Mercredi dernier, comme tous les mercredis à 16h30, l'EIA a publié ses stocks pétroliers. Rien de spectaculaire en soit. En tous les cas, rien qui a retourné le marché ou fait trembler les gouvernements. Il faut dire que dans la foulée, les gouvernements en question ont agité une « libération des réserves stratégiques » pour (soi-disant) faire baisser le prix de l’essence et du diesel. Du coup, on n’a pas trop fouillé dans les chiffres mais il faut quand même noter qu’au milieu du tableau, il y a une ligne. Une ligne qui ne fait pas de bruit et qui tente de passer inaperçue. C’est celle de la réserve stratégique américaine. 283,8 millions de barils. Le plus bas depuis 1982.

En 1982, je coinçais des pinces à linge dans les roues de mon vélo pour faire croire que je roulais avec une moto et je me foutais pas mal du prix du baril. D’ailleurs, en ce temps-là, mon père me disait qu’en l’an 2000, il n’y aurait plus de pétrole. Caramba, encore raté.

Aujourd’hui je sais un peu mieux ce qu’est un baril et quels sont les enjeux – un peu seulement – mais je ne suis pas certain que ça m’ait rendu plus heureux. Le chiffre de mercredi généré trois tweets alarmistes et deux autres tout écrit en majuscules. Et puis tout le monde est retourné regarder les lycéens français qui crament les lycées et qui se plaignent de trop travailler. Sauf que ce chiffre-là ne raconte pas le prix du pétrole. Elle raconte combien il reste de munitions à la cave le jour où il faudra vraiment s’en servir. Alors aujourd’hui, je ne vais pas vous dire ce qu’il faut en penser. Parce que selon comment on lit les choses et suivant comment on les interprète, on peut y trouver de la peur ou de l’espoir. Et les deux façons de voir se défendent. Les deux lectures tiennent la route et que celle qui gagnera dépend d’un détroit qui semble à nouveau tourner à plein régime et d’un Président qui peut décider d’annihiler l’Iran après le 14ème trou de son parcours du dimanche.

Parlons chiffres

Fin février, juste avant que la guerre avec l’Iran ne démarre, la Strategic Petroleum Reserve – comme on l’appelle dans la langue de Shakespeare – contenait 415,4 millions de barils. Au 25 septembre, il en reste 283,8. On a donc sorti 131,7 millions de barils en sept mois, soit à peu près un tiers de la réserve. Pour ceux qui aiment les records, le sommet historique date de 2009 avec 726,6 millions : la cuve est aujourd’hui remplie à 39%. Et on n’est plus qu’à une grosse dizaine de millions de barils du point bas de 1982. Pour l’instant. Maintenant, 131,7 millions de barils, ça ne parle à personne.

Un baril, c’est 159 litres. On parle donc de 21 milliards de litres. 21 milliards de litres, c’est 8’400 piscines olympiques. Mis côte à côte, c’est la surface de Saint-Tropez ou de Biarritz. Ce qui est intéressant, c’est la trajectoire : le gros de la vidange a eu lieu entre avril et juin, quand on sortait jusqu’à 1,4 million de barils par jour. Ces dernières semaines, le robinet coulait nettement moins, entre 400’000 et 800’000 barils par semaine. Mais il va se rouvrir.

Pourquoi on vide la cave

En mars, après la fermeture d’Ormuz, les membres de l’Agence internationale de l’énergie se sont mis d’accord sur la plus grosse libération de stocks d’urgence de l’histoire : 426 millions de barils au total, dont 172,2 millions pour les seuls États-Unis. Washington en a déjà attribué 133 millions, et le 29 septembre, le département de l’Énergie a lancé la dernière tranche : 40 millions de barils, appel d’offres clôturé ces jours, livraisons en novembre et décembre. On peut y voir de la gestion de crise responsable. On peut aussi regarder le calendrier. Le gallon d’essence était à 4,41 dollars au 1er octobre, et septembre a établi un record avec une moyenne mensuelle à 4,33, soit 50 cents de plus que le précédent record de septembre. Le diesel, lui, a franchi les 6,50 dollars. Et les élections de mi-mandat ont lieu le 3 novembre. Un plein à 4,40 dollars un mois avant de voter, ce n’est pas exactement…

La suite et la conclusion de l’article est à retrouver sur… MORNINGBULL.CH