Le cuivre, un métal à la fois convoité mais dont le marché reste fragile. Les valeurs technologiques européennes baissent mais le reste du marché se comporte plutôt bien. Les marchés américains ont renoué avec la hausse jeudi, malgré une nouvelle mauvaise surprise sur le front de l'inflation.

Le marché du cuivre en octobre 2026 combine des fondamentaux physiques serrés, une politique commerciale américaine qui détourne les flux et une demande chinoise solide mais inégale. Les prix élevés reflètent autant la rareté réelle que les anticipations sur les droits de douane : une part de la prime pourrait disparaître si l’incertitude se dissipait, mais le déficit structurel annoncé par la plupart des institutions laisse peu de place à une détente durable.

L’offre: une série d’accidents qui ne s’arrête pas

Le cuivre est un marché où l’offre est peu élastique: ouvrir une mine prend plus d’une décennie, et les producteurs en place peinent à augmenter leurs volumes. Les perturbations s’accumulent :

  • Chili : la production du premier producteur mondial a reculé d’environ 9 % sur un an en mars. Codelco (El Teniente, environ -13%), Escondida (BHP) et Collahuasi ont tous publié des baisses. Une grève au site de Centinela (Antofagasta) devrait peser sur la production à partir de novembre.
  • Indonésie : le calendrier d’un retour complet à la normale de Grasberg (Freeport-McMoRan), touché par un accident en 2025, reste incertain.
  • RDC : Kamoa-Kakula continue de subir les conséquences de ses perturbations opérationnelles.
  • Zambie : la suspension de la taxe à l’exportation de 10% sur les concentrés a expiré le 30 septembre, sans prolongation annoncée à ce jour.
  • Intrants : les tensions autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz ont renchéri l’acide sulfurique, indispensable à la lixiviation, ce qui pèse sur les coûts de certains producteurs.

Résultat: le Groupe d’étude international du cuivre (ICSG) est passé d’un excédent prévu de 209’000 tonnes pour 2026 (estimation d’octobre 2025) à un déficit de 150’000 tonnes dans sa révision de mai. Certaines banques sont bien plus pessimistes, Morgan Stanley évoquant un déficit pouvant atteindre 600’000 tonnes. Sur le terrain, le marché du raffiné a enregistré un déficit de 51 000 tonnes en juillet, après 74 000 tonnes en juin.

Les États-Unis, aimant à métal

C’est sans doute le facteur le plus singulier de l’année. Depuis août 2025, Washington applique 50% de droits sur les demi-produits en cuivre et les produits dérivés, mais a exclu le cuivre raffiné. Le gouvernement américain a toutefois laissé entendre qu’il pourrait instaurer un droit progressif sur les cathodes: 15% à partir de 2027, puis 30% en 2028. La décision, attendue à la fin juin, n’a pas été formalisée dans les délais, ce qui entretient l’incertitude.

Les opérateurs anticipent donc: les stocks du Comex ont atteint un record d’environ 711’600 tonnes, tandis que ceux de la LME ne sont plus que d’environ 233’000 tonnes, un plus bas de six semaines. Environ 900 000 tonnes auraient été acheminées vers les entrepôts américains cette année selon certaines estimations, ce qui raréfie le métal disponible ailleurs. La conséquence est visible: le contrat spot de la LME se traite avec une prime de 97 dollars sur le contrat à trois mois, signe de tensions immédiates. Si Washington renonçait à ces droits ou si le stockage ralentissait, le marché pourrait paraître soudainement plus détendu, préviennent les analystes.

La Chine: une demande à deux vitesses

Premier consommateur mondial, la Chine envoie des signaux contrastés. D’un côté, la prime de Yangshan, baromètre de l’appétit chinois pour le métal importé, a atteint 135 dollars la tonne, son plus haut niveau en quatre ans, à la sortie des congés nationaux. De l’autre, les importations chinoises de cuivre non forgé et de produits en cuivre ont reculé de 6,7% sur un an sur les huit premiers mois, à 3,30 millions de tonnes, et le secteur de la construction reste faible. Les réseaux électriques, les véhicules électriques et les énergies renouvelables compensent en partie cette faiblesse.

Une demande structurelle: électrification, IA, défense

À plus long terme, les analystes s’accordent sur le même récit : électrification, centres de données pour l’intelligence artificielle, réseaux électriques et dépenses de défense tirent la consommation. Un dirigeant de BHP a même averti d’un déficit structurel possible entre 2030 et 2035 si la production n’augmente pas nettement. L’ICSG table néanmoins sur une croissance de la consommation de raffiné d’environ 2,1% en 2026, en ralentissement par rapport aux 3% précédents.

