Hier, vingt milliards de dollars se sont volatilisés. Personne ne les a volés, personne ne les a dépensés, personne ne les a perdus au casino : ils n’ont tout simplement jamais existé. OpenAI a expliqué à ses investisseurs que son chiffre d’affaires annualisé tournait autour de 50 milliards fin septembre, et pas 70 comme tout le monde le répétait depuis dix jours. Résultat, le Nasdaq a signé sa pire séance depuis la mi-août, les semi-conducteurs se sont pris 3,4% dans les dents et même Nvidia a lâché 3%. Tout ça pour un chiffre que personne n’a jamais vu, chez une société qui n’est même pas cotée.
L’Audio du 9 octobre 2026
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Pendant ce temps, l’Amérique a réussi à vendre son 30 ans, le baril a repris 4% et Trump a juré qu’il ne bombarderait pas l’Iran avant les élections. Après, on verra.
Le chiffre qui n’existait pas
Le chiffre d’affaires « annualisé », c’est un concept magnifique. Vous prenez votre meilleure semaine, celle où vous avez signé LE CONTRAT DE VOTRE VIE, et vous multipliez par 52. C’est pas faux. C’est pas vrai non plus. C’est juste annualisé. Là où ça devient superbe, c’est qu’OpenAI et Anthropic ne comptent pas leurs ventes de la même façon : l’un inclut ce qui passe par les clouds d’Amazon et de Google, l’autre pas. Les investisseurs d’OpenAI, qui voulaient absolument comparer les deux pour se rassurer, ont donc « recalculé » à la hausse, passé le tout au shaker, et obtenu 40 milliards en août.
Puis OpenAI a annoncé plus de 70% de croissance, et nos génies de la finance ont appliqué les 70%… sur leur base déjà gonflée. Le chiffre puait le bidonné, mais on avait tellement envie d’y croire qu’on l’a pris tel quel. Plus la boîte était près de la SUPER-INTELLIGENCE, plus elle s’est fait démolir jier.
Les EXPERTS jurent que ce n’est qu’une « clarification comptable ». Probablement. Mais OpenAI cherche en ce moment à lever 30 milliards sur une valorisation de 1’400 milliards. À 70 milliards de revenus, ça fait 20 fois le chiffre d’affaires. À 50, ça fait 28 fois. Et ça change tout !!! Ce matin, HEUREUSEMENT, Bloomberg nous apprend qu’OpenAI « s’attend à atteindre ou dépasser 70 milliards d’ici la fin de l’année ». Pas OpenAI, attention : des « personnes proches du dossier », anonymes au cas où ce ne serait pas vrai. On avait 70 milliards fin septembre, on aurait THÉORIQUEMENT 70 milliards fin décembre. Si l’action était cotée, ça s’appellerait un PROFIT WARNING. Dans le monde merveilleux de la SUPER-INTELLIGENCE, c’est un plan de croissance.
Pendant ce temps, chez Oracle
Oracle s’est pris 5,5% dans la tête. Et pour cause : selon la presse, OpenAI s’est engagée à lui acheter pour 300 milliards de puissance de calcul sur environ cinq ans. À peu près 60 milliards par année. Pour un client qui en encaisse 50. DONC oui, le principal client d’Oracle s’est engagé à lui payer chaque année plus que ce qu’il gagne en tout. La croissance finira bien par rattraper les engagements. Un jour. Peut-être. En attendant, Oracle alimente certains data centers avec du gaz livré par camion, y compris le campus qu’il construit… pour OpenAI. La super-intelligence tourne à la bonbonne.
J’ai dit du bien
Deux semaines que je râle contre une tech qui monte seule. Hier, c’était l’inverse : si on sort la tech du S&P 500, l’indice MONTAIT. Six secteurs sur onze dans le vert, l’énergie à +3%, le Russell 2000 positif. L’argent n’a pas quitté les actions, il a juste changé de rayon.
