Le Nasdaq a pris 1,6%, le S&P 500 s'est offert 0,72%, tout le monde a applaudi. Sauf qu'à l'intérieur du Dow Jones, 80% des titres étaient en baisse. Dans le S&P, deux valeurs sur trois. Le pire ratio hausses/baisses de l'année, pour une séance de HAUSSE. Nvidia a gagné 441 milliards de capitalisation en une journée pendant que le reste de la cote se faisait démonter la tête à l'autre bout de la salle. Et la volatilité a baissé de 5%, jusqu'à des niveaux qui frisent le coma. Hier, il s'est passé une seule chose : on a fêté Nvidia.

L’Audio du 28 août 2026

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Parlons chiffres

Le calcul est drôle. Le S&P 500 a gagné plus ou moins 480 milliards de capitalisation hier. Nvidia en représente 441 à elle seule. Salesforce, qui a explosé de 22,6%, en rajoute 36,7. Faites l’addition : les 498 autres sociétés de l’indice ont collectivement fait MOINS que zéro. Le S&P équipondéré, celui où Nvidia pèse autant que le fabricant de pâté pour chien, a fini en baisse.

Nvidia pèse maintenant 8,3% du S&P 500. Pour situer : AT&T pesait 12,7% en 1922, Standard Oil 9% en 1900, General Motors 8% en 1928. Trois sociétés dont on disait exactement la même chose — produit imbattable, position imprenable, l’avenir leur appartient. Standard Oil a été démantelée onze ans plus tard, AT&T aussi en 1984, General Motors a fait faillite en 2009.

Le crime du centime

Marvell a publié hier soir tard. Chiffre d’affaires en hausse de 37%, prévisions au-dessus du consensus, objectifs annuels relevés d’un milliard et demi, bénéfice ajusté à 94 cents contre 93 attendus. Un centime de mieux. Réaction du titre : moins 7,5%, avec une baisse qui s’est creusée AU FUR ET À MESURE de la conférence téléphonique. Le titre avait déjà pris 184% depuis janvier : battre d’un centime quand le marché a acheté trois ans de croissance à l’avance, c’est ramener le pain à 19h58 alors qu’on t’attendait à 9 heures du matin pour faire les tartines. Et surtout, sur le call, un analyste a posé LA question sur le warrant Google à 12,2 milliards signé la semaine dernière : combien ça rapporte, concrètement ? Réponse : les revenus couverts jusqu’en 2028 sont « déjà reflétés » dans les prévisions, le gros arrive en 2029. Vous avez acheté deux fois la même nouvelle, deuxième livraison dans trois ans.

Le silence de Warsh

Cet après-midi, Kevin Warsh monte sur scène à Jackson Hole pour son premier grand discours de président de la Fed. L’équation est simple : personne ne sait ce que ce type pense. Un sondage de cette semaine indique que 80% des économistes veulent qu’il détaille enfin sa lecture de l’économie, et que 45% pensent qu’il ne dira strictement rien. Le thème officiel du symposium, cette année, c’est « l’innovation financière » : nous on aimerait qu’il parle de l’inflation, lui a le droit de nous faire une conférence sur la blockchain. Et le contexte est chargé : trois responsables de la Fed ont voté pour une HAUSSE de 25 points de base à la dernière réunion, et la Fed se réunit les 15 et 16 septembre. Le précédent qui hante tout le monde, c’est 2022 : Powell avait fait huit minutes, sec comme un coup de trique, et le S&P avait perdu 3,4% dans la journée. Et 9,92% un mois plus tard.

Le reste, en accéléré

L’obligataire n’a pas bougé — 4,67% sur le dix ans, 4,23% sur le deux ans — et le trente ans traite toujours autour de 5,20%. Bessent va racheter des obligations longues dès septembre pour faire baisser les taux, pendant que la Fed réfléchit à les monter pour tuer l’inflation : deux services du même pays qui rament en sens opposé, avec le même contribuable sur le siège arrière. Pendant qu’on sablait le champagne avec Nvidia, le déficit commercial américain s’est creusé de 17,5% EN UN MOIS, après dix-huit mois de guerre commerciale menée au nom du rééquilibrage. Et côté Ormuz, six mois jour pour jour après les premières frappes, le Centcom a posté une vidéo pour annoncer que « les voies maritimes internationales sont ouvertes » : les données de suivi comptent CINQ bateaux mardi, contre 130 par jour avant la guerre.

Le programme

Futures américains à plat, l’or au-dessus de 4’600 dollars, le Brent à 88,22 et le WTI à 83,08. Hier, Zurich a lâché 1,09% et Paris s’est pris 1,51% dans les dents. Au menu : inflation allemande et zone euro dans la matinée, et surtout Warsh en fin de matinée américaine — LE rendez-vous de la journée, de la semaine et probablement du mois. Mois qui touche à sa fin. Ensuite, on pourra parler de la saison des krachs qui arrive.

Ce que vous ne lirez pas ici

Deux pages, c’est court. Dans la chronique complète de ce matin : le détecteur de fumée qu’on a débranché — pourquoi le VIX s’écrase à 14,50 pendant que deux tiers du marché recule. Les 279 milliards d’engagements de Nvidia auprès de ses fournisseurs, contre 119 le trimestre d’avant. Et la liste des exigences iraniennes pour rouvrir Ormuz, passée d’un couloir maritime à un traité de paix régional complet — à ce rythme, la prochaine condition sera le transfert de Mbappé au club de foot de Téhéran.

C’est sur morningbull.ch, tous les matins avant l’ouverture. 19 francs par mois, le prix d’un plat du jour, sauf que celui-là est servi 250 fois par année et ne vous laisse pas somnolent à 14h. Faites-le maintenant, avant de refermer cet onglet et de l’oublier jusqu’à lundi.

Dernière chose. La lanterne rouge du S&P 500 hier, ce n’est ni une banque ni une pétrolière. C’est Hormel Foods, moins 10%, pour cause de baisse des prix de la dinde crue et des apéritifs de marque distributeur. Donc, le même jour, sur le même indice : une société ajoute 441 milliards parce qu’elle a promis 70% de croissance dans dix-huit mois, et une autre s’effondre parce que les Américains achètent moins de cacahuètes premier prix. Les deux chiffres sont vrais. Un seul décrit ce que les gens vivent vraiment en faisant leurs courses. La prochaine fois qu’on vous explique que la bourse est le reflet de l’économie, pensez aux cacahuètes.

Passez une excellente journée et on se retrouve demain matin pour le Swiss Bliss — d’ici là on saura si Kevin Warsh a réussi l’exploit de parler vingt minutes sans rien dire, auquel cas il aura quand même appris quelque chose au marché : qu’il ne veut vraiment rien nous dire.

À demain !!!

Thomas Veillet

Morningbull.ch

« La sagesse du monde enseigne qu’il vaut mieux pour sa réputation échouer avec les conventions que réussir contre elles. » John Maynard Keynes