Quid des réserves d’or des banques centrales européennes? Les marchés rebondissent suite aux commentaires d’un des gouverneurs de la Fed.
Pendant des décennies, la présence d’une partie importante des réserves d’or européennes dans les coffres de banques centrales situées hors d’Europe n’a guère suscité de contestation. New York et Londres constituent les deux grandes places mondiales du marché de l’or, et conserver des lingots à proximité de ces centres financiers permet notamment de les mobiliser rapidement.
Mais cette logique est aujourd’hui confrontée à une nouvelle réalité: la montée des tensions géopolitiques, le retour des rivalités entre grandes puissances et, plus largement, une interrogation européenne sur la dépendance à l’égard des infrastructures financières américaines.
Le mouvement est encore loin de constituer un «rapatriement massif» de l’or européen. Il révèle néanmoins une évolution importante : certaines banques centrales veulent désormais pouvoir disposer de leur or au plus près de leur territoire et réduire leur dépendance à un seul espace géopolitique.
Le signal néerlandais
La banque centrale néerlandaise (DNB) vient d’annoncer le déplacement d’environ 86 tonnes d’or depuis New York et Ottawa vers Londres, une opération réalisée entre mars et août 2026. La DNB explique cette décision par la nécessité d’améliorer la préparation aux crises et de diversifier la localisation de ses réserves.
Le détail est important : il ne s’agit pas simplement de «ramener l’or aux Pays-Bas». Une partie a effectivement été déplacée vers une installation néerlandaise, mais une autre a été transférée vers Londres, où se trouve la Banque d’Angleterre.
Avant cette opération, environ 31 % de l’or néerlandais était conservé à New York et près de 20% à Ottawa. Après la réorganisation, chacune de ces deux places nord-américaines représente environ 18,5 % des réserves, tandis que Londres en détient désormais plus de 32%.
Ce choix est révélateur: la question n’est pas nécessairement «Europe contre États-Unis», mais plutôt «dépendance contre diversification».
La DNB considère en effet Londres comme une place particulièrement liquide et facilement mobilisable en période de crise. Le déplacement constitue donc autant une décision de gestion du risque qu’un geste géopolitique.
Pourquoi l’or avait-il été placé à New York?
Après la Seconde Guerre mondiale, le système monétaire international s’est organisé autour du dollar et des grandes places financières occidentales. Pour les banques centrales européennes, conserver une partie de leurs réserves à New York présentait plusieurs avantages.
Le premier était la sécurité. Les coffres de la Federal Reserve Bank of New York constituent l’un des principaux centres mondiaux de conservation de l’or monétaire.
Le deuxième était la liquidité. Une banque centrale qui souhaite convertir une partie de son or en devises peut théoriquement le faire plus facilement lorsqu’il se trouve à proximité d’un grand marché international.
Le troisième était la confiance dans le système financier américain.
Pendant des décennies, ces trois éléments ont largement compensé l’inconvénient d’une conservation à plusieurs milliers de kilomètres du pays propriétaire.
Mais la géopolitique change
La Deutsche Bundesbank a commencé à rapatrier une partie importante de son or il y a plus d’une décennie. En 2013, elle annonçait vouloir porter à environ la moitié la proportion de ses réserves stockées à Francfort. Le programme prévoyait notamment le transfert de 300 tonnes depuis New York et de 283 tonnes depuis Paris. Le transfert depuis New York a été achevé en 2016.
Ce programme avait une double justification: renforcer la confiance du public allemand dans la détention domestique de l’or et conserver simultanément une partie des réserves dans les grands centres internationaux de négociation.
La stratégie allemande n’était donc déjà pas celle d’un retrait complet de l’étranger.
Et, en 2026, cette nuance demeure essentielle.
Selon les données de la Bundesbank, environ 51% des réserves allemandes sont conservées à Francfort, 37% à New York et un peu plus de 12% à Londres. La Bundesbank affirme toujours considérer cette répartition comme appropriée et souligne que New York demeure un centre majeur du commerce de l’or.
Autrement dit, même après son vaste programme de rapatriement, l’Allemagne continue de conserver plus d’un tiers de son or à New York.
Une question de souveraineté?
L’or n’est pas une réserve de change comme les autres. Une créance sur une banque ou un État étranger dépend d’un système juridique et financier. Un lingot physique, lui, représente un actif qui ne dépend pas directement de la solvabilité d’un émetteur. Cette caractéristique explique pourquoi l’or retrouve une importance particulière dans les périodes de tensions internationales.