L’obligataire
Hier, on se demandait si la promo sur la dette américaine allait marcher sur le très long. Réponse : oui. 22 milliards de 30 ans vendus avec 2,54 dollars de demande pour chaque dollar offert, et 72% raflés par les étrangers. Moi, je regarde l’étiquette : 5,618%, contre 5,308% le mois dernier. Rien que sur cette émission, ces trente et un points de base coûtent à peu près deux milliards d’intérêts supplémentaires sur la durée. Pour une seule enchère. Le système n’a pas cassé, on a peut-être vu le pire. Pourvu que ça dure. Seul bémol : Christopher Waller, le gentil de la bande à la Fed, juge désormais de nouvelles hausses « probablement nécessaires ». Quand même la colombe en chef parle comme un faucon, c’est qu’on ne rigole plus avec l’inflation. Et la dette, elle, monte avec une régularité de métronome : ce matin, on est à 40’247 milliards.
La Terreur, version obligataire
Selon une grande banque, l’OAT française à 10 ans vient de vivre sa pire décennie depuis… 223 ans. Pour trouver pire, il faut remonter à la Révolution. Quelle coïncidence : la France est dans la rue. Le spread avec l’Allemagne est au plus haut depuis la réunification, et la Banque de France prévient qu’il ne faut pas compter sur la BCE. En gros : DÉMERDEZ-VOUS. Le ministre de l’Économie, lui, a expliqué à la BBC qu’il émettait de l’OAT tous les jours et qu’il n’y avait AUCUN problème. Chaque jour un peu plus cher. Il doit y avoir un truc pourri dans la clim de Bercy. Depuis début 2024, le CAC a pris 4%, le DAX 50%. Et pour calmer les lycéens, le gouvernement envoie 3’000 profs remplaçants qui, je cite, « n’avaient pas d’élèves ». Paris est peut-être magique, mais le gouvernement a clairement été formé à Poudlard.
Pas avant les élections
Mercredi soir, Trump expliquait qu’un accord avec l’Iran n’était « pas vraiment quelque chose qu’il voulait faire ». Jeudi midi : « Nous n’attaquerons l’Iran à aucun moment avant les élections de mi-mandat ». Le marché a immédiatement compris : s’il précise « avant », c’est qu’il pense déjà à « après ». La géopolitique américaine est désormais indexée sur le prix de l’essence dans l’Iowa : 4,36 dollars le gallon, près de 50% de plus qu’avant la guerre. Si on pouvait produire de l’énergie avec les changements de cap de Donald Trump, les voitures rouleraient à 500 km/h à l’énergie 100% renouvelable.
Pour le reste, Trump affirme que 22 millions de barils sont passés par Ormuz en une nuit, quand les trackers en voient 11 millions par jour. Soit le détroit fait des heures sup, soit quelqu’un a annualisé ses barils comme OpenAI ses revenus. Le Brent a pris 4% à 104 dollars, et les réserves mondiales sont passées de 10 à 6 milliards de barils depuis février. Quatre milliards de barils évaporés, c’est 16 millions de camions-citernes pare-chocs contre pare-chocs : six fois le tour de la Terre.
Le programme
Ce matin, les futures américains sont stables à légèrement positifs. Le Nikkei recule d’environ 1% avec un SoftBank qui prend 6% dans la tête sur l’histoire OpenAI, Hong Kong gagne 0,7%, la Chine continentale perd un demi-pourcent et la Corée est fermée. Le Brent est autour de 103,50 dollars, le 10 ans à 5,23%. Agenda : Delta Air Lines avant l’ouverture, et la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan à 16h, heure suisse, avec les anticipations d’inflation : c’est LE chiffre à surveiller.
Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. La réserve stratégique américaine qui couvre à peine deux semaines de consommation. SpaceX qui débarque dans la téléphonie et fait plonger AT&T, Verizon et T-Mobile de 6 à 7% en une soirée. Trump qui a acheté des actions AT&T ET prêté de l’argent à Elon, celui qui va démolir AT&T : la couverture parfaite. Et surtout l’histoire de T-Mobile, qui a vendu il y a deux mois les fréquences qui vont servir à lui piquer ses clients.
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Passez une excellente journée et un très bon week-end. Je serai en vacances la semaine prochaine, donc mes interventions seront raccourcies et différentes, mais je tâcherai d’être présent le plus possible depuis le soleil, loin d’ici. Le rythme normal reprend le lundi 19 octobre.
Thomas Veillet
Investir.ch