Un point sur l'indice, un angle de fond, et un regard croisé quand l'actualité internationale éclaire la situation suisse. Le tout vu du côté de l'assuré, puisque c'est de son revenu de retraite qu'il s'agit.

Le point du mois

Au 19 octobre 2026, l’indice se tenait à 45,26%. Zone «insuffisant», 14,74 points sous l’objectif constitutionnel de 60%. L’indice a progressé de 0,75 point sur la semaine, soutenu par la composante dynamique Pictet CH LPP 25.

La vraie histoire reste cantonale. En tête du classement: Zoug (53,8%), Appenzell Rhodes-Intérieures (52,61%), Nidwald (51,28%). En queue: Bâle-Ville (34,54%), Neuchâtel (38,9%), Genève (39,44%). Un écart de 19,3 points entre le meilleur et le pire canton, à profil et carrière identiques.

Cet écart va s’élargir en 2027. Les primes LAMal annoncées augmentent en moyenne de 5% (hausse de 19,70 francs par mois, pour une prime moyenne qui atteindra 412 francs). Deloitte estime que 900’000 assurés changeront de caisse pour amortir le choc, soit près d’un assuré sur dix. Les disparités cantonales sont marquées: de 3,5% dans le canton de Vaud à 6,6% dans le Jura, avec le Tessin à 3,7%. Genève reste le canton romand le plus cher avec 508,60 francs de prime moyenne. Mécaniquement, les cantons où les primes grimpent le plus verront leur taux de remplacement s’éroder plus vite, puisque l’indice se calcule net de primes.

L’angle du mois: combien reste-t-il vraiment dans l’assiette?

Pour comprendre ce que mesure cet indice, un détour par un cas concret. Prenons un cadre genevois qui gagne 8’000 francs nets par mois juste avant sa retraite. Combien lui restera-t-il après avoir cessé de travailler, une fois toutes les déductions prises en compte ?

La réponse : autour de 3’150 francs nets. Soit 39,44 % de son dernier salaire. Ce chiffre couvre l’AVS, la rente issue du capital LPP obligatoire, après impôts cantonaux et communaux genevois et après les primes LAMal. Pour un retraité habitué à vivre avec 8’000 francs, l’ajustement est sévère.

Pourquoi 39% à Genève, mais 54% à Zoug? La fiscalité cantonale pèse lourd, et les primes LAMal plus encore. Un même cadre, exactement le même parcours professionnel, verra son revenu de retraite net varier de plus de 1’200 francs mensuels selon le canton où il s’installe. Peu de décisions patrimoniales ont autant d’impact qu’un simple changement de résidence à la retraite.

Le débat public sur la prévoyance reste pourtant obstinément centré sur le taux de conversion (officiellement 6,8%, en pratique proche de 5% dans les caisses enveloppantes). C’est un paramètre technique important, mais qui parle le langage des institutions, pas celui de l’assuré. Le taux de remplacement, lui, répond à la seule question qui compte au moment de passer à la retraite : combien me reste-t-il, concrètement, chaque mois?

Vu d’ailleurs: la Suisse sous la moyenne européenne

Un chiffre pour calibrer l’ampleur de l’écart. Eurostat affichait au 31 décembre 2025 un ratio de remplacement agrégé de 62% pour la zone euro: Luxembourg en tête à 88%, France à 61%. Avec son 45%, la Suisse se tient nettement sous cette moyenne continentale. Et la tendance européenne est à la baisse: selon les projections du Boston Consulting Group, le taux moyen des pensions publiques de l’Union européenne glisserait de 45% à 41% d’ici 2045.

La page de l’OCDE sur les taux de remplacement nets, longtemps référence annuelle de la comparaison internationale, n’est plus actualisée. L’OCDE elle-même invite à vérifier les chiffres avant citation. Peu importe la raison : le signal est clair. L’observatoire comparatif mondial n’est plus tenu à jour. Raison de plus pour mesurer, quotidiennement, canton par canton, ce qui restera réellement à l’assuré suisse.

Mesurer son propre taux de remplacement prend trois minutes. Le calculateur personnel permet de modifier canton, âge, salaire, et de tester plusieurs scénarios: ajouter du 3e pilier, basculer en LPP surobligatoire, repousser le départ d’un an. Un geste simple pour transformer un chiffre national en décision individuelle: pensionbratwurst.ch/personal.

Knut Giersch, à l’origine du Pensionbratwurst Index (Swiss Replacement Rate Index), avec Timothée Tournier (actuaire, Tikall Zurich)