A quand la voiture autonome? Encore et toujours des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran mais rebond à Wall Street et en Asie.

Après une décennie de promesses répétées et souvent déçues, la conduite autonome entre en 2026 dans une phase que beaucoup qualifient de «maturité industrielle». Le discours a changé: on ne parle plus d’une voiture totalement autonome disponible partout du jour au lendemain, mais d’une montée en puissance progressive, marché par marché, technologie par technologie. Les investissements se concentrent désormais sur des cas d’usage rentables, et la ligne de front s’est clairement déplacée vers les États-Unis et la Chine, l’Europe cherchant pour sa part à ne pas rester à la traîne réglementaire et industrielle.

Un marché qui se rationalise

Le secteur s’est débarrassé de plusieurs illusions. General Motors a par exemple mis fin, fin 2024, à l’activité robotaxi de sa filiale Cruise après des difficultés opérationnelles et un accident grave impliquant un piéton à San Francisco; les ingénieurs ont été réaffectés au développement de l’aide à la conduite pour les véhicules particuliers. Cet épisode illustre une tendance de fond: les acteurs qui ne parviennent pas à démontrer une trajectoire claire vers la rentabilité sont progressivement écartés, au profit de ceux qui ont accumulé suffisamment de données, de kilomètres parcourus et de capital pour tenir la distance.

Dans le même temps, deux segments distincts se dessinent. D’un côté, les robotaxis, des services de transport sans chauffeur opérant dans des zones géographiques précises. De l’autre, les systèmes d’aide à la conduite avancés (niveaux 2 et 3) qui équipent des véhicules vendus au grand public, avec une autonomie plus limitée mais un déploiement à bien plus grande échelle.

Les acteurs majeurs du côté américain

Waymo, filiale d’Alphabet, occupe une position de leader sur le marché des robotaxis aux États-Unis. Son approche mise sur la fusion de plusieurs types de capteurs (lidar, radar, caméras), jugée plus coûteuse mais plus sûre en environnement urbain dense. Ses véhicules opèrent désormais à Phoenix, San Francisco, et s’étendent à Austin et Atlanta, avec une circulation qui inclut même certaines autoroutes.

Tesla suit une stratégie très différente, fondée uniquement sur la vision par caméras et l’intelligence artificielle, sans lidar. L’entreprise pousse une autonomie logicielle déployée à très grande échelle, en acceptant une part de risque plus importante afin de toucher le marché de masse le plus rapidement possible, avec son projet de robotaxi Cybercab.

Zoox, filiale d’Amazon, teste et déploie ses véhicules autonomes conçus sans volant ni pédales dans des zones limitées à Las Vegas et San Francisco.

Mobileye, entreprise israélienne cotée aux États-Unis, s’est imposée comme un fournisseur technologique clé plutôt que comme un opérateur de flotte. Sa puce EyeQ6H et ses systèmes de vision équipent un grand nombre de véhicules dans le monde, avec un carnet de commandes qui s’étend sur plusieurs années.

La Chine, un poids lourd en pleine accélération

La Chine s’affirme comme l’autre grande puissance de la conduite autonome. Baidu, via son service Apollo Go, a dépassé les vingt millions de courses cumulées et traite plusieurs centaines de milliers de commandes entièrement autonomes chaque semaine, ce qui en fait l’un des opérateurs les plus actifs au monde. D’autres entreprises chinoises spécialisées, comme Pony.ai ou WeRide, complètent cet écosystème très dynamique, porté par un soutien étatique fort et une réglementation qui facilite les déploiements à grande échelle dans plusieurs métropoles.

L’Europe: régulation d’abord, technologie ensuite

L’Union européenne peine pour l’instant à rivaliser industriellement avec les États-Unis et la Chine sur ce segment. Sa stratégie repose davantage sur la construction d’un cadre réglementaire favorable que sur l’émergence d’acteurs technologiques dominants. Un réseau de villes pilotes européennes doit voir le jour pour accueillir les premiers déploiements de véhicules autonomes, avec l’objectif affiché de replacer l’industrie automobile européenne au cœur de la transition vers des véhicules connectés et pilotés par l’intelligence artificielle. Des constructeurs comme Volkswagen ou Mercedes-Benz testent leurs propres systèmes dans des villes comme Hambourg ou Milan, tandis que des entreprises comme Wayve (Royaume-Uni) misent sur des plateformes logicielles découplées du matériel, plus flexibles à intégrer chez différents constructeurs.

