Les prix des céréales au plus haut depuis 3 ans. Les indices boursiers européens hésitant avant la réunion de Jackson Hole. Nvidia dope le marché américain. Trump rajoute une couche avec le Canada...

Les contrats à terme sur le blé ont atteint leur plus haut niveau en trois ans mercredi matin, les opérateurs réévaluant la convergence préoccupante des risques d’approvisionnement sur l’ensemble de la chaîne agricole mondiale. Les attaques continues de drones et de missiles contre les infrastructures portuaires et maritimes critiques de la mer Noire limitent les exportations russes et ukrainiennes, tandis que les vagues de chaleur intenses dans l’hémisphère nord et les perturbations dans le détroit d’Ormuz amplifient les craintes d’une nouvelle flambée inflationniste alimentaire l’année prochaine.

Selon Bloomberg, le contrat à terme sur le blé le plus actif à Chicago a bondi de 2,4% pour atteindre 7,2025 dollars le boisseau, son plus haut niveau depuis juillet 2023. Les contrats à terme ont progressé d’environ 12% depuis le début du mois.

La Russie et l’Ukraine, deux des principaux greniers à blé du monde, représentent plus d’un quart des exportations mondiales de blé et sont également d’importants fournisseurs de maïs, d’orge et d’huile de tournesol. Le conflit en mer Noire s’est intensifié depuis début juillet, les deux camps ciblant les vraquiers, les ports et d’autres infrastructures essentielles au transport des céréales et autres produits agricoles vers le reste du monde. Plus tôt, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que Moscou avait rejeté la proposition de Kiev d’un cessez-le-feu concernant les navires transportant des produits agricoles en mer Noire. En contrepartie, la Russie exigeait des garanties que l’Ukraine cesse d’attaquer ses infrastructures énergétiques, notamment ses raffineries.

Zelensky a indiqué que Kiev était disposé à discuter d’une trêve énergétique, mais uniquement sur la base de la réciprocité. Reuters a rapporté que les deux parties restaient divisées.

De nouvelles estimations inquiétantes suggèrent que les exportations agricoles ukrainiennes pourraient chuter de 54% pour atteindre environ 29,6 millions de tonnes au cours de la campagne 2026-2027, contre une estimation précédente de 64,4 millions de tonnes. Les exportations de blé à elles seules pourraient dégringoler de 53% pour s’établir à 8,3 millions de tonnes.

Parallèlement, les exportations russes de blé devraient chuter de plus de 50% en août par rapport à l’année précédente. Plusieurs terminaux de Novorossiïsk, principal centre d’exportation de céréales de la mer Noire pour la Russie, ont suspendu leurs activités après avoir été endommagés par une frappe unilatérale de drone ukrainien. Selon S&P Global, les deux installations endommagées ont une capacité d’exportation annuelle combinée de plus de 14 millions de tonnes.

Les engorgements portuaires s’accentuent également. Bloomberg a rapporté aujourd’hui que près de 70 navires étaient bloqués près du canal de Sulina, sur le Danube. Ces retards massifs ont entraîné une flambée des coûts de fret.

Plus généralement, l’indice Bloomberg Agriculture Spot, qui suit les cours de 10 grandes cultures, a également atteint son plus haut niveau en trois ans.

2026.08.28.Commo
Source : FT

Les avertissements de Wall Street concernant une possible crise alimentaire dès l’année prochaine se font de plus en plus pressants.

Coup d’œil sur les marchés

À Paris, le CAC 40 a perdu 1,68%. À Francfort, le Dax a pris 0,27% et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 0,79%. L’indice EuroStoxx 50 a fini sur un recul de 0,74%, le FTSEurofirst 300 a perdu 0,75% et le Stoxx 600 a reculé de 0,72%. Les actions françaises ont clairement sous-performé leurs homologues européennes, les grandes banques de la deuxième économie européenne ayant connu une séance difficile dans un contexte de nervosité autour du projet de budget 2027 que le gouvernement doit présenter cet automne. BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole ont perdu 4,7%, 4,9% et 3,9%, affichant ainsi certaines des plus mauvaises performances de l’indice de référence parisien. Sur le Stoxx 600, le compartiment des banques a perdu 1,78%. A Paris également, la nette baisse de l’action Pernod Ricard (-4,5%) après la publication de ses résultats a aussi pénalisé le CAC 40, le groupe de spiritueux ayant évoqué un « environnement contrasté et incertain » et un recul anticipé en Chine et aux États-Unis. Les géants pétroliers Shell et BP ont chacun reculé d’environ 1,5 %.

En Suisse, le SMI suisse a reculé de 1,1%. Les gagnants sont Partners Group (+2,2%), Lonza et Julius Bär (chacun +0,1%) et Richemont (+0,03%). Givaudan (-2,9%) détient la lanterne rouge du jour, derrière le bon Lindt (-2,35) et Novartis (-2,0%). Les autres poids lourds Nestlé (-1,7%) et Roche (-1,2%) ont aussi pesé sur l’indice, alors qu’UBS (-0,2%) a nettement mieux résisté.

Dans la zone euro, la croissance des prêts aux entreprises a accéléré en juillet, montrent les données publiées jeudi par la Banque centrale européenne (BCE). En France, les prix à la production de l’industrie pour le marché français ont rebondi de 1,1% en juillet, selon les données de l’Insee. En Allemagne, la confiance des consommateurs devrait s’améliorer à l’approche du mois de septembre, les perspectives économiques et salariales plus favorables contribuant à contrebalancer la prudence persistante des ménages en matière de dépenses.

