Le Dow prend 530 points, le Nasdaq fait zéro, et à 22h30 Elon Musk rallume la lumière. Le marché ne croit plus à l’IA le jour. Il y recroit la nuit.
L’Audio du 21 octobre 2026
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Hier, Wall Street a passé la journée à fuir la thématique de l’IA pour aller se planquer dans les Post-it, les cartes Magic et les médicaments contre l’obésité. Et puis Elon Musk a annoncé qu’il allait claquer 40 milliards en trois mois, que tous les géants du cloud le « harcelaient sans relâche » pour louer ses puces, et que SpaceX pourrait tourner à 1’000 milliards de rythme annuel fin 2027. Le monde a changé. Encore une fois. L’action a explosé de 8% après la clôture, la Corée grimpe de plus de 3% ce matin, et tout le monde a oublié en dix minutes ce qu’il avait vendu pendant dix heures. Le vrai sujet du jour, ce sont les résultats de Meta et Tesla ce soir.
La grande évasion
Pendant la séance, le Dow a pris 1%, le S&P 500 0,3%, et le Russell 2000, l’indice des petites capitalisations que tout le monde avait oublié dans un coin du garage, s’est envolé de 1,7%. C’est sa meilleure séance depuis le 4 août. La santé termine à un record historique, parce que quand on ne sait plus quoi faire, il reste toujours les gens qui veulent maigrir sans arrêter le fromage et le dessert. Neuf secteurs sur onze dans le vert, deux fois et demie plus de titres en hausse qu’en baisse : un vrai marché sain, avec tout le monde à bord et pas seulement les trois mêmes milliardaires de la tech. Et le plus drôle, c’est qui a mené la danse.
3M, le fabricant de Post-it, prend 6%, notamment parce qu’Amazon a obtenu le droit d’acheter 3,16 millions de ses actions dans le cadre d’un partenariat… dans les data centers. Même le petit carré jaune collé sur le miroir de la salle de bain possède maintenant une « exposition à la SUPER-INTELLIGENCE ». Hasbro bondit de 11% parce que Magic: The Gathering vient de dépasser pour la première fois 600 millions de dollars de chiffre d’affaires en un trimestre. Le marché a fui les data centers à 40 milliards pour se réfugier dans les cartes à jouer.
Côté résultats, on frôle la stratégie du pile ou face. Equifax publie un chiffre d’affaires simplement en ligne, ABAISSE ses prévisions… et bondit de 11%. GE Aerospace bat le consensus de 12%, RELÈVE ses prévisions… et perd 3,7%. C’est la quatrième fois d’affilée que GE publie au-dessus des attentes et se fait défoncer derrière. General Motors bat aussi, annonce un rachat d’actions de 20 milliards, et se prend 6,8% dans les dents parce que ses prévisions sont 17 cents sous le consensus. Fondamentalement, les chiffres sont bons. Psychologiquement, c’est une autre histoire.
Pendant ce temps, chez Elon
Je pourrais m’arrêter à « il y a eu SpaceX », parce qu’au niveau de fanatisme où nous en sommes, ça suffit amplement à expliquer les 8%. Musk est un DIEU, et il faut le dire haut et fort. Mais avant de le canoniser, il faut reconnaître que les chiffres sont spectaculaires : 14,6 milliards de chiffre d’affaires, +161% sur un an, contre 12,9 attendus. La division IA, rebaptisée « Super Intelligence » parce que « location d’ordinateurs », ça faisait moins rêver, pèse désormais plus de la moitié des ventes. Les fusées ? 12%. Premier bénéfice depuis la cotation, 4,4 milliards. Et pour le premier trimestre 2027, la société vise entre 33 et 37 milliards de ventes, quand le consensus en attendait 22.
Mais le meilleur, c’est la facture. DONC, pour le quatrième trimestre SEULEMENT, SpaceX va dépenser entre 35 et 40 milliards de dollars en infrastructures. En TROIS MOIS. Wall Street en attendait 19. Ça fait à peu près 5’000 dollars par seconde : le temps que vous finissiez votre café, ils auront dépensé 900’000 dollars. Et Elon voit le rythme annuel de chiffre d’affaires atteindre « entre 500 et 1’000 milliards » fin 2027, avant de préciser, en rigolant, qu’il ne voulait pas « donner une crise cardiaque » à son directeur financier. Traduction pour les gens normaux : il faut multiplier les ventes mensuelles par huit en quatorze mois. Le titre se paie déjà 106 fois les bénéfices attendus. Cerise sur le gâteau, SpaceX et Tesla ont formé des comités spéciaux pour étudier une fusion.