Constructeurs traditionnel: la prudence comme stratégie

Les grands constructeurs historiques (Volkswagen, Mercedes-Benz, Hyundai, GM) ont globalement adopté une approche plus prudente que les entreprises technologiques pures. Beaucoup misent sur une montée en gamme progressive de leurs systèmes d’aide à la conduite plutôt que sur un saut direct vers l’autonomie complète, et certains explorent des partenariats avec des opérateurs de robotaxis plutôt que de développer leur propre flotte.

Où en est réellement la technologie?

Dans la pratique, la grande majorité des voitures autonomes vendues au grand public en 2026 restent de niveau 2, avec quelques déploiements de niveau 3 sur des marchés et des routes spécifiques. Le niveau 4, qui permet à un véhicule de gérer seul l’intégralité de la conduite dans une zone définie sans intervention humaine, reste réservé aux services de robotaxis opérant dans des périmètres géographiques limités et cartographiés avec précision. Un véhicule de niveau 4 doit toujours pouvoir se mettre en sécurité ou solliciter une assistance à distance s’il sort de sa zone de confort opérationnelle.

Les défis qui restent à surmonter

Plusieurs obstacles continuent de freiner une adoption plus large:

  • La sécurité et la fiabilité logicielle, avec un besoin constant de robustesse face aux anomalies et aux cybermenaces.
  • L’acceptation sociale, une partie du public restant réticente à l’idée de partager la route avec des véhicules sans conducteur.
  • Le cadre réglementaire, encore hétérogène d’un pays à l’autre, en particulier en Europe où l’encadrement du niveau 3 reste strict.
  • Le modèle économique, la rentabilité des flottes de robotaxis restant un défi majeur en dehors des marchés chinois et de quelques zones américaines matures.

Coup d’œil sur les marchés

Les Bourses européennes ont terminé en baisse mercredi, pénalisées par une nouvelle hausse des ‌rendements obligataires sur fond de poursuite des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran. À Paris, le CAC 40 a fini sur une perte de 0,26%. Le Footsie britannique a reculé de ​0,30% et le Dax allemand a reflué de 0,50%. L’indice EuroStoxx 50 a cédé 0,11%, le FTSEurofirst 300 0,16% et le Stoxx 600 0,24%. L’Oréal a pris 1,48% à la faveur d’un changement de recommandation de la part d’Exane BNP Paribas qui est à « surperformer » sur le géant français des cosmétiques. Lottomatica a chuté de 7,63% après l’annonce par le groupe italien de paris d’un projet de rachat de l’espagnol Cirsa (+18,47%). Du point de vue sectoriel, les banques (+0,43%) ont ⁠profité de la hausse des taux: Commerzbank ‌a avancé de 1,70%, HSBC de 0,77% et Santander de 1,01%. Deutsche Bank a pris 1,06%, Goldman Sachs étant passé à « acheter » sur la banque allemande, tandis ⁠que Société Générale a reculé de 1,06%, la valeur ayant été dégradée à « neutre ». Les groupes pétrolières et gaziers comme Shell, Maurel & Prom et Vaar Energi ont également progressé dans le sillage de la hausse ‌des cours du brut. L’action Volkswagen a reculé de 3,2% après que le fournisseur d’indices STOXX a annoncé que l’équipementier télécoms finlandais Nokia Oyj réintégrerait l’indice Euro STOXX 50, en remplacement du constructeur automobile.

En Suisse, le SMI a clôturé sur un gain de 0,20%. Nestlé (+0,2%) a conclu mardi un accord pour céder son activité grand public de vitamines, minéraux et compléments alimentaires à Yellow Wood Partners pour 1,0 milliard de dollars, soit environ plus de 808 millions de francs. Par ailleurs, la société veveysanne serait intéressée, avec son partenaire de capital-investissement PAI Partners, à racheter Crosta Mollica, une marque britannique de pizzas. Les poids lourds pharmaceutique Roche (+0,5%) et Novartis (+0,3%) ont aussi contribuer à faire pencher la balance du bon côté.

Le rendement du Bund allemand à dix ans a fini sur un gain d’environ quatre points de base, à 3,37%, et le deux ans a avancé de 3,7 points de base, à 2,98%.

