LA VERSION EXPRESS Lundi, Labor Day aux États-Unis. Actions fermées, obligataire fermé, volumes misérables. Heureusement, la guerre du détroit d'Ormuz, elle, n'a pas pris son week-end : l'Amérique a coulé un pétrolier iranien, désarmé deux autres, l'Iran a répliqué sur trois, on s'est tiré dessus au missile balistique autour d'un porte-avions américain. Résultat sur le prix du baril : plus 0,5%. On peut se balancer des roquettes dans la voie maritime qui laisse passer 20% du pétrole mondial, le marché hausse les épaules comme s'il se fournissait ailleurs depuis longtemps. Escalade militaire majeure, baril à 96 dollars, et zéro possibilité d'appuyer sur un bouton.
L’Audio du 7 septembre 2026
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Un bateau, samedi
L’amiral de Centcom a résumé la doctrine avec une élégance de comptable : vous tirez sur deux des nôtres, on en détruit trois des vôtres. Téhéran a répliqué dimanche en annonçant trois pétroliers touchés et un drone de surface, en prévenant que l’époque des « réponses proportionnées » était finie, et en promettant une nouvelle zone d’interdiction maritime À L’EXTÉRIEUR du détroit. On ne se contente plus de fermer Ormuz, on ferme aussi la salle d’attente d’Ormuz.
Et là, savourez. Dimanche, le secrétaire américain à l’Énergie a fait tous les plateaux télé pour expliquer que le trafic dépassait 9 millions de barils par jour, qu’on était revenu à « deux tiers ou plus des flux d’avant-guerre » et que « l’US Navy est en train de gagner cette bataille ». Pendant ce temps, les gens qui comptent les bateaux pour de vrai comptaient : dix navires de commerce par jour, le plus bas depuis mai, et UN SEUL samedi. Un. Ajoutez un président qui qualifiait vendredi ce conflit de « small potatoes » et un vice-président qui refuse d’employer le mot « guerre » — pour dix-huit militaires américains morts depuis février — et vous comprenez les sondages à deux mois des midterms.
Le chiffre qui compte n’est pas dans le détroit, il est à la pompe : l’essence américaine a touché 4,15 dollars le gallon vendredi, record pour un mois de septembre, le diesel un record absolu à 5,88. C’est le seul indicateur économique que l’Américain consulte tous les jours sans le vouloir, en grand, en lumineux, au bord de la route. Et dimanche, l’OPEP+ a décidé de ne rien faire.
Le marché tourne sans conducteur
L’Asie a décidé que tout allait bien. Nikkei +2,2%, Kospi +2,9% tirés par Hynix et Samsung, Hong Kong dans le coma. La raison ? Ni la géopolitique, ni les taux, ni le baril : OpenAI a annoncé GPT-6, le SOX a pris 3,4% vendredi, et toute la mémoire asiatique s’est enflammée derrière. Les tensions militaires reprennent dans le détroit, et le marché achète des fabricants de puces coréens parce qu’un modèle d’IA est passé de 5 à 6.
Ce que le marché VEUT croire, c’est que l’IA paiera pour tout. La guerre, l’inflation, la dette, les taux à 5%, les tankers qui coulent — tout devient supportable si la productivité explose. C’est une thèse, elle n’est pas idiote, elle est juste invérifiable pour le moment.
L’addition, vite fait, puisque c’est fermé
Le 30 ans américain traite à 5,247%, plus haut depuis 2007. Le 10 ans à 4,789%, en hausse de 60 points de base depuis le 1er janvier. Mettons un chiffre en face : chaque point de base coûte environ 4 milliards de dollars par an au Trésor américain. Soixante points de base, ça fait 240 milliards de charge annuelle en plus, uniquement parce que la courbe a bougé. Le service de la dette tourne déjà autour de 1’200 milliards par an, soit à peu près un dollar d’impôt sur cinq.
Mercredi, le Trésor annoncera un programme de rachat de sa propre dette longue pour faire baisser les taux longs, pendant que la banque centrale envisage de monter les taux courts. Deux mecs de la même équipe qui ne sont pas d’accord sur le but dans lequel il faut tirer.
