Hier, le S&P 500 a signé sa plus grosse baisse depuis le 29 juillet. On sent la pression vendeuse, non ? Accrochez-vous : moins 0,32%. Deux semaines de calme plat, et tout ce qu'on arrive à nous sortir, c'est un tiers de pourcent. Le Dow a lâché 184 points, le Nasdaq 0,6%, et le seul secteur en hausse c'est l'énergie — évidemment. On est dans une bourse où reculer d'un tiers de pourcent devient un événement digne de la première page du Wall Street. Les gens sérieux appellent ça un marché attentiste. Moi j'appelle ça un marché qui a décidé une fois pour toutes qu'il ne baisserait pas, et qui cherche une excuse polie pour ne rien faire pendant 48 heures.

L’Audio du 12 août 2026

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J’ordonne et j’exige

Pendant ce temps, Washington et Téhéran se sont lancés dans le concours le plus fabuleux de l’année : celui de savoir qui doit des réparations à l’autre. Téhéran veut des indemnités de guerre, la levée du blocus et le dégel de ses avoirs avant de rouvrir Ormuz. Lundi soir, Papy Trump a répondu qu’il demandait LUI AUSSI des compensations, pour les cinquante dernières années, et qu’il avait donné instruction à ses représentants de mettre ça « fermement dans toutes les négociations futures ». Traduit en français : on a maintenant deux parties assises à une table qui exigent chacune que l’autre paie d’abord. C’est un divorce où les deux réclament la pension alimentaire. Ça peut durer longtemps, surtout quand les deux sont convaincus d’avoir raison. Et je parle en connaissance de cause. Même si à la fin, c’est quand même moi qui paie la pension.

Oui, je sais, on en a déjà parlé. Mais c’est pas ma faute s’il faut nous expliquer longtemps pour qu’on comprenne que ces négociations ne fonctionneront jamais.

Les camions qui n’existent pas

Le Brent est à 89,70 ce matin, sixième séance de hausse d’affilée, et le cousin WTI suit à 83,20. Depuis vendredi, plus de 6%. Mais le chiffre qui compte, ce n’est pas le prix, c’est le volume. Avant la guerre, il transitait entre 125 et 140 navires par jour dans le détroit. Le flux de brut est passé de 21,6 millions de barils par jour au dernier trimestre 2025 à 4,9 millions au deuxième trimestre de cette année. Seize millions sept cent mille barils par jour évaporés du circuit mondial. Pour vous représenter la chose : un camion-citerne transporte 40’000 litres. Il en faudrait donc 66’000 pour déplacer ce qui manque chaque jour. Pare-chocs contre pare-chocs, ça vous fait mille kilomètres de bouchon. Tous les matins.

Et l’anomalie du jour : pendant que tout le monde parle de pénurie, les stocks de brut américains ont bondi de 9,1 millions de barils la semaine dernière selon les chiffres non-officiels de l’API. Le marché a donc passé la journée à acheter du pétrole sur la peur du manque, la veille du jour où on lui explique qu’il y en a trop. Le prix à la pompe, lui, ne redescendra pas. Ça, c’est une des rares certitudes du moment.

L’obligataire, et le chiffre de 14h30

Le dix ans américain est monté jusqu’à 4,73% en séance avant de refermer à 4,695%. Depuis le début de la guerre fin février, il a pris 75 points de base. Mais le vrai signal, c’est le 30 ans, qui traite à 5,27%. On n’avait plus vu ça depuis 2007. En 2007, j’expliquais posément à qui voulait l’entendre que l’immobilier américain était un actif solide, diversifié et globalement peu risqué. Chacun sa croix. Le deux ans ne bouge pas, autour de 4,22% : on n’a pas peur de la Fed, on a peur de la durée, de la dette et de l’inflation importée par le baril. Tiens, d’ailleurs, ce matin la dette US est à 39’849 milliards. La barre des 40’000 se rapproche à grands pas.