Aux Etats-Unis, le Dow Jones a pris 0,56%, le Nasdaq a avancé de 0,45% et le S&P 500 a gagné 0,46%. Parmi les 11 principaux secteurs d’activité du S&P 500, le seul à avoir reculé est celui de l’immobilier, qui a terminé en baisse de 0,8%. Le secteur des matériaux a enregistré la plus forte progression, avec une hausse de 1,5%. Parmi les valeurs du secteur des matériaux, ce sont les entreprises sidérurgiques qui ont enregistré les plus fortes hausses: Steel Dynamics a progressé de 5,8% et Nucor de 4,8% après que le président américain Donald Trump a annoncé dans un message publié sur les réseaux sociaux que les droits de douane sur toutes les voitures, tous les camions, toutes les pièces automobiles et tout l’acier canadiens seraient portés à 50% à compter du 1er janvier. Parmi les valeurs individuelles, les plus fortes hausses de l’indice de référence ont été enregistrées par Nvidia, en hausse de 3%, Meta Platforms, en hausse de 2,5%, Micron Technology, en hausse de 2,4%, et Dell, qui a clôturé en hausse de 15,8%. Les plus fortes baisses ont été enregistrées par les éditeurs de logiciels, notamment Microsoft, en recul de seulement 0,8% mais dont le poids est le plus important en termes de points d’indice. Palo Alto Networks a été le deuxième plus gros frein, avec une chute de plus de 9 % malgré des résultats trimestriels supérieurs aux estimations. Dans ce contexte, l’indice S&P 500 des logiciels a clôturé en baisse de 1,7%, enregistrant ainsi sa troisième journée consécutive de recul.

Le rendement de l’obligation de référence à 10 ans du Trésor américain a cédé 0,2 point de base à 4,794% et était en voie d’interrompre sa plus longue série de gains quotidiens depuis mars. Le rendement a atteint un plus haut plus tôt dans la séance à 4,818%, son niveau le plus élevé depuis le 1er novembre 2023. Le rendement de l’obligation à 30 ans était inchangé à 5,267% après avoir atteint un sommet de deux semaines à 5,296%.

Le ‌dollar a touché en séance mercredi un sommet de deux semaines face à un panier de devises internationales en lien avec une aggravation du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran avant de refluer ​de 0,12% à la clôture des Bourses en Europe. L’euro recule de 0,02%, à 1,1591 dollar, après être tombé ‌en séance à 1,1570 dollars, son plus bas niveau depuis le 20 août. Le yen japonais s’est raffermi de 0,45% face au dollar américain, à 159,50, le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Kazuo Ueda, ayant déclaré que des ​hausses de taux consécutives étaient envisageables. Le dollar canadien s’est apprécié à 1,384 pour un dollar américain après que la Banque du Canada (BoC) a maintenu son principal taux directeur à 2,25%.

Le Brent prend 0,90% à 94,48 dollars le baril et le brut léger américain avance ​de 0,52% à 90,69 dollars.

Ce matin en Asie : Les actions sud-coréennes ont progressé de plus de 1% jeudi, rebondissant après un plus bas de deux semaines, les fabricants de puces ayant suivi les gains enregistrés la veille par leurs homologues américains. L’indice de référence KOSPI gagnait 1,38%. Samsung Electronics a progressé de 1,00% et son homologue SK Hynix a gagné 0,87%. L’indice Hang Seng a progressé de 0,7% tandis que L’indice Shanghai Composite est monté de 0,3%. Au Japon le Nikkeu 225 affichait en dernier lieu une hausse de 0.21%. Kioxia a progressé de 0.67% et le fabricant d’équipements pour semi-conducteurs Tokyo Electron a gagné 0.81%.

L’or au comptant a progressé de 0,5% à 4’409,97 dollars l’once. Parmi les autres métaux, l’argent au comptant a progressé de 0,6%, le platine a grimpé de 0,6% et le palladium s’est raffermi de 0,6%.

Le contrat de maïs le plus actif sur le Chicago Board of Trade (CBOT) a reculé de 0,3. Le blé au CBOT était en hausse de 0,2% tandis que le soja progressait de 0,4%.

Les prix du pétrole ont légèrement baissé jeudi. Les contrats à terme sur le Brent ont reculé de 43 cents, soit 0,45%, à 95,2 $ le baril tandis que le brut américain West Texas Intermediate perdait 24 cents, soit 0,26%, à 90,77 $.

Coup d’œil sur Trump

Lors d’un dîner organisé à la Maison blanche pour les élus républicains du Congrès, Donald Trump a promis de participer à de nombreux événements de campagne lors du mois précédant le scrutin, comme il l’avait fait en 2024. « Je serai avec vous tout le long du chemin jusqu’en novembre », a dit le locataire de la Maison blanche. « Il s’agit surtout de 35 scrutins. Nous verrons si nous pouvons parvenir à faire élire tout le monde. »