Hier, entre 12h14 et 12h18, heure de New York, Wall Street a vécu quatre minutes de bonheur pur. Une dépêche tombe : Washington et Téhéran discuteraient d'un accord « par étapes » pour rouvrir Ormuz. Les algorithmes sortent les cotillons et les traders le champagne. Sauf qu'on nous a vendu exactement le même accord en juin. Il avait tenu quatre semaines. Là, ça a tenu quatre minutes. Bilan : S&P 500 à -0,02%, Nasdaq à +0,01%. Zéro plus zéro, égale la tête à Toto. Et pendant que les actions font la sieste, le dix ans américain a touché 5,22%, du jamais vu depuis 2007, et le trente ans 5,50%, du jamais vu depuis 2004. Le marché actions dort. Le marché obligataire, lui, déménage.
L’Audio du 25 septembre 2026
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Hier, entre 12h14 et 12h18, heure de New York, Wall Street a vécu quatre minutes de bonheur pur. Une dépêche tombe : Washington et Téhéran discuteraient d’un accord « par étapes » pour rouvrir Ormuz. Les algorithmes sortent les cotillons et les traders le champagne. Sauf qu’on nous a vendu exactement le même accord en juin. Il avait tenu quatre semaines. Là, ça a tenu quatre minutes. Bilan : S&P 500 à -0,02%, Nasdaq à +0,01%. Zéro plus zéro, égale la tête à Toto. Et pendant que les actions font la sieste, le dix ans américain a touché 5,22%, du jamais vu depuis 2007, et le trente ans 5,50%, du jamais vu depuis 2004. Le marché actions dort. Le marché obligataire, lui, déménage.
Il ne se passe rien, et c’est bien le problème
Depuis 40 ans, quand les rendements explosent, le marché se fait défoncer. Et là : RIEN. Il flotte comme un bouchon de liège. Le pétrole fait l’inflation, l’inflation fait la Fed, la Fed fait les taux, et les taux font la gueule aux actions. Et un accord sur Ormuz ne ramènera pas le dix ans sous les 4% : l’inflation est déjà sortie du baril pour s’installer dans les salaires, les loyers et le prix du Big Mac. Et sous la surface, le Nasdaq compte 53 nouveaux plus hauts pour… 238 nouveaux plus bas. Trois éléphants portent l’indice sur leur dos, pendant que le reste du troupeau boite avec une meute de hyènes accrochée aux fesses.
Le Trésor américain est allé emprunter du pognon à sept ans, et il a dû payer, je cite, le rendement le plus élevé pour cette échéance depuis avril 1993. En avril 1993, j’avais un téléphone portable de la taille d’une brique et je croyais encore que je serais pilote d’hélicoptère.
Le détroit par étapes
L’accord « par étapes », Téhéran rouvre le détroit, Washington lève son blocus, c’est… exactement ce qui avait été signé le 17 juin, avant de s’effondrer. Téhéran veut qu’on lève d’abord le blocus, qu’on dégèle les avoirs et qu’on arrête la guerre « sur tous les fronts ». On est d’accord sur tout, sauf sur l’ordre dans lequel on fait les choses.
Et un peu sur les choses. Accepter les conditions iraniennes, pour l’agent orange, ce serait baisser son froc en public puis mettre un genou à terre. Pas sûr qu’il ait envie de passer encore un peu plus pour un clown. Sur le terrain, le week-end dernier, 17 navires ont franchi le détroit. Avant la guerre, il en passait 125 par JOUR. À six semaines des midterms, Téhéran a compris que sa meilleure arme, ce ne sont pas ses missiles. C’est le prix à la pompe dans l’Ohio.
Le Rafale à la pompe
Emmanuel Macron envoie des soldats, des radars et des systèmes de défense pour protéger la raffinerie de Yanbu, chez son ami le prince-boucher saoudien, par où passe une bonne partie du diesel européen. Tout en jurant que la France « ne s’implique dans aucun conflit ». On envoie des soldats protéger une raffinerie qu’un missile vient de toucher, mais on ne s’implique pas. C’est le type qui monte sur le ring avec des gants en jurant qu’il est juste venu regarder.
Des pandas et du granit
Le sommet Trump-Xi ? Si vous aimez les cérémonies, c’était Noël. Tapis rouge, défilé aérien, et cette synthèse de la pensée chinoise signée Trump : « Il adore le beau granit ». Xi a offert deux pandas au zoo d’Atlanta. Le seul accord solide de la semaine, c’est celui sur les pandas. Trump, lui, dit s’être lié d’une amitié profonde et sincère. En 24 heures. Le mec est vraiment balaise. Ou complètement con. Je vous laisse choisir.
Force majeure
Oracle a envoyé une notification de « force majeure » au promoteur de son data center géant du Nouveau-Mexique, pièce maîtresse de Stargate, 165 milliards de dollars. La force majeure, c’est normalement pour les tremblements de terre et les météorites. Là, c’est pour un tuyau : 27 kilomètres de gazoduc bloqués par une administration qui refuse de signer. L’avenir de l’humanité tient dans un coup de tampon. La première vraie fissure de l’IA ne vient ni des puces ni de la demande. Elle vient de la plomberie.
Le programme
Futures en léger recul, Nikkei +1,2%, Hong Kong -1,5%. Brent vers 105,80, or autour de 4’300, dix ans à 5,19%. Aujourd’hui : biens durables à 14h30, confiance du Michigan à 16h00, et deuxième journée de Xi à Washington. Mais le vrai rendez-vous, c’est encore le dix ans. Tant qu’il monte, le reste c’est du détail.
Ça, c’était la version courte. La vraie chronique tombe tous les matins avant l’ouverture, et elle contient tout ce qui n’a pas tenu ici : la théorie du thermostat qui a encore frappé à 12h14 pile, le secrétaire au Trésor qui défiait les traders de parier contre lui et qui est en train de perdre son pari, l’intervention télévisée de Macron et le coiffeur de Brigitte, le cash-flow d’Oracle qui fait passer le mot « fragile » pour un compliment et la marge d’un fabricant de puces mémoire qui frise le hold-up. Pour la lire avant l’ouverture, et soutenir un type qui avale 80 pages de dépêches à 4h du matin pour que vous n’ayez pas à le faire, c’est sur Morningbull.ch. Vous avez tout le week-end pour vous abonner, et lundi, la version complète vous attendra avec le café.
Dernière chose : interrogé hier soir, le président iranien a déclaré très sérieusement : « Nous n’avons pas fermé le détroit d’Ormuz », avant de préciser qu’il était « ouvert sans aucune justification légale ». Donc Ormuz n’est pas fermé, il a juste cessé d’être ouvert illégalement. Pensez-y en faisant le plein ce week-end. Ça fait moins mal ? Oui, à moi aussi…
Passez une excellente journée, un très bon week-end, et on se revoit lundi pour savoir si l’accord par étapes a franchi sa première marche. Ou si Trump nous a inventé un nouveau truc entre-temps.
À lundi !!!
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« En sciences économiques, ceux qui ont le pouvoir d’apporter les solutions font justement partie du problème. » — Didier Hallépée