Le S&P 500 a signé sa pire séance depuis juillet. Le Nasdaq s’est pris 2,6% dans les dents et les semi-conducteurs plus de 6%. Sauf que par la magie des pondérations, 322 des 500 membres de l’indice ont fini dans le VERT, le Dow Jones est inchangé, des fabricants de soupe en boîte ont pris 8% et les biens de consommation ont signé un record historique. Le sujet « panique » du jour, c’est que Meta a brûlé du cash pour la première fois depuis son entrée en bourse, ce qui, ENCORE UNE FOIS, vient d’ouvrir le procès de l’IA. Pendant ce temps, le Brent tape les 114$ et l’Arabie saoudite évacue le siège d’Aramco. En 2026, on ne fuit plus la bourse. On fuit Nvidia pour s’acheter de la soupe.

L’Audio du 23 octobre 2026

Télécharger le podcast

Deux marchés pour le prix d’un

On n’a pas vu un krach, on a vu une rotation de secteur dans sa forme la plus pure. Les gens ont pris leur pognon dans la poche gauche, où c’est écrit « IA », pour le mettre dans la poche droite, où c’est écrit « dentifrice, lessive et céréales », c’est-à-dire des trucs dont on a vraiment besoin, bien plus qu’un data center à plusieurs milliards. Le S&P équipondéré et le SOX partent dans des directions opposées depuis HUIT semaines d’affilée, du jamais vu depuis le milieu des années 90.

On a un indice qui ne représente plus le marché, mais dix sociétés et une grosse croyance collective. Quand la croyance tousse, l’indice se prend une pneumonie. Le problème, c’est qu’une rotation aussi violente finit en général par s’arrêter d’un coup, le jour où il n’y a plus de poche où ranger l’argent. Ce jour-là, on appelle ça un bain de sang. On n’y est pas. Mais il n’est ABSOLUMENT pas certain que les vendeurs de soupe fassent diversion assez longtemps pour nous sauver les fesses.

Meta, ou l’art de dépenser plus qu’on ne gagne

Sur le papier, le trimestre de META était bon : 64,6 milliards de chiffre d’affaires, en hausse de 26%. Sauf qu’il y a une ligne plus bas sur laquelle tout le monde a fait une fixette. DONC, au troisième trimestre, Meta a dégagé un free cash flow de, je cite, MOINS 2,1 milliards de dollars. Une première depuis l’IPO de 2012, à l’époque où ça s’appelait encore Facebook. La raison, c’est 35 milliards d’investissements en un seul trimestre. Une Porsche 911 Turbo S avec toutes les options chaque minute. Je vous laisse imaginer la taille du garage pour stocker 60 Porsche par heure.

Ajoutez à ça un budget annuel relevé à 135-145 milliards, des « centaines de milliards » à lever, des actions SANS droit de vote, une charge de 9,9 milliards pour solder les procès sur la santé mentale des ados et des CDS à un record historique. Résultat, moins 7% et un « courage, fuyons » général.

L’effet domino

Ensuite, Elon Musk a RÉDUIT son budget d’investissement de 25 à 20 milliards, et Lam Research a publié des prévisions décevantes (moins 11,8%). AMD et Intel ont perdu 8%, Micron 6,3%, Nvidia 4,4%, et TOUS les titres de l’indice des semi-conducteurs ont fini dans le rouge. Le SOX est à plus de 26% sous ses sommets de juin, ce qui s’appelle officiellement un BEAR MARKET. Et comme le SOX est réputé être un indicateur avancé, le reste des indices pourrait bien finir par suivre. Le plus drôle, c’est que Sandisk affiche toujours environ plus 430% depuis janvier et Micron plus 200%. Avec autant de gains sur la table, la tentation de passer à la caisse devient irrésistible.

Jensen Huang jure qu’il n’y aura pas de surproduction de mémoire avant 2029. Le type qui vend les pelles vous garantit qu’il n’y aura pas trop de pelles. En Corée, le Kospi a perdu 21% en octobre, et SK Hynix renonce à l’IPO de sa filiale Solidigm. Il y a quinze jours, on construisait des usines de mémoire. Ce matin, on annule le financement.

Un trillion, sinon rien

OpenAI lève 30 milliards, surtout dans le Golfe, sur une valorisation de 1’250 milliards. En début de semaine, ils en demandaient plus de 1’400. C’est la première correction de 10% d’une société non cotée, sans écran et sans vendeur. Lever 30 milliards dans le Golfe au moment où le Golfe se prend des drones sur la tête, c’est quand même un timing assez osé.

