En pleine saison des résultats, on vit en décalé. Hier, on a passé la journée sur les chiffres de la veille au soir, et ce matin c’est déjà la fournée suivante qui fait la une. Hier, c’est SpaceX qui a sauvé le monde. Elle n’a envoyé personne sur Mars, elle n’a pas trouvé d’eau sur la Lune, mais elle a gagné de l’argent en LOUANT DES ORDINATEURS.
L’Audio du 22 octobre 2026
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Il n’en fallait pas plus pour que toute l’IA reparte à la hausse et que le Nasdaq prenne 1,1% comme si la semaine dernière n’avait jamais existé. Le soir, Meta et Tesla ont publié. Les deux ont battu les attentes, et un seul des deux a été récompensé. Pendant ce temps, Washington demandait à ses diplomates de quitter l’Arabie saoudite et le Brent repassait au-dessus de 110 dollars. Si je résume, le marché a racheté l’IA sur la foi d’une fusée reconvertie en loueur de serveurs, et il a ignoré une ambassade qui fait ses valises.
Le retour du grand frisson
Il y a dix jours, l’IA était en train de mourir. CoreWeave se faisait démolir, les semi-conducteurs alignaient huit séances de baisse, et les EXPERTS nous expliquaient que la rentabilité restait « à démontrer ». Hier, la démonstration est arrivée. SpaceX a pris 7,8%, soit environ 150 milliards de capitalisation en une séance. Pour ce prix, on rachète tout UBS et il reste de quoi partir en week-end à Zermatt. Super Micro a relevé sa prévision de chiffre d’affaires de 4 milliards d’un coup, ce qui ressemble moins à un ajustement qu’à un ratage monumental de la compta, et le titre prend 9,6%. Nvidia gagne 2,5% avec des data centers « déployables en quelques jours », comme une tente Quechua. Sauf que sans la tech, le S&P aurait fini inchangé.
Et sur le Nasdaq, il y a eu 53 nouveaux plus hauts sur un an contre 216 nouveaux plus bas. Ça fait quatre fois plus de titres au fond du trou qu’au sommet, avec des indices qui frôlent les records. C’est une toute petite partie de la cote qui tient le marché. Tout va bien tant qu’elle tient le coup, et le jour où elle craque, ce sera un GROS PROBLÈME. Pour info, sur Polymarket, on peut désormais parier sur l’éclatement de la bulle avant le Nouvel An, avec la même appli que pour un match de foot. Les parieurs y voient 10% de chances.
Pendant ce temps, chez Zuckerberg
Meta a publié 64,6 milliards de chiffre d’affaires, en hausse de 26%, son 17ème trimestre consécutif au-dessus des attentes. La pub marche du feu de Dieu. Mais il faut prendre le temps de lire la suite, parce que pour la première fois depuis 2012, le free cash flow de Meta est NÉGATIF, et les analystes ne le voient pas redevenir positif avant 2029. En 2012, j’expliquais avec beaucoup d’assurance qu’une boîte qui vend des « likes » ne vaudrait jamais rien. Le titre vaut 700 dollars aujourd’hui. Personne n’est parfait. Les investissements de l’année sont attendus jusqu’à 145 milliards, soit à peu près 4’600 dollars par seconde, jour et nuit, week-end compris.
Tout ça pour Muse, l’agent IA qui touche moins d’un utilisateur de Meta sur mille. Le même jour, un juge du Nouveau-Mexique a infligé à Meta 25 milliards d’amende pour avoir menti sur l’utilisation des données de ses utilisateurs, pendant que Meta leur demande de confier à Muse leurs emails et leurs relevés bancaires. Condamnée pour abus de confiance le matin, la main tendue vers votre compte en banque le soir. Pour finir en beauté, Meta crée des actions SANS droit de vote. Vous financez l’aventure, et en échange vous avez le droit de fermer votre gueule à l’assemblée générale. Le titre prend 2 à 4% après la clôture. Évidemment.
