EXPRESS Ce matin je me suis levé encore plus tôt que d'habitude en pensant que ça allait être la boucherie sur le baril, que les futures seraient en panique et qu'il y aurait une montagne de trucs à décortiquer. Et puis : RIEN. Le pétrole se fait défoncer de 2%, le Brent est presque sous les 100, les futures sont dans le vert, la Corée grimpe, tout le monde a l'air content. Alors soit j'ai raté un épisode, soit ce marché est débile. Le pire, c'est que c'est ni l'un ni l'autre — et la vraie réponse est plus dérangeante que les deux.

L’Audio du 21 septembre 2026

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Le week-end, en accéléré

Moscou s’est pris 1’600 drones dans la figure, dont 450 sur la capitale, une raffinerie touchée, le tout le jour de la clôture des élections russes. Les Houthis sont remontés jusqu’à Riyad, missiles et drones, plus une installation d’Aramco à Yanbu. Autrement dit : Ormuz, Bab el-Mandeb et le pipeline Est-Ouest sont dans le jeu EN MÊME TEMPS. Les trois portes de sortie du pétrole du Golfe. Trump rentre de Camp David avec un jour d’avance sans explication, se déclare en « deciding mode » et annonce des « very big things ». L’Iran répond qu’il a des informations sur une frappe américaine imminente. Dimanche soir, j’étais prêt. Lundi, ça allait saigner.

Petit détail que personne ne rappellera : frapper une raffinerie, ce n’est PAS haussier pour le brut. On détruit de la capacité de raffinage, donc de la demande locale de pétrole. En revanche on met une tension monstrueuse sur le diesel. Retenez ça, c’est tout le sujet.

Le chiffre qui explique tout

Le marché ne price pas « est-ce que Trump va bombarder l’Iran ». Il price « combien de barils sont montés sur un bateau hier soir ». Et là il faut reposer le café : les exportations saoudiennes, tombées à 2,4 millions de barils/jour en août, sont remontées au-dessus de 4 millions. Celles qui sortent par Ormuz sont passées de 700’000 à 2,9 millions. Le patron du CENTCOM dit que depuis deux semaines il transite plus de pétrole et de LNG que pendant n’importe quelle période des six derniers mois.

Donc non, le marché n’est pas débile. Il avait payé une prime d’apocalypse à 104 dollars le Brent, il découvre que même pendant l’apocalypse les Saoudiens livrent, et il déboucle. Ce n’est pas « tout va bien », c’est « le week-end était horrible, mais pas PLUS horrible que ce qui était déjà dans le prix ». Nuance capitale. Cela dit, ces fameux 17,1 millions de barils/jour restent 6,1 millions sous la moyenne 2025. Se réjouir de ça, c’est se réjouir que la maison ne brûle que dans la cuisine.

Et puis il y a les bateaux

Le truc vicieux dont personne ne parle. Pipeline Est-Ouest à l’arrêt, donc tout repasse par Ormuz, sur une flotte déjà tendue. Affréter un supertanker qui charge dans le Golfe et traverse le détroit a dépassé le MILLION de dollars par jour. En langage humain : 26 dollars de fret par baril, soit le quart de la valeur de la cargaison. Vous commandez un canapé à 4’000 balles et la livraison vous en coûte mille. Sur les 900 supertankers de la planète, 15% sont parqués au large d’Oman à transvaser du pétrole d’un bateau à l’autre. Les Saoudiens qui renoncent à Bab el-Mandeb contournent par le cap de Bonne-Espérance : deux semaines et un million de dollars de plus par voyage.

Conclusion : le brut peut baisser sans que la pompe ne bouge d’un centime, parce que le fret a mangé toute la baisse. Reste plus qu’à acheter de la tech pour faire du pognon en bourse et payer le plein.

Le diesel, c’est ÇA le vrai sujet

Record absolu vendredi à 6,45 dollars le gallon. L’essence à 4,47, quarante cents de plus qu’il y a un mois. Le Dow Jones Transportation a clôturé 16,1% sous son record d’avril : techniquement en correction. Un sénateur républicain agite l’idée d’interdire l’exportation de diesel, ce qui est toujours le signe d’une situation parfaitement maîtrisée. On a beau nous répéter qu’on vit dans l’économie de l’IA, personne n’a encore trouvé comment télétransporter un colis Amazon. Et c’est exactement le type d’inflation que la Fed ne peut PAS combattre — Kashkari l’a redit ce week-end, mais il a eu le malheur de parler juste avant les 17 millions de barils, du coup on l’a effacé des tabelles.

Trois lignes pour Berlin

La CDU fait 4,9% en Mecklembourg-Poméranie et sort du parlement régional, une première depuis la guerre. À Berlin, elle se fait battre par Die Linke, 25,7% contre 18,8%, sur un programme d’expropriation des foncières. Merz, chancelier le plus impopulaire de l’après-guerre, annule son déplacement à l’ONU. Réaction des marchés européens : RIEN À FOUTRE. Je le note juste, pour plus tard.

Ce qu’on s’autorise à ignorer

Le VIX a clôturé à 14,81, à un cheveu du plus bas de l’année. Le S&P n’a plus fait un mouvement de 2% depuis le 5 juin. Le volume sur les ETF à levier est tombé à 24 milliards ce mois-ci contre 52 en juin : les spéculateurs ne vendent pas, ils quittent la table sur la pointe des pieds. Et une banque vient de raccourcir son estimation du moment où les stocks mondiaux de brut deviennent un problème : 5 à 10 semaines, contre 15 à 20 il y a quinze jours. En deux semaines on a perdu la moitié du matelas. Mais bon, les 17 millions de barils, tu comprends ?

Le programme

Futures en hausse de 0,3% sur le S&P, un peu plus sur le Nasdaq, Corée +1,5%, Asie hors Japon +0,8%, Brent autour de 101,80, WTI sous les 98. Cette semaine : Assemblée générale de l’ONU, où Trump se dit « probablement ouvert » à rencontrer Pezeshkian — c’est LE rendez-vous, tout le reste en découle. Sommet Trump-Xi jeudi à Washington, trêve tarifaire qui expire le 10 novembre.

Ceci était l’espresso. La chronique complète est servie en tasse normale.

Tous les matins, avant l’ouverture, je décortique ce que les marchés font vraiment plutôt que ce qu’ils prétendent faire — avec les chiffres, les contradictions, et les histoires que personne d’autre ne va vous raconter. Comme celle des camions d’huile de tournesol abandonnés entre Chisinau et Bucarest parce que le chauffeur, une fois la frontière passée, ne revient pas. Elle est dans la version longue, et elle explique le prix de votre bouteille mieux que n’importe quel graphique.

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Passez une excellente journée et on se revoit demain pour de nouvelles très grandes choses annoncées par un monsieur en « deciding mode ».

À demain !!!

Thomas Veillet
Morningbull.ch

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que ça ne se vende pas ! »
— Coluche