L'industrie de la pharma vit une époque turbulente: nouvelle politique tarifaire de Trump et échéance de plusieurs brevets qui affecte certaines compagnies. Quelques éléments de réflexion avant le webinaire de Swissquote sur ce sujet en fin d'après-midi.

L’impact de Trump sur l’industrie pharmaceutique mondiale

L’administration Trump a déployé une politique tarifaire agressive envers le secteur pharmaceutique. Depuis octobre 2025, les médicaments de marque importés aux États-Unis sont frappés d’une taxe de 100%, à moins que leur fabricant ne construise une usine sur le sol américain, et Trump a même évoqué la possibilité de porter ces droits de douane jusqu’à 250%. L’objectif affiché est de forcer les laboratoires à relocaliser leur production aux États-Unis et à aligner leurs prix américains sur ceux pratiqués ailleurs dans le monde.

Concernant les génériques, la trajectoire est progressive: à partir du 1er août 2026, ils bénéficieront de droits de douane nuls pendant deux ans, un répit calculé pour permettre aux laboratoires étrangers de construire des usines américaines. Passé ce délai, en août 2028, les tarifs grimperont brutalement à 100% pendant douze mois, puis à partir d’août 2029, la barre atteindra 200%. Cette mesure vise particulièrement l’Inde et le Bangladesh, qui dominent largement les exportations mondiales de génériques.

L’industrie s’inquiète des conséquences. Stephen Ubl, directeur de PhRMA, a estimé que des taxes sur les médicaments de pointe feront augmenter les coûts et pourraient mettre en péril des milliards de dollars d’investissements aux États-Unis. Sur le plan diplomatique, ces menaces tarifaires ont aussi des répercussions en Europe, où des tensions sont apparues autour des prix des médicaments avec la France et la Suisse notamment.

Novartis : la plus importante expiration de brevets de son histoire

Novartis traverse ce que son PDG Vas Narasimhan qualifie de « plus grande expiration de brevets » de l’histoire du groupe. Les rivaux génériques sont entrés sur le marché américain en 2025 pour Entresto (insuffisance cardiaque), Promacta et Tasigna (cancer), trois médicaments ayant généré plus de 6 milliards de dollars de ventes américaines en 2024, et qui devraient créer un trou de revenus de 4 milliards de dollars en 2026 par rapport à 2025.

Les effets sont déjà visibles: les ventes d’Entresto ont chuté de 45% à taux de change constants au quatrième trimestre 2025, à moins de 1,3 milliard de dollars. Pour l’ensemble de l’année 2026, Novartis anticipe une croissance des ventes à un chiffre bas et une baisse du résultat opérationnel core à un chiffre bas, en raison de cette perte d’exclusivité.

Pour compenser, le groupe mise sur l’acquisition d’actifs : Novartis a notamment réalisé un rachat de 12 milliards de dollars pour Avidity, une stratégie destinée à compenser environ 12 milliards de dollars de revenus expirants, avec un objectif de croissance annuelle de plus de 5% pour atteindre environ 70 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici 2030.

Novo Nordisk: le cas du semaglutide

Novo Nordisk fait face à un défi structurel différent, lié à sa dépendance extrême au semaglutide (Ozempic, Wegovy, Rybelsus). Cette molécule représentait environ 75% des ventes du groupe en 2026. Le brevet expire en 2031 en Europe et en 2032 aux États-Unis, mais a déjà expiré dans certains marchés comme l’Inde, la Chine arrivant prochainement.

Les marchés financiers ont déjà réagi fortement: l’action a perdu 16% depuis le début de 2026, contre un gain de 4% pour son rival Eli Lilly. En Chine, marché où le brevet expire en 2026, au moins 15 entreprises pharmaceutiques chinoises développent déjà des versions génériques, avec 11 candidats en phase finale d’essais cliniques, et Goldman Sachs anticipe des baisses de prix d’environ 25% pour le semaglutide sur ce marché.

La concurrence directe d’Eli Lilly aggrave la situation: Lilly, avec ses marques tirzepatide Zepbound et Mounjaro, a détrôné Wegovy et Ozempic comme traitements GLP-1 les plus vendus contre l’obésité et le diabète de type 2. Novo Nordisk, autrefois l’entreprise la plus valorisée d’Europe, a reculé dans les classements en raison de la baisse de son cours de bourse, tandis qu’Eli Lilly est devenue la première entreprise de santé à dépasser les 1’000 milliards de dollars de capitalisation.

En résumé

2026.09.15.Pharma brevets

Ces deux cas illustrent bien deux visages différents du « patent cliff » pharmaceutique: une expiration de brevets brutale et déjà encaissée pour Novartis, contre une érosion progressive mais géographiquement précoce (marchés émergents dès 2026) pour Novo Nordisk — le tout dans un contexte où la politique tarifaire de Trump ajoute une couche d’incertitude supplémentaire sur les prix et les chaînes de production mondiales.

Rendez-vous au webinaire de Swissquote…