À 14h30 on aura le CPI de juillet : +0,1% attendu sur le mois, 3,4% sur un an, sous-jacent à +0,2%. Le détail que personne ne mettra en gros titre, c’est que ce chiffre décrit un mois où le baril est passé de 68 à 92 dollars avant de finir à 83. Reste à voir comment le BLS a réussi à caser ça dans ses calculs, le tout en tenant compte des instructions de la Maison Blanche.

Le prix de l’assurance-incendie

Soyons honnêtes trois minutes : ce qui tient ce marché debout, ce ne sont ni les taux ni la géopolitique, ce sont les résultats. Plus de 30% de croissance bénéficiaire sur le trimestre, 76% de sociétés qui battent les attentes, le meilleur taux depuis cinq ans. Et ce ne sont même pas les technos qui portent le truc : les sociétés NON technologiques ont dépassé les attentes de 10% en moyenne, plus du double des géants de l’IA. Voilà, j’ai dit du bien. Comme quoi je ne suis pas si négatif que ça.
Et puisque j’ai été optimiste pendant trois secondes, faisons bon poids bonne mesure. Il y a un graphique qui traîne sur le net ce matin et il est plus parlant que tous les commentaires sur l’intelligence artificielle : le coût de l’assurance contre un défaut de Nvidia. Les fameux CDS. Fin mai, 41,6 points de base. Le 29 juillet, record à 83,69.

Ce matin, autour de 78-80, pour une moyenne à un an de 48,8. En dix semaines, le prix pour se protéger d’une faillite de la société la plus rentable de la planète a DOUBLÉ. Le marché actions vous dit que tout va bien, le titre a fini inchangé, le monde est beau. Le marché du crédit, lui, a doublé la prime. Deux marchés, une seule société, deux conclusions opposées. Sur trente ans de carrière, j’ai remarqué un truc : quand l’actionnaire et l’obligataire ne sont pas d’accord, ce n’est pas l’obligataire qui a tort, en général.

Et si vous voulez voir à quoi ça ressemble quand la mécanique grince pour de vrai, ne regardez pas Nvidia : regardez Oracle. Un carnet de commandes de 638 milliards, dont presque la moitié provient d’un seul client, OpenAI. Une note de crédit à un cran du spéculatif. Et un cash-flow 2026 à MOINS 23,7 milliards de dollars. C’est le type qui a rempli son congélateur pour dix ans et qui n’a plus de quoi payer l’électricité.

Le programme

Futures stables à légèrement positifs, Brent autour de 89,60, Nikkei légèrement en hausse, et la Corée qui grimpe de près de 5% grâce à Hynix qui explose et relance la construction d’une usine de mémoire. Aujourd’hui : CPI allemand définitif, CPI américain à 14h30 — LE rendez-vous de la journée —, stocks pétroliers de l’EIA à 16h30, adjudication de 42 milliards sur le 10 ans, et Cisco après la clôture.

Dernière chose, parce qu’elle est trop belle. Trump Media a chuté de 5,1% hier, perte trimestrielle creusée par la baisse des cryptos. Mais dans le même communiqué, fièrement, la société tenait à préciser que « plus de dix clients » se sont abonnés à son nouveau flux en temps réel des principaux comptes du réseau. Le concept de l’insider trading payant suit donc son chemin. La prochaine fois que Trump dit une connerie, souvenez-vous qu’il y a au moins dix mecs qui ont payé pour le savoir avant vous.

Ceci était la version courte. La vraie, celle où je prends le temps de démonter les chiffres ligne par ligne, avec les résultats d’hier soir, le détail du bazar obligataire et les digressions que mon éditeur me supprime, elle sort tous les matins à 7 heures sur Morningbull.ch. C’est pas cher ça se lit avec un café, et ça vous évitera peut-être de découvrir dans six mois que vous étiez du mauvais côté du trade. À vous de voir.

Passez une excellente journée, surveillez le chiffre de 14h30, et on se revoit demain pour de nouvelles doléances iraniennes.

À demain !!!

Thomas Veillet
Investir.ch

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens ne les achètent pas pour que ça ne se vende plus. »
— Coluche