Hier soir, le Brent est monté jusqu'à 99,46 dollars. Il a regardé les 100 dans le blanc des yeux, il a hésité trois secondes, et il est redescendu clôturer à 97,92, comme le type qui fait demi-tour en arrivant chez le dentiste. Ce matin il est à 99,33 et il a changé d'avis. Sixième séance de hausse d'affilée. Pendant ce temps le Dow plonge de 628 points, huit secteurs sur onze finissent dans le rouge, et le seul qui monte franchement c'est l'énergie.
L’Audio du 9 septembre 2026
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LA VERSION EXPRESS
Évidemment. La santé se fait massacrer de 2,5% parce que Novartis a réussi l’exploit de rater deux essais cliniques le même jour. Et le vrai rendez-vous de la semaine, c’est le CPI de vendredi — calculé sur le mois d’août, donc sur un monde où le baril était encore à 90. On va passer trois jours à commenter le relevé de compteur du mois dernier pendant que la facture de septembre gonfle toute seule.
Ce qui ne passe plus par Ormuz
Le prix affiché sur votre écran n’est pas l’information. L’information, c’est le trou. Avant la guerre, il transitait environ vingt millions de barils par jour par le détroit d’Ormuz. Le patron de Vitol estime qu’il en passe dix aujourd’hui — et pour une fois c’est un professionnel qui donne le chiffre, pas un politicien en train de chercher son boulier. La moitié. Dix millions de barils qui ne sortent plus tous les matins, ça fait cinq supertankers par jour qui ne lèvent jamais l’ancre, ou cinquante fois ce que la Suisse entière brûle en vingt-quatre heures.
Ajoutez les deux millions de barils russes que les drones ukrainiens ont retirés du marché, et il ne reste plus que les stocks pour tenir. Goldman parle ouvertement d’un scénario au-dessus de 120 dollars.
Et le vrai sujet, ce n’est même pas le brut, c’est le diesel : aux États-Unis, le gallon est à 5,90 dollars en moyenne avec des pointes à 8 dollars, le double en sept mois. Le diesel, c’est ce qui fait rouler l’économie — chaque yaourt de votre frigo a fait un bout de chemin dans un camion. Trump, lui, a promis ce week-end que le gallon repasserait sous les 2 dollars dès que l’Amérique aurait gagné la guerre. On se sent tout de suite mieux.
Novartis se prend le mur
Del-desiran, le traitement de Novartis contre la dystrophie myotonique de type 1, rate son critère principal en phase III : aucune différence significative avec le placebo. Le titre se fait défenestrer de près de 11%.
Sauf que le problème dépasse cet essai. Ce médicament venait d’Avidity Biosciences, rachetée DOUZE milliards, et il représentait à lui seul un tiers du pic de ventes projeté pour justifier ce prix. Traduction pour ceux qui ne font pas de M&A : vous achetez une maison de trois étages, vous payez cash, et vous découvrez à l’emménagement que l’étage du milieu est pourri et sans fenêtres. On a soudainement envie de vérifier les fondations. Le titre se paye plus de 16 fois les bénéfices 2027 contre moins de 13 pour le secteur : cet écart, il fallait le mériter, il vient d’être invalidé en une matinée. Mais c’est pas tout, Novartis a aussi déçu sur pelacarsen et Amgen s’est pris 10% par contagion. Et depuis juin, le narratif à la mode c’était la ROTATION vers les défensives. Hier, la défensive a fait -2,5% pendant que les semi-conducteurs montaient. Prends ça dans ta rotation.
L’obligataire, en trois lignes et un problème
Le 10 ans américain est à 4,79%, plus haut depuis novembre 2023, le 30 ans à 5,25%. Le détail qui compte : aujourd’hui le Trésor devrait au moins DOUBLER ses rachats d’obligations longues pour empêcher les rendements de monter — le même Trésor qui émet cette semaine 119 milliards sur le 3, le 10 et le 30 ans. On vend d’une main, on rachète de l’autre, en espérant que personne ne regarde les deux mains en même temps. Druckenmiller, le type qui a formé Bessent, a fait savoir publiquement qu’il trouvait ça complètement débile — et en général ce n’est pas le mentor qui a tort. Du coup le CPI de vendredi devient le seul juge de paix, avec 58% de probabilité d’une HAUSSE de 25 points de base la semaine prochaine.
Il y a aussi du bon
Et il y a eu quand même du bon. Dans les puces. ENCORE. Intel +9%, AMD +5,9%, Lumentum +11% et meilleure performance du S&P 500, Qualcomm +3,2% avec Amazon comme client ET actionnaire. Le SOX prend 68% sur l’année. Heureusement qu’ils sont là.
Sauf que pendant que l’indice des semi-conducteurs prenait 1,3%, Nvidia perdait 2%. Cette divergence-là, en dix ans, on l’a vue TROIS fois. Le marché achète les sous-traitants et les revendeurs de lasers tout en vendant la société censée être au centre de l’histoire. Soit c’est un élargissement sain de la hausse, soit c’est le moment où la foule commence à sortir par les côtés en essayant de ne pas faire de bruit.
Le programme
Futures américains quasi inchangés, la Corée à +1,4% grâce à Hynix et Samsung, Brent à 99,33, WTI à 94,36, or à 4’416. Et le cuivre qui signe un record absolu à 14’728 dollars la tonne, dont personne ne parle. Aujourd’hui : stocks EIA à 16h30, les rachats du Trésor, une adjudication du 10 ans et la keynote Apple en fin de journée. Demain : BCE, PPI et Oracle. Vendredi : le CPI. Moi, demain, je ne suis pas là — c’est le Jeûne genevois, donc tarte aux pruneaux, ce qui reste la façon la plus suisse de jeûner.
Dernière chose, trop belle pour la couper. Les Gardiens de la révolution ont annoncé mardi, photos à l’appui, avoir capturé « l’un des sous-marins sans pilote les plus modernes de l’armée terroriste américaine » à l’entrée d’Ormuz. Réponse américaine dans l’heure : vieux modèle, en panne, aucune donnée sensible, et de toute façon conçu pour être perdu — le fabricant précise même que l’engin est « attritable », un mot magnifique qui veut dire qu’on l’achète en sachant qu’on va le jeter. Et vous, vous ferez votre plein tout à l’heure en vous demandant pourquoi ça coûte si cher.
Ceci était la version courte
La vraie, celle où je raconte les huit tankers détruits en trois jours, les surtaxes canadiennes et un secrétaire au Trésor américain qui explique en public qu’il joue avec des cartes marquées sur le yen, arrive tous les matins à 7h dans les boîtes mail des abonnés de Morningbull.ch.
L’inscription prend onze secondes. Personne derrière pour vous vendre un fonds, une formation ou une méthode infaillible pour devenir riche depuis votre canapé. Juste un ancien trader qui se lève beaucoup trop tôt et qui raconte ce cirque depuis vingt ans sans demander la permission à personne.
Effet secondaire connu : la prochaine fois qu’on vous dira que le pétrole monte « à cause des tensions », vous serez le seul à savoir qu’il manque dix millions de barils par jour et que ça ne se répare pas avec un quart de point de taux.
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Passez une excellente journée, surveillez les stocks pétroliers de 16h30, et à vendredi !
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« C’est pas compliqué, en politique, il suffit d’avoir une bonne conscience, et pour ça il faut avoir une mauvaise mémoire ! »
Coluche