Taux de remplacement : combien vous restera-t-il de votre dernier salaire une fois à la retraite? Jusqu'ici, seule l'OCDE publiait un chiffre pour la Suisse: un profil-type, une fois par an. Un nouveau baromètre romand livre désormais cette mesure au quotidien, canton par canton, tranche de revenu par tranche de revenu, à partir de sources officielles. Et surtout, il vous permet de calculer votre propre taux.
« Depuis quarante ans, le débat public se concentre sur le taux de conversion. C’est un paramètre technique important, certes, mais qui ne dit rien de ce qui restera vraiment à l’assuré une fois à la retraite. Notre indice éclaire cette autre facette. Simplement pour rendre visible ce qui aurait dû l’être depuis longtemps. »
Knut Giersch, à l’origine du Pensionbratwurst Index (ou Swiss Replacement Rate Index)
Qu’est-ce que le Swiss Replacement Rate Index (SRRI) ?
Le taux de remplacement, c’est le pourcentage de votre premier revenu de retraité par rapport à votre dernier salaire d’actif, une fois toutes les déductions prises en compte: cotisations sociales, impôts et primes LAMal, à côté des prestations AVS et de la rente issue du capital LPP.
Voici, à titre d’illustration, ce que cela veut dire concrètement. À 47%, un cadre qui gagne aujourd’hui CHF 8’000 nets par mois n’en retrouvera plus que CHF 3’800 une fois à la retraite.
Chaque jour, le modèle recalcule ce taux pour 26 cantons et 5 tranches de revenu, des plus modestes (P10) aux plus aisées (P90). L’indice national en est la moyenne pondérée par la population résidente. En pratique, tomber sous 70% annonce une baisse de niveau de vie significative à la retraite.
Rendement LPP: l’originalité méthodologique
Le rendement des capitaux LPP est estimé chaque jour à partir de la valeur nette d’inventaire (VNI, prix d’une part du fonds) du fonds Pictet CH LPP 25 (ISIN CH0016431667), lissée par une moyenne mobile exponentielle (EWMA). Ce fonds fait référence dans le paysage suisse: son allocation reflète celle d’une caisse de pension équilibrée. À chaque nouvelle VNI publiée, l’indice s’actualise. D’où sa fréquence quotidienne.
L’ensemble de la méthodologie et le code du modèle sont publiés en libre accès sur pensionbratwurst.ch.
Ce que l’indice révèle aujourd’hui
Aujourd’hui, l’indice s’établit à 47,49% pour un salarié au revenu médian. C’est bas. Deux références permettent de mesurer l’écart. La première, 60%, est l’objectif de prestation qui découle de l’article 113 de la Constitution et des travaux préparatoires de la LPP de 1976. La seconde, 70%, est le seuil de vigilance retenu par le secteur, popularisé par Swisscanto. L’indice se tient bien en-dessous des deux.
Zoom sur les cantons: entre Zoug et Bâle-Ville, deux salariés au profil identique affichent un écart de plus de vingt points. La fiscalité cantonale et les primes LAMal en portent la responsabilité principale.
Là où l’OCDE se contente d’un chiffre national, l’indice va plus loin. Sur pensionbratwurst.ch/personal, chacun peut calculer son propre taux et tester ses scénarios: l’ajout d’un 3ème pilier, l’introduction de la part LPP surobligatoire, un report de l’âge de la retraite. Le lecteur ne se contente plus d’observer sa situation. Il peut la façonner.
« La Constitution suisse promet à chaque salarié un revenu suffisant à la retraite. Après trente ans dans le métier, un constat : cette promesse n’a jamais été mesurée du côté de son destinataire. Notre indice le fait, tous les jours, canton par canton. »
Knut Giersch