Broadcom, Oracle et SpaceX cherchent des dizaines de milliards de dollars pour financer leurs achats de puces. Les marchés de crédit commencent à s’inquiéter mais aussi les marchés qui se redressent un peu sauf le secteur des semiconducteurs qui pénalise les bourses asiatiques ce matin.

Une semaine, 150 milliards de dollars

Les grands acteurs de l’IA ont fait la queue en quelques jours pour emprunter. D’après ZeroHedge, qui s’appuie sur le Wall Street Journal, Broadcom travaille depuis plusieurs semaines à monter plus de 50 milliards de dollars de financement pour la puce sur mesure d’OpenAI, avec Apollo et Blackstone parmi les prêteurs sollicités. Oracle négocierait de son côté avec Apollo et Goldman Sachs pour financer un gros achat de puces via une structure hors bilan. Selon ZeroHedge, en additionnant SpaceX et les 60 milliards de Broadcom pour Anthropic, l’écosystème aurait aligné environ 150 milliards de dette adossée aux puces en une semaine. Ce total ne compte pas Oracle, qui n’a pas encore chiffré son opération. Le site financier, connu pour son ton alarmiste, qualifie Oracle de maillon le plus faible de cette bulle financée par le crédit.

Le mécanisme : le SPV

Le principe est simple. Une entité ad hoc (special purpose vehicle, SPV) emprunte pour acheter des puces, puis les loue à l’utilisateur final. Les puces servent de garantie, et la dette n’apparaît pas toujours au bilan de l’entreprise qui s’en sert.

Broadcom a déjà utilisé ce montage. L’entreprise a lancé en juin avec Apollo et Blackstone une plateforme de financement de puces d’IA, dotée d’environ 35 milliards de dollars et destinée surtout à aider Anthropic à construire ses centres de données. Selon Bloomberg, la nouvelle dette passerait elle aussi par un SPV. Elle comprendrait 60 à 70 milliards de dollars de dette senior et environ 30 milliards de dette subordonnée, Broadcom pouvant garantir une partie de la tranche senior. L’enveloppe totale pourrait approcher 100 milliards. Pour Broadcom, l’intérêt est double : il soulage ses clients, qui n’ont pas à payer comptant, et il vend davantage de puces.

SpaceX, ou l’IA à crédit

SpaceX a ouvert le bal. D’après le Financial Times, le groupe cherche 40 milliards de dollars sous la conduite d’Apollo pour acheter des puces Nvidia, dont environ 10 milliards de prêts bancaires et 30 milliards de dette investment grade. Sa notation BBB permet de placer cette dette auprès d’assureurs et de fonds de pension, peu autorisés à détenir du papier spéculatif. Apollo connaît bien le dossier : il avait déjà financé, via Valor Equity Partners, des puces louées à xAI, désormais intégrée à SpaceX.

Le risque : l’effet d’éviction

C’est le sens de la formule de ZeroHedge sur l’ampleur de l’effet d’éviction. Quand quelques emprunteurs géants absorbent des centaines de milliards de dollars de crédit, il reste moins de capital, ou il coûte plus cher, pour les autres. L’accroche de l’article mentionne d’ailleurs des spreads sur les obligations notées CCC à 998 points de base, signe d’un stress croissant dans les segments les plus risqués du crédit. Je n’ai pas pu vérifier ce chiffre ni son contexte.

Trois inquiétudes reviennent dans ce type de montage :

  1. L’opacité : les dettes logées dans des SPV sont plus difficiles à agréger et à surveiller pour les régulateurs et les investisseurs.
  2. La dépréciation des actifs : les puces vieillissent vite, et une garantie qui perd de la valeur en quelques années est fragile.
  3. La concentration : les mêmes prêteurs (Apollo, Blackstone) et les mêmes clients reviennent d’une opération à l’autre.

Le contre-argument

Les défenseurs du modèle rappellent que le crédit adossé à des actifs loués, comme les avions ou l’énergie, est un outil éprouvé. La demande de calcul est bien réelle. Broadcom prévoit plus de 100 milliards de dollars de ventes de puces d’IA l’an prochain. Reste à savoir si les revenus de l’IA suivront le rythme de l’endettement, ce que personne ne peut affirmer aujourd’hui.

Coup d’œil sur les marchés

À Paris, le CAC 40 a gagné 0,38% à 7.832,88 points. À Francfort, le Dax a avancé de 0,72% et à Londres, le FTSE 100 a pris 0,99%. L’indice EuroStoxx 50 a progressé de 0,37%, le FTSEurofirst 300 de 0,53% et le Stoxx 600 de 0,56%. À Paris, Vallourec a gagné 3,83% après avoir remporté un contrat majeur avec TotalEnergies (+0,57%) pour le champ gazier d’Absheron en Azerbaïdjan. Ailleurs en Europe, Nordex a progressé de 3,90% après que le fabricant d’éoliennes terrestres a annoncé que ses prises de commandes de projets au troisième trimestre avaient augmenté de 30% en glissement annuel. OPMobility (-3,34%) a été pénalisé par une dégradation de Citi, qui a abaissé sa recommandation d' »acheter » à « neutre », tout en ramenant son objectif de cours de 18 à 11 euros. Nexans s’est distingué avec un gain de 2,01%. Dans une étude consacrée au secteur des câbles, Jefferies juge le groupe français mieux positionné à court terme que ses concurrents européens Prysmian et NKT. Le courtier a ainsi relevé sa recommandation de « conserver » à « acheter ». A Londres, Hays a dévissé de 12,84% après la publication d’un point d’activité trimestriel contrasté. Le repli du spécialiste britannique du recrutement a pesé sur l’ensemble du secteur, entraînant dans son sillage Randstad (-1,58%, à 34,86 euros) et Adecco Group (-8,22%, à 21,88 francs suisses).