L’obligataire, la France et le plan B

Le 10 ans américain a perdu près de 20 points de base, à 4,95%, son plus gros plongeon depuis la faillite de SVB. La semaine dernière, on nous jurait que 5% était le nouveau plancher. Il a suffi que Meta crache un morceau de poumon pour que tout le monde revienne en courant. Le 2 ans perd 18 points de base : le marché se dit que si l’IA se dégonfle, Kevin Warsh n’aura peut-être pas besoin de serrer les boulons aussi fort. Les constructeurs de maisons ont pris 5 à 7% parce que le taux hypothécaire est passé de 7,44% à 7,32%. Pas sûr que ça me décide à acheter sur les collines de Malibu. En France, l’OAT à 10 ans finit à 5,07%, plus haut depuis 2002 et AU-DESSUS du 10 ans américain. Paris emprunte désormais plus cher que l’Italie, ce qui mérite une place dans les livres d’histoire. Et pendant ce temps, Macron continue d’être le Président le plus déconnecté de la réalité depuis l’invention même de la réalité.

Côté pétrole, les Houthis frappent l’Arabie saoudite à un rythme inédit, le siège d’Aramco a été évacué et Washington rapatrie son personnel non essentiel. L’Arabie, c’était le plan B si Ormuz tournait mal. Aujourd’hui, c’est le plan B qu’on évacue. Ma contradiction préférée : Tonton Donald promet que le pétrole baissera « immédiatement » après les midterms, pendant que le New York Times révèle des plans de frappes sur l’Iran… juste après les midterms. Pour faire baisser la pompe, la Maison Blanche a ressorti une loi de la Guerre froide. Réaction du baril : moins 0,07%. Ça fait cher le dépoussiérage électoral.

Les résultats, vite fait

Moderna s’est effondré de 17,6% après une fuite des résultats de son vaccin contre le mélanome : 42% de réduction du risque de récidive ou de décès. Un vaccin contre le cancer qui MARCHE, exactement comme prévu, et c’est bien le problème quand l’action a déjà été multipliée par six. Lockheed Martin prend 7% avec 62 milliards de commandes en trois mois, dont 850 F-35 (en espérant que les Ricains auront une meilleure version que celle qu’on nous a refilée en Suisse). La guerre, c’est mauvais pour l’humanité et excellent pour la comptabilité. Bloom Energy publie des ventes en hausse de 138% et perd 5,5% parce que son free cash flow vire au rouge. C’est LA leçon de la semaine : le marché ne lit plus la première page des résultats, il saute directement au tableau des flux de trésorerie.

Pour conclure

Le marché a découvert que l’IA coûte de l’argent. Beaucoup d’argent. Et qu’il faut bien que quelqu’un paie : l’actionnaire sans droit de vote, l’obligataire ou le fonds souverain du Golfe entre deux alertes aux drones. La semaine prochaine, on aura Microsoft, Amazon, Alphabet et la Fed, puis les élections américaines, qui marqueront soit la baisse du pétrole, soit la reprise des bombardements. Ce matin, les futures sont stables, le Nikkei recule de 2%, le Kospi aussi, et Taïwan est fermé pour typhon, ce qui est probablement la meilleure chose qui pouvait arriver à TSMC. Au programme, les PMI américains à 15h45 et le Michigan à 16h00.

Dernière chose : l’Arabie saoudite a reporté à 2027 son « Davos du désert ». Les patrons de Wall Street vont donc passer la fin octobre au bureau, à s’occuper de votre portefeuille. Je ne sais pas vous, mais moi, ça ne me rassure pas du tout.

Vous venez de lire la version EXPRESS. La version complète, c’est le double de chiffres, de contexte et de mauvaise foi assumée : la mécanique exacte des taux, pourquoi le transport du pétrole est en train de devenir plus important que le pétrole lui-même, pourquoi l’or s’est fait vendre le jour où tout le monde cherchait un refuge, et tout ce que je n’ai pas eu la place de vous raconter ici. Tous les matins avant l’ouverture, c’est sur Morningbull.ch.

Vous pouvez continuer à lire les marchés comme une dépêche d’agence, ou les comprendre autour d’un café à 5h du matin avec quelqu’un qui les regarde depuis trente ans. Abonnez-vous sur Morningbull.ch, et on se retrouve lundi.

Et si je vous manque vraiment, demain y aura Swiss Bliss sur la chaîne YouTube Swissquote en français !

Thomas Veillet
Morningbull.ch

“The secret of his success is that he never went to business school. Imagine all the lessons he never had to unlearn.”

Peter Lynch