Claquettes dans un champ de mines
Chez Tesla, les résultats battent les attentes, la marge auto remonte et le cash redevient positif. Le titre avait pris 3,4% en séance sur l’espoir d’une fusion avec SpaceX. Puis l’appel avec les analystes a commencé par cette phrase : « nous ne répondrons à aucune question sur une éventuelle fusion avec SpaceX ». Le seul sujet qui intéresse les gens était interdit, et c’était un seau d’eau glacée sur la foule en délire. Musk a ensuite demandé de « tempérer les attentes » sur le robot Optimus, il a repoussé les revenus des robotaxis à 2027 et il a annoncé une usine de puces à « bien plus de 100 milliards », sans savoir qui paiera. Le titre perd 4% après la clôture. Ce qui me fascinera toujours, c’est que le gars repousse tout depuis des années et que personne ne lui en tient rigueur. On ne contredit pas un « visionnaire ».
Les résultats d’hier soir, vite fait
Lam Research a publié un trimestre record avec des prévisions au-dessus du consensus, et le titre perd 6 à 7%. Il avait pris 80% en un an, donc battre les attentes, c’est devenu le minimum syndical. Netflix perd 5,3% et AT&T 6,5%, parce que SpaceX, avec ses nouvelles fréquences, va paraît-il manger le gâteau des opérateurs télécoms. Depuis 24 heures, SpaceX est la solution à tout. Bientôt, elle fera revenir l’être aimé, réglera l’Iran et l’Ukraine avant Trump, et Musk recevra le Nobel de la Paix en 2027.
L’obligataire
Le 10 ans américain est à 5,10% et le 30 ans à 5,38%, et personne ne réagit, comme si 5% était devenu normal. Le Trésor a dû payer plus que prévu pour placer ses obligations à 20 ans. Ce n’est pas un signal d’alarme, mais méfiance quand même. Le meilleur est en Europe, où le 10 ans français dépasse 5% pour la première fois depuis 2002. La France emprunte donc au même taux que les États-Unis, sans l’armée américaine, sans le dollar et sans la Silicon Valley. La fin de règne commence à sentir le pâté en croûte pas frais.
Le pétrole ne lit pas les statistiques
Les exportations du Golfe sont revenues à 10% de leur niveau d’avant-guerre, et pourtant le Brent a pris près de 10% ce mois-ci. La raison est probablement politique. Trump a promis de ne pas attaquer l’Iran avant les élections du 3 novembre, juste le temps de se faire défoncer dans les urnes, et le New York Times révèle que les frappes doivent s’intensifier APRÈS. Le marché ne paie donc pas le pétrole d’aujourd’hui, il paie celui du 4 novembre. Mention spéciale à cette banque qui annonce, avec un brushing impeccable, un Brent à 74 dollars en cas de paix et à 130 en cas de guerre. C’est aussi utile que de prévoir entre moins 10 et plus 40 degrés à Genève l’an prochain.
Le programme
Ce matin, les futures reculent de 0,4% sur le S&P et de 0,7% sur le Nasdaq, à cause de Tesla et Lam. Le Nikkei a ouvert dans le rouge avant de se reprendre. Le Brent est au-dessus de 110 dollars. Nestlé et Roche ouvrent le bal ce matin et donneront le ton au SMI. Ensuite viennent Procter & Gamble, Lockheed Martin et Honeywell avant l’ouverture américaine, puis Western Digital après la clôture, qui sera LE test du jour pour le délire autour des puces mémoire.
Et ce soir à 18h00, webinaire gratuit chez Swissquote avec Marco Rastaldi et votre serviteur, sur les matières premières et la hausse des prix agricoles, avec du temps pour vos questions.
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Ceci, c’était la version EXPRESS. Celle qu’on lit entre deux gorgées de café, pendant que l’ascenseur arrive. La version intégrale, avec tout ce que j’ai dû couper (les vrais chiffres de Meta, les détails de la fusion Musk-Musk, le pourquoi du pétrole et toutes les digressions qui ne servent à rien mais qui font du bien), elle vous attend tous les matins sur Morningbull.ch.
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À demain !!!
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« Les hommes d’affaires sont comme les requins, pas seulement parce que nous sommes gris et légèrement huileux, mais parce que nous devons avancer ou mourir. »
Stanley Bing