Hier, c’était statistiquement le plus beau jour de l’année à Wall Street. Résultat : +0,28% sur le S&P 500. Les rennes ont ouvert un œil, regardé l’heure, et se sont rendormis. La soirée, en revanche, a été tout sauf molle. Microsoft annonce 190 milliards de dollars d’investissements dans l’IA et propose un départ volontaire à près d’1 employé sur 4. L’action prend près de 4% après la clôture. Google double son cloud, brûle 9 milliards de cash en 3 mois et se prend 9% dans la figure. Oracle promet que c’est sa dernière levée de fonds. Et la Fed a décidé de se réunir MOINS souvent, pour mieux réfléchir.
L’Audio du 29 octobre 2026
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Warsh regarde par la fenêtre
Le marché a donc choisi son camp : il aime les machines, il aime le cash, et il aime beaucoup moins les gens qui paient l’addition.
La Fed n’a pas bougé ses taux, ce que tout le monde attendait. La surprise était ailleurs.
D’abord dans le vote : 10 contre 2, et les 2 dissidents voulaient MONTER les taux. Parmi eux, Lisa Cook, la gouverneure que Papy Trump essaie de virer depuis l’été 2025, qui signe là son tout premier vote dissident. Le président qui hurle pour des taux plus bas essaie donc de mettre dehors une gouverneure qui vote pour les monter. Si c’est une vengeance, elle se mange froide et à 25 points de base.
Ensuite dans le communiqué : l’inflation reviendra vers 2% « dans les temps ». Elle est au-dessus depuis 66 mois d’affilée, la 3ème plus longue série en 100 ans, et la Fed elle-même ne voit pas l’objectif atteint avant 2029. « Dans les temps », c’est le plombier qui passe « dans la semaine », sans préciser laquelle.
Et enfin, le vrai scoop : 8 décisions de taux cette année, 7 en 2027, 6 en 2028. Les réunions sans vote serviront à « réfléchir aux grandes questions ». Le marché a adoré et le 2 ans a reculé de 7 points de base : moins de banquiers centraux qui parlent, moins de bruit. Sauf que moins de réunions ET aucune indication sur la suite, ça veut dire que chaque décision pèsera plus lourd et que le marché devra tout deviner seul.
Pendant ce temps, le 30 ans finit vers 5,37% et les taux hypothécaires dépassent 7% pour la 6ème semaine d’affilée. La Fed peut se permettre d’être patiente parce que l’obligataire, lui, ne l’est pas. C’est le long terme qui fait le sale boulot. Et la Fed regarde par la fenêtre.
Oracle promet, Microsoft encaisse, Google crame
Oracle, LE sujet d’angoisse de l’automne, a tenu sa journée investisseurs à Las Vegas (on ne pouvait pas rêver meilleur décor pour parler de paris). Au menu : 225 milliards de chiffre d’affaires en 2030, du cash positif fin 2028, et la promesse que les 20 milliards qui restent à lever sont le « montant final ». Le dernier, promis. L’action a pris 11%. Mais le coût de l’assurance contre une faillite d’Oracle n’a reculé que « légèrement », à 2,87% par an. Les actionnaires ont lu le PowerPoint, les obligataires ont lu le bilan : 125 milliards de dettes pour 36 milliards de cash. 11%, c’est cher payé pour un horoscope.
Microsoft, lui, a livré un trimestre parfait, et je le dis sans « mais » pendant au moins 3 lignes. Azure fait +48%, au-dessus de tous les chiffres chuchotés. Le chiffre d’affaires grimpe de 19% à 92,3 milliards et le bénéfice dépasse les attentes. Puis vient le « mais ». 39 milliards investis sur le trimestre, 2 fois plus qu’il y a 1 an, et 190 milliards prévus sur l’année. Et un plan de départs volontaires qui concerne près d’1 quart des effectifs. Les machines ont droit à 190 milliards, 1 employé sur 4 est invité à prendre la porte, et Wall Street applaudit. Pour le marché, 1 employé en moins, c’est 1 coût en moins, et 1 serveur en plus, c’est de la croissance. L’IA remplace les gens avant même d’avoir été rentabilisée.
Et puis Google. Le bénéfice par action ressort à 2,12 dollars contre 3,01 attendus : 30% à côté de la plaque. La marge d’exploitation recule de 34% à 32%, parce que les serveurs achetés l’an dernier tombent maintenant dans les comptes en amortissements, comme les mensualités d’un leasing de voiture de sport. Et surtout, le free cash-flow plonge à MOINS 9,07 milliards au 3ème trimestre, après moins 5,86 au 2ème, une première dans son histoire en bourse. Le plus absurde, c’est que Google Cloud a fait +103% sur 1 an. C’est le cloud qui grandit le plus vite de la planète, le marchand d’armes de toute l’industrie de l’IA, et l’action perd 9%. En 2026, le marché ne paie plus la croissance, il paie le cash. Ce qui laisse une question gênante : si même Google n’arrive pas à financer l’IA sans brûler du cash, qu’est-ce que ça dit de tous les autres ?
Le programme
Les futures vont devoir digérer un Microsoft en hausse et un Alphabet à -9%. Le WTI traîne autour de 103 dollars. Aujourd’hui, PIB américain et inscriptions au chômage à 13h30, la BCE à 14h15 avec sa conférence de presse à 14h45. Côté résultats : Eli Lilly, Caterpillar, STMicro, Intel, Sandisk, Starbucks, et Amazon après la clôture, qui est LE rendez-vous de la journée. Après le match nul de cette nuit, il faudra bien quelqu’un pour départager Microsoft et Google.
Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. Les 2-3 phrases de Warsh qui ne tiennent pas debout, de l’emploi « très positif » avec 29’000 postes créés aux anticipations d’inflation « bien ancrées » alors qu’elles grimpent. Pourquoi la Fed qui se tait devient plus dangereuse que la Fed qui parle. La petite leçon de comptabilité qui explique comment le bénéfice de Google dépend de sociétés qui ne sont même pas en bourse. Le client unique d’Oracle qui va faire ses courses chez Google. Et Apple qui découvre l’écran tactile 20 ans après avoir juré que c’était stupide, avec la leçon que ça vous donne pour vos prochains achats d’actions.
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Passez une excellente journée, et on se revoit demain pour savoir si Amazon fait plutôt du Microsoft ou plutôt du Google.
Thomas Veillet
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« La seule fonction de la prévision économique est de rendre l’astrologie respectable. »
John Kenneth Galbraith