Les risques à surveiller

  • La décision américaine sur le cuivre raffiné : un droit confirmé ferait grimper les primes aux États-Unis ; un renoncement pourrait provoquer un reflux des stocks américains.
  • La macroéconomie et la géopolitique : un dollar fort, proche de ses plus hauts depuis avril 2025, et les tensions au Moyen-Orient pèsent sur les métaux industriels.
  • La Chine : une reprise plus nette de la construction ou, à l’inverse, un nouveau fléchissement des importations.
  • Les redémarrages miniers : Grasberg, Kamoa-Kakula ou la mine de Cobre Panamá (dont la réouverture est suivie de près) pourraient desserrer l’étau.

Coup d’œil sur les marchés

À Paris, le CAC 40 a gagné 0,78%. À Francfort, le Dax a pris 0,33% et à Londres, le FTSE 100 a progressé de 1,08%. L’indice EuroStoxx 50 a perdu 0,36%, mais le FTSEurofirst 300 a fini sur un gain de 0,37% et le Stoxx 600 a pris 0,38%. Les actions des fabricants européens de puces électroniques et des groupes liés à l’IA ont reculé, ASML, STMicroelectronics, BESI, Infineon et ASMI clôturant sur des baisses allant de 3,7% à 7%. Legrand et Schneider Electric, dont l’activité est très dépendante des centres de données, ont perdu 1,2% et 2,4% respectivement. L’indice technologique du Stoxx 6000 a abandonné 1,54%, réduisant ses pertes après être tombé en séance à son plus bas niveau depuis plus de trois semaines, à 998,99 points. Dans le reste de l’actualité des entreprises, Pernod Ricard a pris 0,76% après avoir fait état d’une baisse moins importante que prévu de son chiffre d’affaires du premier trimestre. Ailleurs en Europe, le fabricant d’équipements télécoms Ericsson a grimpé de 6,8% après avoir publié un bénéfice d’exploitation trimestriel avec une baisse moins marquée qu’initialement anticipé.

En Suisse, le SMI a terminé la séance en forte hausse de 1,55%. Le podium du jour se compose de Lindt (+6,3%), Alcon (+3,2%) et Lonza (+3,1%), dont Oddo BHF SCA a relevé l’objectif de cours. Nestlé a fini en hausse de 2,7%. Le géant alimentaire veveysan a rejeté les accusations portées contre lui et sa filiale Gerber Products dans l’Etat américain du Texas, assurant que ses produits pour bébés respectent, voire dépassent, les exigences du régulateur. Les autres poids lourds de la cote Novartis (+2,6%) et Roche (+2,4%) ont terminé dans le vert. Richemont (+0,7%) a également étoffé ses gains. Selon l’agence de presse Bloomberg, le groupe de luxe genevois mène des discussions, conjointement avec le grand détaillant en joaillerie Signet, en vue de rejoindre un consortium qui souhaite acquérir le diamantaire De Beers. UBS (-0,1%) a fini du côté des perdants. Julius Bär (-0,5%) et VAT Group (-1,8%) ont échoué dans le fond du classement. L’équipementier saint-gallois de pompes à vide a signé un excellent troisième trimestre en termes d’entrées de commandes, celle-ci étant annoncées à un niveau record. ABB (-3,4%) a fini lanterne rouge.

Le rendement des obligations allemandes à 10 ans a reculé de 11 points de base à 3,356%, son plus bas niveau depuis plus de cinq semaines. Ce rendement était en passe d’enregistrer sa plus forte baisse journalière depuis avril. Le rendement de l’obligation française à 10 ans a reculé de 14 points de base à 4,739%, s’acheminant vers sa plus forte baisse quotidienne depuis mai. L’écart de rendement entre les OAT françaises et les Bunds allemands s’est resserré de 4,5 points de base à 137 points de base, après avoir atteint 158,67 début octobre, son plus haut niveau depuis novembre 2011, en raison des inquiétudes concernant la trajectoire budgétaire du pays. L’écart de rendement entre les obligations italiennes à 10 ans et les obligations allemandes a reculé de 4 points de base à 104 points de base, après avoir atteint 129,74 plus tôt ce mois-ci, son plus haut niveau depuis avril 2025.