La question que se posent désormais certains responsables européens est donc relativement simple: Que se passerait-il si une crise majeure opposait les États-Unis et l’Europe? Le problème ne concerne d’ailleurs pas uniquement une éventuelle confiscation. Il peut également s’agir de contrôles de capitaux, de sanctions, de perturbations logistiques, de restrictions financières ou simplement d’une incapacité temporaire à accéder rapidement à certains actifs.
La diversification géographique devient alors une forme d’assurance.
Mais l’or de la Fed appartient bien aux Européens
Les réserves étrangères conservées dans les coffres de la Federal Reserve Bank of New York ne deviennent pas américaines pour autant. La Fed agit comme dépositaire : l’or reste la propriété de la banque centrale étrangère.
De plus, les autorités allemandes ne considèrent actuellement pas leurs réserves de New York comme menacées. La Bundesbank affirme notamment qu’elle continue de considérer la Fed comme une banque centrale indépendante et ne voit pas de raison actuelle de modifier sa structure de stockage.
Le débat porte donc moins, pour l’instant, sur la disparition d’une propriété juridique que sur la question de l’accès physique et opérationnel à l’actif en cas de crise.
La France prend également une direction différente
En 2026, la Banque de France a procédé à une importante réorganisation de ses réserves, avec la sortie d’une partie de l’or précédemment conservé à New York et son remplacement par de l’or détenu en France. Ce type d’opération est différent d’une simple vente d’or : l’objectif est de modifier le lieu de détention tout en maintenant l’exposition au métal précieux.
La logique rejoint ainsi celle observée aux Pays-Bas: la question n’est pas nécessairement de réduire les réserves d’or, mais de déterminer où elles doivent se trouver pour être les plus utiles en période de crise.
Le paradoxe de Londres
Si l’objectif était uniquement de rapatrier l’or en Europe continentale pour des raisons de souveraineté, Londres ne serait pas nécessairement la destination privilégiée. Or Londres reste le premier grand centre mondial du marché physique de l’or. C’est pourquoi la décision néerlandaise est particulièrement instructive: déplacer de l’or de New York vers Londres peut simultanément réduire une dépendance américaine et améliorer la liquidité du métal.
Le choix entre New York, Londres, Paris, Francfort ou Amsterdam n’est donc pas uniquement politique. Il dépend aussi de la possibilité de vendre, échanger, transporter ou utiliser rapidement les lingots.
Une tendance européenne encore fragmentaire
Il serait toutefois prématuré de parler d’une politique européenne coordonnée de rapatriement. Les réserves d’or restent gérées au niveau national. Les stratégies sont différentes selon les pays, leur histoire, leur exposition géopolitique et la structure de leurs marchés financiers. L’Allemagne, par exemple, continue de défendre une répartition entre Francfort, New York et Londres. Les Pays-Bas viennent au contraire de réduire sensiblement leur exposition à l’Amérique du Nord.
Ce qui semble émerger n’est donc pas encore un «retour de l’or européen», mais plutôt une nouvelle doctrine:
Ne pas placer une proportion excessive d’un actif stratégique dans une seule juridiction.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large de réflexion sur la sécurité des réserves de change.
L’or, assurance contre un monde moins prévisible
Depuis la crise financière de 2008, puis les sanctions financières liées à la guerre en Ukraine, les banques centrales ont progressivement accordé davantage d’importance à la résilience de leurs réserves. L’or présente ici une caractéristique particulière: il ne dépend ni d’un gouvernement émetteur ni d’une banque commerciale.
Mais cette indépendance a un coût: l’or ne rapporte pas d’intérêt et son stockage, son assurance et sa mobilisation sont coûteux. La stratégie optimale consiste donc probablement moins à tout rapatrier qu’à disposer de plusieurs points de stockage fiables. C’est précisément ce que semblent faire certains pays européens.
Vers une «dé-américanisation» des réserves?
Il serait tentant d’interpréter ces mouvements comme le début d’une dé-américanisation du système monétaire européen. Le dollar reste la principale monnaie de réserve internationale, tandis que New York demeure un centre majeur du système financier mondial. Même les banques centrales qui déplacent une partie de leur or ne renoncent pas nécessairement aux marchés américains.
Pendant des décennies, la question était: «Où pouvons-nous stocker notre or pour maximiser sa liquidité?». Elle devient progressivement: «Où devons-nous conserver notre or pour garantir notre accès à cet actif quelles que soient les circonstances géopolitiques?»
Cette différence est fondamentale.
Il serait excessif d’y voir une rupture avec les États-Unis
Mais il serait tout aussi imprudent de considérer ces décisions comme de simples opérations logistiques sans signification stratégique. L’or européen ne quitte pas nécessairement l’Amérique du Nord pour rentrer intégralement en Europe. Il cherche surtout à retrouver une forme de liberté géographique.