En Suisse, le SMI a terminé la séance en hausse de 0,66%. Le podium du jour se compose de Straumann (+2,0%), Galderma (+1,9%) et Sandoz (+1,8%). Les poids lourds de la cote Novartis (+0,7%), Roche (+0,6%), Nestlé (+0,4%) et UBS (+0,3%) ont fini dans le vert. Côté perdants, Swisscom (-0,5%) et Lindt (-0,8%) ont échoué dans le fond du classement. VAT Group (-1,1%) a fini lanterne rouge.

Le rendement du Bund allemand à dix ans a cédé 0,2 point de base à 3,4746%, tout comme le deux ans à 3,1174%. Le rendement de l’OAT à dix ans a lâché 0,3 point de base à 4,8957%. Le deux ans a abandonné 0,2 point de base à 3,6445%. Le « spread », ou écart de rendement, entre les rendements allemand et français à dix ans s’est légèrement creusé, s’établissant à 142 points de base.

Le Dow Jones a pris 0,38% tandis que l’indice Nasdaq a cédé 0,44% et l’indice élargi S&P 500 est resté à l’équilibre (-0,06%). Le regain d’inquiétudes sur l’approvisionnement en pétrole a ainsi profité au secteur de l’énergie (+1,4%), qui a terminé en tête du S&P 500. A l’inverse, la technologie (-0,9%) a accusé la plus forte baisse sectorielle, principalement en raison d’une nouvelle séance difficile pour les semi-conducteurs et les valeurs liées aux centres de données. Micron Technology perd près de 4%, sur fond d’inquiétudes concernant la concurrence du fabricant chinois de mémoires ChangXin Memory Technologies (CXMT). AMD recule d’environ 2% et Nvidia de 1%, tandis que Lumentum et Ciena chutent d’environ 10%. Les fournisseurs d’équipements électriques pour centres de données ne sont pas épargnés, avec Bloom Energy (-6%), Monolithic Power (-5%) et Generac (-3%) également en nette baisse. Le reste du marché a toutefois mieux résisté, avec notamment de bonnes performances dans les services de communication (+1,1%) et les biens de consommation courante (+1,2%). Meta gagne plus de 3%, tandis que Salesforce progresse d’environ 2% après une nette amélioration de la recommandation de Bank of America. La banque est directement passée de « sous-performance » à « achat » sur le titre, avec un objectif de cours fixé à 285 USD.

L’indice du dollar progressait de 0,37%, à 102,58, son plus haut niveau depuis avril 2025. L’euro reculait de 0,4 %, à 1,1156 dollar, près d’un plus bas de 17 mois, après avoir enregistré la semaine dernière une cinquième semaine consécutive de baisse, sous l’effet des inquiétudes des investisseurs concernant la situation budgétaire de la France avant l’élection présidentielle de 2027. Le dollar américain progressait de 0,2 %, à 158,66 yens, tandis que la livre sterling reculait de 0,2 %, à 1,3203 dollar.

Ce matin en Asie : Les actions chinoises ont ouvert en baisse, prolongeant leurs pertes, alors que la poursuite des dégagements sur les valeurs technologiques continuait de peser sur le marché. L’indice composite de Shanghai, principal baromètre des actions chinoises, a ouvert en baisse de 1,0%. L’indice Shenzhen Component a reculé de 1,8%. Au Japon, le Nikkei a perdu 2,6% après avoir rouvert à l’issue d’un jour férié. L’indice de référence Korea Composite Stock Price Index (KOSPI) sud-coréen a plongé de plus de 6% mardi, entraînant une restriction temporaire des échanges, après le repli enregistré durant la nuit par le fabricant américain de puces mémoire Micron Technology, à la suite d’informations faisant état d’avancées technologiques rapides de son concurrent chinois ChangXin Memory Technologies (CXMT). La Korea Exchange a suspendu les ordres de vente programmés pendant cinq minutes à 9 h 47, heure locale, après que l’indice des contrats à terme sur le KOSPI 200 a reculé de 5,08%. Le fabricant de puces Samsung Electronics a reculé de 7,19%, tandis que son concurrent SK Hynix a perdu 8,72%.

L’or au comptant a reculé de 0,2%, à 4’164,45 dollars l’once après avoir atteint lundi son plus haut niveau en une semaine. Parmi les autres métaux, l’argent au comptant a reculé de 0,5%, le platine a cédé 0,2% et le palladium a perdu 0,5%.

Le cuivre à trois mois de référence sur le London Metal Exchange (LME) a reculé de 0,2%, à 14’590,50 dollars la tonne. Parmi les métaux du LME, l’aluminium reculait de 0,4% après avoir touché lundi un plus bas de huit mois; le zinc perdait 0,6%; le plomb était stable; le nickel cédait 0,2% et l’étain reculait de 0,7%.

Les ministres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et des pays participants non membres de l’OPEP à la Déclaration de coopération ont déclaré que les coûts du transport maritime et de l’assurance avaient atteint des niveaux sans précédent, dépassant un tiers de la valeur des matières premières, ce qui entrave la circulation efficace du pétrole brut et des produits pétroliers. L’OPEP a revu à la baisse sa prévision de croissance de la demande de pétrole pour cette année, à 400’000 barils par jour contre 1,4 million de barils par jour au début de l’année. Les contrats à terme sur le Brent ont perdu 61 cents, soit 0,57%, à 106,04 dollars le baril tandis que les contrats à terme sur le West Texas Intermediate américain reculaient de 47 cents, soit 0,5%, à 93,27 dollars le baril.