D'après les statistiques, aujourd'hui c'est le plus beau jour de l'année. Depuis 1950, le 28 octobre est en moyenne LA meilleure séance du calendrier à Wall Street, c'est LE jour où les rennes réveillent le Père Noël. Petit problème : ce soir, le Père Noël s'appelle Kevin Warsh, il passe à 19 heures, et il est suivi de Microsoft et d'Alphabet après la clôture. Entre-temps, on attend de voir à quel moment Trump va appuyer sur le bouton pour sa troisième vague d'attaques sur l'Iran, et Netanyahu n'est pas sûr de garder son job.
L’Audio du 28 octobre 2026
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Le marché, lui, vient d’enchaîner deux séances de hausse sur la tech parce qu’une société qui a perdu 80 milliards en six mois a publié ses documents d’introduction en bourse, et que ça a RASSURÉ tout le monde. On aborde donc le grand soir avec des rennes, une guerre qui couve et une perte record en guise de bonne nouvelle. Le traîneau est chargé.
Rassurés par une perte
Il y a dix jours, le marché nous jurait que l’intelligence artificielle ne pouvait plus se financer et que les prêteurs avaient quitté la soirée. Lundi, Anthropic a déposé son prospectus, et en quarante-huit heures l’interrupteur s’est remis sur « on » : le Nasdaq a pris 0,8% puis 1,2%, les semi-conducteurs 3,6%, et ceux qui s’étaient fait le plus démolir sont remontés le plus vite. Pourquoi ? Parce que le chiffre d’affaires du semestre a été multiplié par quatorze, à 16,3 milliards de dollars. Ça, c’est le chiffre qu’on a mis en titre. Le chiffre qu’on a mis un peu plus loin, c’est une perte nette de 80,7 milliards, dont 72 milliards d’écritures comptables sans sortie de cash. Mais quand même. Et surtout, Anthropic s’est engagé à dépenser, je cite, au moins 855 milliards de dollars en puissance de calcul sur dix ans. Plus de six fois ce qu’elle a en caisse. Le marché avait peur que l’IA manque d’argent, on lui présente une société qui va devoir lever 100 milliards en bourse pour honorer ses factures, et il s’est dit : formidable, ils vont dépenser, donc NOS actions vont monter. Cotation possible dès la semaine du 16 novembre sous le ticker « ANT ». « Ant », ça veut dire fourmi. La fourmi va lever 100 milliards. On se croirait dans un film hollywoodien tellement ça finit bien !!!
Et pour que la fête continue, l’industrie a trouvé la formule magique. Des banques prêtent 63 milliards pour acheter des puces Broadcom qui seront louées à Anthropic, et Broadcom prête lui-même jusqu’à 42 milliards pour que ces locations se fassent. Nvidia met 3 milliards dans l’augmentation de capital de Meta, qui en échange… achète plus de matériel Nvidia. AMD investit dans Anthropic, qui achète du AMD. En clair, tout le monde se prête dans tous les sens, pour autant que celui qui emprunte consomme les produits de celui qui prête. Un circuit fermé qui s’auto-alimente. Rien ne peut lui arriver. Rien, tant qu’aucun rouage ne se grippe…
L’obligataire, la Fed et le baril
Le dix ans américain est repassé AU-DESSUS des 5% et tout le monde s’en fout. Ce soir, la Fed ne devrait RIEN faire, mais personne ne croit à la pause : le marché intègre déjà une hausse en décembre, avec une inflation à 3,7%. Si on ne monte pas ce soir, c’est parce que les élections sont mardi prochain. Officiellement, la Fed est indépendante. Officieusement, elle a quand même regardé le calendrier.
Côté pétrole, le Brent est remonté vers 114 dollars ce matin, parce que le Wall Street Journal rapporte que les États-Unis ont prévenu les pays du Golfe de se préparer à une nouvelle campagne contre l’Iran APRÈS les midterms, pour une opération qui irait au-delà de « tondre la pelouse ». Tondre la pelouse, c’est quand on bombarde un peu. Là, on parle de retourner le jardin. Et jamais dans l’histoire militaire on n’a été aussi bien tenu au courant des attaques à venir. Pendant ce temps, l’automobiliste américain a dépensé 145 milliards DE PLUS à la pompe depuis le 1er mars, alors que la guerre elle-même a coûté 47 milliards au Pentagone. Il a donc payé trois fois le prix de la guerre rien qu’à la station-service. Joe American s’en souviendra. Et il va l’exprimer dans les urnes dès la semaine prochaine.
Le programme
Les futures américains sont stables, ce qui en dit long sur la confiance qu’on accorde au « plus beau jour de l’année ». En Asie, la Corée s’envole de plus de 6% sur des résultats de SK Hynix complètement délirants, le Nikkei prend 1,4%. Le Brent est vers 114 dollars, l’or autour de 4’060. Ce matin, UBS, Sandoz, Straumann, Amrize et BNP publient, les stocks pétroliers américains tombent à 15h30, la Fed à 19h00 et Kevin Warsh à 19h30, puis Microsoft et Alphabet après la clôture, LE rendez-vous de la soirée. Demain, Samsung, la BCE, le PIB américain et Amazon. Va falloir être solide sur ses appuis.
Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. SK Hynix qui garde aujourd’hui 80 wons de bénéfice sur 100 wons de mémoire vendue, et pourquoi ce n’est plus une marge mais un droit de péage. Ce qui se serait passé si Trump avait organisé le débarquement de 44 avec la même discrétion. Netanyahu qui annonce une « majorité claire et décisive » avec 51 sièges sur les 61 nécessaires. Les deux sociétés de l’eau du S&P 500, même métier, 27 points d’écart en une séance, à cause d’un seul mot. General Motors qui s’achète une trottinette électrique. Et la phrase d’anthologie de Trump sur les pétroliers, avec la question que personne ne pose : qui paie la fortune ?
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Passez une excellente journée, et on se revoit demain pour le débriefing. Ou pas.
Thomas Veillet
Morningbull.ch
« Have you ever noticed that anybody driving slower than you is an idiot, and anyone going faster than you is a maniac? »
George Carlin