Après une ouverture dans le rouge, l’indice Nasdaq a finalement grappillé 0,08% et l’indice élargi S&P 500 a progressé de 0,33%. Le Dow Jones s’est octroyé 1,08%. La séance avait pourtant mal commencé à la suite d’un nouveau rapport témoignant de pressions inflationnistes plus importantes que prévu. Les prix à la production américains ont bondi de 1,3% en septembre, contre seulement 0,5% attendu, soit leur plus forte hausse mensuelle depuis mars 2022. Sur un an, l’inflation des prix de gros atteint désormais 6,3%, contre 5,4% anticipés, sous l’effet notamment d’une flambée de 10,8% des coûts énergétiques. L’action CoreWeave a finalement gagné 5,94% à 69,69 dollars entraînant dans son sillage d’autres géants du secteur qui avaient également été initialement boudés, comme son concurrent Nebius (+1,29%) ou le spécialiste des puces Micron (+1,87%). Ce rebond n’a toutefois pas profité à tous les grands noms du secteur : Nvidia a perdu 1,84%, AMD a lâché 1,50% et Broadcom, 0,55%. PepsiCo (-0,69% à 128,38 dollars) a reculé après l’annonce de la perte de son partenariat avec la chaîne de restauration rapide KFC, au profit de Coca-Cola (+0,13% à 91,90 dollars) aux États-Unis. À partir de janvier 2027, KFC remplacera progressivement l’offre de boissons par celle de Coca-Cola dans ses restaurants américains, le déploiement devant être achevé d’ici au printemps 2027, a précisé The Coca-Cola Company dans un communiqué. Eli Lilly (+4%) profite de données cliniques encourageantes pour son traitement Omvoh, tandis qu’UnitedHealth (+3%) progresse après avoir relevé ses perspectives bénéficiaires. Les matériaux (+1,6%) et les financières (+1,4%) participent également au rebond.

La plupart des rendements des bons du Trésor américain ont reculé, celui à deux ans diminuant de 4,7 points de base à 4,76%, celui à 10 ans de 10,1 points de base à 5,09% et celui à 30 ans plongeant de 9,4 points de base à 5,43%.

Le Brent cède 0,06% à 106,00 dollars le baril et le brut léger américain avance de 2,68% à 97,64 dollars. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a déclaré jeudi que le volume total des stocks qui seront mis sur le marché dépasserait les 400 millions de barils initialement convenus en mars, ses membres s’étant engagés à accélérer la mise à disposition des volumes restants.

Ce matin en Asie : Au Japon, le Nikkei a progressé de 1,8%, effaçant une partie de sa chute de près de 5% enregistrée jeudi. En Corée du Sud, le KOSPI a grimpé de 2,8%, après avoir plongé de près de 8%. L’indice de référence de la Bourse taïwanaise a gagné 0,7% et le Hang Seng de Hong Kong a progressé de 1,1%. Les valeurs vedettes de Chine continentale ont avancé de 0,3%. L’indice de référence des actions indonésiennes a chuté de 11% après que Morgan Stanley Capital International (MSCI) a déclaré que le marché actions du pays ne méritait plus le statut de «marché émergent» et se préparait à le retirer d’une série de produits suivis par les investisseurs mondiaux, un revers majeur qui devrait provoquer une fuite des capitaux.

L’indice du dollar est en baisse de 0,2 % sur la semaine. L’euro a ainsi bénéficié d’un répit bienvenu, après être remonté de son point bas de 1,1113 dollar mercredi pour s’établir à 1,1217 dollar. La livre sterling était stable à 1,3278 dollar après avoir bondi de 0,6 % jeudi. Le dollar évoluait peu autour de 158 yens.

L’or au comptant reculait de 0,4 %, à 4’152,99 dollars l’once. L’argent au comptant reculait de 0,6%, le platine perdait 0,1et le palladium progressait de 0,2%.

Le cuivre londonien a légèrement progressé vendredi, mais se dirigeait vers une baisse hebdomadaire. Le cuivre de référence à trois mois du London Metal Exchange (LME) a progressé de 0,3%, mais accusait une baisse de 1% sur la semaine. L’aluminium du LME a progressé de 0,4% mais reculait de 1,7% depuis le début de la semaine. Parmi les autres métaux du LME, le zinc a gagné 0,3%, le plomb a progressé de 0,5%, le nickel a reculé de 0,4% et l’étain a augmenté de 0,7%.

Les contrats à terme sur le soja américain évoluaient peu vendredi, mais restaient orientés vers une baisse hebdomadaire, les anticipations d’une récolte américaine record ayant éclipsé le soutien apporté par la reprise des achats chinois. Le maïs progressait légèrement, mais reculait marginalement sur la semaine, tandis que le blé s’inscrivait en baisse.

Les cours du pétrole reculaient légèrement vendredi matin, les investisseurs évaluant les risques au Moyen-Orient et les éventuelles mesures américaines visant à assouplir les restrictions imposées à la « flotte fantôme » mondiale de navires-citernes. Les contrats à terme sur le Brent ont cédé 41 cents, soit 0,39%, à 105,51 dollars, tandis que les contrats à terme sur le West Texas Intermediate  reculaient de 54 cents, soit 0,55%, à 97,43 dollars. L’administration Trump envisage de lever les sanctions visant certains navires de la «flotte fantôme» qui ont transporté du pétrole et des produits pétroliers en provenance notamment de Russie, d’Iran et du Venezuela, afin de réduire les coûts mondiaux du fret, à des niveaux record, a déclaré mercredi un responsable américain.