Les rendements des obligations de la zone euro ont augmenté jeudi en raison de la hausse des prix du pétrole, ce qui entretient les craintes inflationnistes et les risques d’un resserrement de la politique monétaire de la BCE. Le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 2,4 points de base à 3,25%. Le deux ans a quant à lui gagné 2,7 points de base à 2,8483%. En France, le rendement de l’OAT à dix ans a pris 2,3 points de base pour finir la séance à 4,1011%. Une fois n’est pas coutume, les « Gilts » britanniques évoluent à contre-courant avec une légère détente de -1,4Pt vers 5,022%.

Aux Etats-Unis, le Dow Jones a pris 0,20%, le Nasdaq a gagné 1,57% et le S&P 500 s’est octroyé 0,72%. Nvidia a été le moteur du marché en progressant de 8,74%. La place américaine a aussi profité jeudi d’un coup de pouce supplémentaire donné par le secteur des logiciels et la publication des résultats de plusieurs grands noms. Salesforce s’est envolé de 22,60%, sa meilleure journée depuis août 2020, CrowdStrike a bondi de 20,50% et Okta a décollé de 28,63%. HP a perdu 2,92% à 29,63 dollars, pénalisé par une baisse des livraisons de PC. Le groupe a néanmoins fait mieux qu’attendu au troisième trimestre de son exercice décalé. La chaîne de magasins d’articles à bas prix Dollar General a été recherchée (+2,53% à 125,89 dollars), poussée par un bilan financier jugé encourageant et une révision à la hausse de ses prévisions. Son concurrent Dollar Tree (-3,92% à 127,00 dollars) a pâti de perspectives financières jugées trop timides.

Le rendement des bons à 2 ans a progressé de 0,59 point de base pour s’établir à 4,23%. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans a gagné 0,83 point de base à 4,672%. Le Trésor a bénéficié d’une demande solide pour une émission de 44 milliards de dollars de bons à 7 ans, dernière étape d’une offre de 183 milliards de dollars de titres à court et moyen terme cette semaine. Les titres ont été adjugés à un rendement élevé de 4,512%, proche de leur niveau de transaction avant l’adjudication.

Ce matin en Asie : Les actions japonaises ont légèrement baissé à l’ouverture vendredi, alors que les nouvelles données sur l’inflation ont renforcé les attentes d’un nouveau relèvement des taux d’intérêt par la Banque du Japon dès le mois prochain. Le Nikkei 225 était quasi inchangé. Les actions de Hong Kong ont ouvert en baisse. L’indice Hang Seng a reculé de 0,6%, tandis que l’indice Hang Seng China Enterprises a chuté de 0,8%. En Corée, le KOSPI perd 1,07%. Samsung Electronics a reculé de 2,26%, tandis que son concurrent SK Hynix a perdu 1,45%.

Dans le marché des changes, l’euro et la livre sterling étaient atones, proches de leurs plus bas d’une semaine face au billet vert, s’échangeant respectivement à 1,1652 $ et 1,3597 $, bien que les deux devises restent en voie de signer un deuxième gain mensuel consécutif. Le yen a peu évolué à 159,34 pour un dollar, après avoir cédé une partie de ses gains liés aux interventions, mais il s’apprête tout de même à enregistrer une hausse mensuelle de 1,3%. L’indice dollar était quasi inchangé à 99,13 lors des premiers échanges en Asie. Le dollar australien a progressé de près de 0,1 % pour atteindre un sommet de trois mois à 0,72 $, porté par les paris sur une hausse des taux. Le dollar néo-zélandais a grimpé de 0,2 % à 0,5960 $. Le dollar canadien est resté stable à 1,3844 $ et se dirigeait vers un deuxième mois de baisse après une nouvelle escalade des tensions commerciales avec les États-Unis. Du côté des cryptomonnaies, le bitcoin a progressé de 0,5% à 80’620,33 $, en route pour un gain de près de 30% en août, ce qui constituerait sa plus forte progression mensuelle depuis fin 2024.

L’or au comptant a cédé 0,5% à 4’576,30 dollars l’once. L’argent au comptant a chuté de 1% et le palladium a reculé de 0,8%. Le platine était en baisse de 0,6%.

Les contrats à terme sur le blé au Chicago Board of Trade (CBOT) ont prolongé leur rallye vendredi, les opérateurs surveillant les perturbations des exportations de céréales dans la région de la mer Noire sur fond d’attaques réciproques. Le maïs et le soja ont également progressé. Depuis le début de la semaine, le blé a bondi de 9%, le soja a gagné 2,9% et le maïs a progressé de 5,2%.

Le contrat à terme sur le Brent a cédé 25 cents, soit 0, %, à 89,45 dollars le baril. Le brut West Texas Intermediate a quant à lui reculé de 22 cents, soit également 0,3%, à 83,31 dollars. Les deux indices de référence sont en passe de terminer la semaine en baisse, le Brent affichant un repli de 5,3% et le WTI de 4,3%.

Coup d’œil sur Trump

Donald Trump, engagé dans une dure confrontation diplomatique avec le Canada, a signé jeudi un décret qui selon lui change «immédiatement» le nom du lac Ontario, situé à la frontière américano-canadienne, en «lac d’Amérique».

«Il peut très bien signer un décret, une loi, qui, officiellement au niveau fédéral, renomme le lac Ontario, qui va imposer dans tous les usages cartographiques au niveau fédéral américain de ne plus employer le nom du lac Ontario. Mais évidemment, ça n’implique que le gouvernement fédéral américain°, explique Frédéric Lasserre, professeur titulaire au département de géographie de l’Université Laval et président du Conseil québécois d’études géopolitiques.