Et cette évolution pourrait devenir l’une des manifestations les plus discrètes — mais les plus significatives — de la transformation du système monétaire international. Car lorsqu’une banque centrale déplace plusieurs dizaines de tonnes d’or, elle ne déplace pas seulement des lingots. Elle déplace une partie de son risque géopolitique.
Coup d’œil sur les marchés
À Paris, le CAC 40 a grappillé 0,07%. À Francfort, le Dax a avancé de 0,65% et à Londres, le FTSE 100 s’est octroyé 0,70%. L’indice EuroStoxx 50 a progressé de 0,32%, le FTSEurofirst 300 de 0,52% et le Stoxx 600 de 0,55%. À Paris, Publicis a gagné 4,4% au gré d’informations de presse selon lesquelles le principal groupe publicitaire mondial a remporté un contrat avec PepsiCo pour gérer la communication du géant du soda. Le secteur du luxe a trimé, avec un recul de 1,93% pour le compartiment européen, tandis qu’Hermès, Kering, LVMH, EssilorLuxottica et L’Oréal ont perdu entre 3,62% et 1,69%. Voltalia a enregistré la plus forte baisse du marché SRD, dévissant de 17,08% à 5,39 euros. L’action du producteur d’électricité renouvelable a chuté lourdement après l’annonce, ce matin, d’une perte nette désormais attendue sur l’exercice 2026 en cours et au 2e semestre alors que le groupe visait jusqu’alors un résultat net positif. Commerzbank a gagné 2,3% après que le créancier allemand a annoncé un nouveau programme de rachat d’actions allant jusqu’à 1,2 milliard EUR (1,39 milliard de dollars). Deutsche Telekom a progressé de 1,1% après qu’Elliott a pris une participation dans la société.
En Suisse, le SMI a terminé la séance en hausse 0,22%. Le podium du jour se compose de Logitech (+3,3%), Givaudan (+2,4%) et Sandoz (+2,2%). Roche (+2,0%) a acquis auprès du chinois Simcere des droits sur un anticorps présentant un potentiel thérapeutique pour les maladies à médiation lymphocytaire B. Le bâlois devra verser jusqu’à 1,5 milliard de dollars. Nestlé (-1%) a fini dans le rouge. Le géant veveysan de l’alimentation a annoncé un investissement de 310 millions de francs suisses au Brésil.
En France, le PMI définitif des services s’est établi à 48,0 points, après 49,6 en juillet et 48,4 en première lecture. Les économistes interrogés par Reuters attendaient en moyenne 48,4. En zone euro, l’indice PMI des services, établi par S&P Global et HCOB, a légèrement reculé à 51,6 en août, alors que les économistes interrogés par Reuters tablaient sur un chiffre stable à 51,7, comme en première lecture et le mois précédent. Les prix à la production en zone euro ont progressé de 1,6% en juillet, après une baisse de 0,3% (non révisé) en juin et une anticipation moyenne des économistes de +1,2%. En Allemagne, l’indice définitif du secteur des services de l’enquête S&P Global/HCOB a reculé à 49,7 en août, contre 49,8 en juillet, mais nettement au-dessus de l’estimation initiale de 48,5. En Grande-Bretagne, l’indice PMI compilé par S&P Global/CIPS UK pour le secteur des services s’est établi à 52,5 en août, contre 52,1 en juillet, enregistrant ainsi sa plus forte progression depuis avril, mais restant inférieur au chiffre annoncé en première lecture (52,8).
En Europe, le « Bund » allemand à dix ans, une référence dans la zone euro, revenait à 3,34% contre 3,37% la veille. En France, les OAT à dix ans promettaient 4,20% de rendement aux investisseurs, contre 4,25% la veille. Jeudi, la France a emprunté 6,29 milliards d’euros à 4,23% sur dix ans contre 3,90% en août.