L’emploi qui n’en est pas un
162’000 emplois créés en août contre 53’000 attendus. Se tromper de 200% sur son propre marché du travail, plus personne ne le relève. Mais ouvrez le communiqué : sur ces 162’000 postes, 103’000 viennent de l’hôtellerie-restauration saisonnière et des enseignants embauchés avant la rentrée. Presque les deux tiers. Et le secteur des technologies de l’information — celui qui est censé être en surchauffe à cause de l’IA — a PERDU des emplois.
L’IA fait donc bien son job : détruire des postes. Pendant ce temps, les salaires progressent de 3,1% sur un an contre une inflation à 3,4% : le salarié américain ne déclenche pas de spirale inflationniste, il perd du pouvoir d’achat en travaillant plus. Le tout dans une économie dopée à la dette, avec un déficit fédéral mensuel qui a quadruplé en juillet à 432 milliards — l’équivalent de 3’200 dollars de reconnaissance de dette signés au nom de chaque foyer américain, en trente jours. Pour recruter des serveurs et des profs.
J’ordonne et j’exige
Vendredi, Papy Trump a balancé sa bombe avant de partir en week-end prolongé : « BAISSEZ LES TAUX OU J’ARRÊTE DE COMMERCER AVEC LES PAYS AVEC LESQUELS NOUS AVONS UN DÉFICIT. » Rappelons que Warsh a été nommé par Trump et qu’il a passé son été à expliquer qu’il faudrait plutôt MONTER les taux. Et si Trump exécute sa menace, ferme les frontières et dynamite les chaînes d’approvisionnement, l’inflation explose — et Warsh devra monter les taux encore plus.
Jeudi, la BCE montera son taux de dépôt à 2,50% avec une probabilité de 99,2% — le communiqué de Madame Lagarde doit déjà être écrit. Réunion exceptionnellement tenue à Berlin, joyeuse coïncidence au moment où l’AfD rafle 44,4% des voix en Saxe-Anhalt contre 18,3% aux conservateurs de Merz, avec plus de 80% de participation. Surveillez le Bund, il aura peut-être un avis.
Le programme
Futures américains stables, Brent à 96,77 après +7,8% sur la semaine, WTI à 91,94 après presque 10%, l’or à 4’453, le yen à 156 porté par les paris sur une hausse de la Banque du Japon le 18. BCE jeudi à 14h15, conférence de presse à 14h45 avec les nouvelles projections, PPI américain le même jour. Et surtout le CPI américain vendredi à 14h30, LE rendez-vous de la semaine puisqu’il tombe cinq jours avant la Fed. Consensus à 0,4% sur le mois, 3,4% sur un an, core à 2,4%.
Jeudi dernier, le Département du Travail américain a publié un chiffre qui n’a fait aucun titre : la part du travail dans le produit intérieur brut est tombée à 52,8%. Le plus bas de toute l’histoire de la série, qui commence en 1947. Le Département du Travail a donc annoncé aux travailleurs américains qu’ils n’avaient jamais aussi peu compté depuis quatre-vingts ans, exactement trois jours avant qu’on ferme la Bourse de New York pour célébrer la fête du Travail. Bon lundi.
Ceci était la version courte
Vous venez de lire l’express. La vraie, celle où je prends le temps de démonter les chiffres un par un et d’expliquer pourquoi un secrétaire à l’Énergie peut annoncer 9 millions de barils par jour pendant qu’un seul bateau traverse, elle arrive tous les matins à 7h dans les boîtes mail de ceux qui se sont abonnés sur Morningbull.ch.
Ça prend onze secondes. Le seul effet secondaire connu : c’est qu’à la machine à café, vous serez celui qui sait que la marine américaine escorte neuf millions de barils par jour avec un bateau.
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Passez une excellente journée et à demain !!!
Thomas Veillet
Investir.ch
« The moment we begin to fear the opinions of others and hesitate to tell the truth that is in us, and from motives of policy are silent when we should speak, the divine floods of light and life no longer flow into our souls. »
Elizabeth Cady Stanton