Deux vérités pour le prix d’une
Le problème, c’est que le même jour, le marché a cru deux histoires qui s’opposent. SpaceX explique que le prix de la puissance de calcul monte et qu’une installation est remboursée en moins d’un an. Une grande banque estime que CoreWeave, qui loue exactement les mêmes puces Nvidia aux mêmes clients, encaissera l’an prochain environ 70% de moins par mégawatt. Ou alors les deux ont raison, et c’est pire : le même business est excellent pour celui qui a 90 milliards de cash au bilan, et mortel pour celui qui doit emprunter pour acheter chaque puce. Pour assurer 10 millions de dollars d’obligations CoreWeave contre un défaut, il faut aujourd’hui payer 1,1 million par an. En gros, le marché obligataire voit plus d’une chance sur deux de faillite d’ici cinq ans. Et pourtant, après SpaceX, l’action prenait 5% hier soir. Le marché obligataire dit « faillite probable », le marché actions dit « super nouvelle ». Reste à voir qui aura raison.
L’obligataire
Le 10 ans américain recule à 5,09%, surtout parce que le pétrole s’est retourné. Mais dans un sondage, 100 économistes sur 100 prévoient une nouvelle hausse de la Fed en décembre. Il y a un mois, ils étaient moins de la moitié. Les économistes n’ont pas la réputation d’avoir raison tout le temps, mais ce serait quand même dommage qu’ils aient TOUS TORT en même temps. La facture arrive déjà dans l’immobilier : les promesses de vente sont tombées à leur plus bas depuis le début des statistiques, en 2001, avec un taux hypothécaire à 7,4%. Concrètement, c’est 400 dollars de plus par mois pour la même maison, et l’affaire tombe à l’eau. En Europe, l’écart entre les taux français et allemand signe sa plus haute clôture depuis 2011, et l’assurance contre un défaut de la France est au plus haut depuis 2013. Paris continue d’inquiéter, et pas seulement à cause des vitrines.
Le programme
Les futures américains sont en hausse, +0,3% sur le S&P et +0,7% sur le Nasdaq, l’effet SpaceX. La Corée grimpe de plus de 3%, au point que Séoul a dû suspendre brièvement le trading automatique, à la hausse cette fois. Le Nikkei prend environ 1%, CATL se fait démolir de 9% à Hong Kong. Le Brent est vers 110 dollars, le 10 ans américain à 5,09%. Au programme : l’inflation britannique à 8h00, les stocks pétroliers américains à 16h30, l’adjudication de 20 ans du Trésor à 19h00, puis après la clôture Tesla, IBM et Meta, LES rendez-vous de la journée.
Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. Netflix, qui a cessé de publier ses abonnés et range maintenant ses heures de visionnage au placard, la bonne vieille technique de la balance de salle de bain. L’Iran, qui a inventé la contravention maritime payable à l’explosif. Le supertanker qui coûte aujourd’hui sept fois plus cher qu’il y a un an pour faire exactement le même voyage. Macron qui revient du Golfe avec une promesse de diesel qui couvre à peu près deux jours de consommation française par mois. Super Micro qui s’est trompé de 27% sur ses propres ventes, trois semaines après la fin du trimestre. L’introduction en bourse coréenne qui « rebondit » de 30% et laisse quand même ses acheteurs 12% dans le rouge. Et surtout, l’histoire du jour : comment Elon Musk aurait bridé Starlink pour l’armée ukrainienne, pendant que Trump jure qu’il aimerait bien savoir qui a donné l’ordre.
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Passez une excellente journée, et on se voit demain, si Musk le veut bien !
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« Les prévisions vous en disent beaucoup sur celui qui les fait ; elles ne vous disent rien sur l’avenir. »
Warren Buffett