Aux Etats-Unis, le Nasdaq a mené la hausse, clôturant en hausse de 1,4%, contre un gain de 1,18% pour le Dow et une progression de 1,06% pour le S&P 500. L’indice des petites capitalisations Russell 2000 a enregistré une hausse plus modeste de 0,5%. Le secteur des biens de consommation discrétionnaires a progressé de 1,6%, menant ainsi la hausse des secteurs d’activité. Le secteur le plus à la traîne a été celui de l’énergie, qui a terminé en baisse de 0,7%. Alors que l’indice des semi-conducteurs n’a progressé que de 0,1% sur la journée, le secteur des logiciels et services du S&P 500 a gagné 2,97%. La performance la plus marquante a toutefois été enregistrée par les cryptomonnaies, le bitcoin ayant bondi de plus de 5%. Nvidia a progressé de 1,8% après avoir annoncé le rachat de la plateforme de développement Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, dans le but de concurrencer OpenAI et Anthropic. En revanche, le fabricant de puces Broadcom a reculé de 2,7% après avoir publié des prévisions de chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre inférieures aux attentes, rappelant que les entreprises au cœur de l’essor de l’IA ont la barre très haute à franchir. Snowflake a bondi de 16,6% après avoir annoncé des prévisions de chiffre d’affaires annuel solides, ce qui a redonné confiance à l’ensemble du secteur des logiciels. ServiceNow, Salesforce et Adobe ont progressé de 2,1% à 6,5% au cours de la journée. Les valeurs liées aux cryptomonnaies ont progressé après le rebond du bitcoin, qui a mis fin à deux séances consécutives de baisse. Strategy a bondi de 17,6% et Coinbase Global a grimpé de 10,1%. La plateforme de trading grand public Robinhood Markets a bondi de 16,6%.
Le gouverneur de la Fed, Christopher Waller, a déclaré à Reuters qu’il serait enclin à maintenir les taux d’intérêt directeurs inchangés si les prochaines données confirmaient un apaisement des pressions sur les prix, mais il a ajouté qu’il soutiendrait une hausse des taux si l’inflation ne parvenait pas à se calmer. Le rendement de l’obligation de référence à 10 ans des États-Unis a reculé de 3,8 points de base, s’orientant vers sa plus forte baisse depuis le 25 août, pour s’établir à 4,756 %. Le rendement de l’obligation à 30 ans a baissé de 2,8 points de base à 5,239%. Le rendement du Trésor américain à deux ans a chuté de 5,6 points de base, en voie de connaître sa plus forte baisse depuis le 13 août, à 4,33%.
Le dollar américain a accentué ses pertes suite aux commentaires de Waller. L’indice a reculé de 0,69% à 98,91, l’euro progressant de 0,41% à 1,1634 $. Le yen japonais progressait dernièrement de 2,08% à 155,47 pour un dollar. Il se rapproche du niveau de 155,21 qui constituait le sommet du yen après une intervention en juillet.
L’or au comptant a grimpé de 2,3% à 4’488,54 dollars l’once. L’argent au comptant a gagné 2,8%, le platine a progressé de 4,2% et le palladium a grimpé de 5,9%.
Ce matin en Asie : Le Nikkei 225 a débuté la séance à 64 498,94, progressant de 284,5 points, soit 0,4%. L’indice Hang Seng a progressé de 1,2 % tandis que l’indice Hang Seng China Enterprises a gagné 1,2 %.
Les cours du pétrole ont progressé et s’orientent vers leur gain hebdomadaire le plus important depuis la mi-juillet, alors que l’escalade des tensions et la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran accentuent les craintes sur les risques d’approvisionnement au Moyen-Orient. Le contrat à terme sur le Brent a gagné 15 cents, soit 0,2%, à 95,67 dollars le baril tandis que le brut américain West Texas Intermediate progressait de 26 cents, soit 0,3%, à 91,56 dollars. Sur l’ensemble de la semaine, le Brent a progressé de 7,1% et le WTI de 9,8%, s’apprêtant à enregistrer leurs plus fortes hausses depuis la semaine achevée le 20 juillet.
Coup d’œil sur Trump
Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu’il demanderait aux pays européens de rembourser les États-Unis pour l’aide militaire et les munitions précédemment envoyées à l’Ukraine dans le cadre de la guerre en cours contre la Russie, semblant par ailleurs signaler une suspension des ventes aux pays alliés. Dans une publication sur les réseaux sociaux, M. Trump a également critiqué les informations faisant état d’un épuisement important des stocks de munitions américains en raison du conflit impliquant l’Iran, tout en précisant que les États-Unis accéléraient la production et la constitution de réserves de munitions.
«Nous les gardons pour nous, les États-Unis, plutôt que de les vendre à d’autres, mais les ventes aux alliés reprendront bientôt», a écrit M. Trump.
«Des centaines de milliards de dollars ont été donnés gratuitement à l’Ukraine et à l’OTAN — des sommes que l’Europe aurait payées si on le lui avait simplement demandé; nous allons toutefois réclamer cet argent, bien qu’avec un certain retard!» a-t-il ajouté, pointant du doigt l’administration de son prédécesseur démocrate, le président Joe Biden.