minéraux critiques vers les États-Unis.