Mercredi soir, le Dow Jones prenait 1'569 points sur l'idée géniale qu'une intelligence artificielle qui ralentit, c'est une bonne nouvelle. Jeudi soir, il en rendait 1'833. Le S&P 500 a perdu 2'900 milliards de dollars en une seule séance, ce qui n'était JAMAIS arrivé, le Nasdaq est officiellement en correction et les semi’s se sont pris 12% dans la tronche, leur pire journée depuis le COVID. La vraie question du matin n'est pas de savoir si les démocrates vont tuer l'IA. C'est de comprendre comment le même marché peut trouver une nouvelle géniale le mercredi et mortelle le jeudi, sans qu'il se soit rien passé entre les deux. Et de savoir s'il reste quelqu'un pour acheter.
L’Audio du 6 novembre 2026
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Le chalet a brûlé
Hier matin, je vous racontais la théorie du chalet à Verbier : si les démocrates bloquent les nouveaux data centers, ceux qui existent déjà prennent de la valeur, les hyperscalers qui les possèdent gagnent, et comme ils ne pourront plus dépenser autant, leur cash-flow va remonter. La théorie a tenu 24 heures. Ce qui l’a tuée, c’est une règle que n’importe quel commerçant connaît : la dépense de l’un, c’est le chiffre d’affaires de l’autre. Si les hyperscalers dépensent moins, Nvidia et Micron vendent moins. Et le petit détail que tout le monde avait oublié en sablant le champagne, c’est que Micron et Nvidia sont LES moteurs de la croissance des bénéfices du S&P 500 l’an prochain. On a fêté le fait que le moteur allait consommer moins d’essence, avant de réaliser que c’était précisément l’essence qui nous faisait vivre.
Pourquoi tout lâche d’un coup
Comment passe-t-on de « finalement ils sont cools ces démocrates » à « on va tous crever dans d’atroces souffrances » en une séance, sans nouvelle majeure ? La réponse tient en quatre mots : TOUT LE MONDE AU MÊME ENDROIT. Depuis des mois, hedge funds, particuliers et ETF à levier ont acheté exactement les mêmes vingt titres. Quand ces titres perdent 10%, les limites sautent, les banques réclament des garanties, c’est le fameux appel de marge, et tout le monde vend. Pas parce qu’il veut, mais parce qu’il n’a pas le choix. Et ça s’auto-alimente. C’est le pont du Titanic au moment où on réalise qu’il n’y a pas assez de canots pour tout le monde.
Ajoutez les ETF à levier, vendus ces derniers mois comme LA SOLUTION POUR DEVENIR RICHE très vite. Hier, le Direxion Daily Semiconductor Bull 3X, le SOXL dans l’intimité, a perdu 39%. En UNE séance. Et comme ces produits rééquilibrent leur exposition chaque soir juste avant la clôture, ils doivent vendre d’autant plus que le marché a baissé. Hier, on a payé l’addition de tout ce qu’on commandait depuis des mois sans jamais régler la facture.
Le bilan des blessés
Une correction, c’est -10% depuis le dernier sommet. Un BEAR MARKET, c’est -20%. En correction, on a le Nasdaq Composite à -11,9% de son record du 6 octobre, le Nasdaq-100 à presque -15% et le Russell 2000. Le S&P 500 n’y est même pas encore, alors qu’un tiers de ses membres ont déjà perdu plus de 20%. L’indice, c’est la façade. Derrière, c’est une boucherie. Sur le territoire des ours, le SOX, mon fameux indicateur avancé, est à -38% de son sommet de juin, Nvidia a perdu 24% depuis le 6 octobre et passe dans le rouge sur l’année, Intel a perdu 50% en UN mois, et ce matin le Nikkei rejoint le club.
Et il y a le héros de la semaine : le Dow Jones, qui ne perd que 0,5% depuis lundi. Chez nous, le SMI a traversé la plus grosse panique tech depuis 2020 en perdant… 0,37%. Nestlé ne fabrique pas de puces mémoire et Novartis n’a pas besoin d’un permis du gouverneur du Texas pour vendre ses médicaments. Des fois, c’est bien d’être chiant.
Le baril, les taux et l’emploi
L’autre déclencheur, plus sournois, c’est le pétrole. Mercredi, le Brent s’effondrait de près de 9% sur l’idée qu’un Trump affaibli allait signer la paix avec l’Iran. Hier, il a repris près de 4% à 98 dollars, parce que des pétroliers ont pris feu dans la région et que Trump a expliqué qu’il préférerait ne pas détruire le pays, « si possible ». Venant de lui, c’est presque une déclaration d’amour. Or toute la mécanique de mercredi reposait sur ce baril qui baisse. On n’avait pas acheté un accord de paix, on avait acheté l’idée d’un accord de paix. Et une idée, ça se revend encore plus vite que ça s’achète.
Côté taux, on a couru vers les obligations : le 2 ans perd 12 points de base à 4,46%, le 10 ans près de 6 à 4,84%. Le marché parie sur une Fed moins agressive. La Fed, elle, continue d’annoncer d’autres hausses. Ce qui nous amène au rendez-vous du jour, les chiffres de l’emploi à 14h30, où l’on attend environ 59’000 créations de postes. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de bon chiffre possible. S’il est bon, la Fed monte en décembre et les actions trinquent. S’il est mauvais, on parle de récession.
La question du jour
Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Personne ne sait si hier était le fond. Mais une bonne partie de ce qu’on a vu n’était pas une décision, c’était une obligation : des fonds qui vendent parce qu’ils ont dépassé leurs limites, des ETF à levier qui rééquilibrent, des appels de marge. Ce genre de vente forcée finit toujours par s’arrêter, et quand ça s’arrête, les rebonds peuvent être violents. Ne vendez pas dans la panique ce que vous auriez acheté à froid, n’achetez pas la baisse avec de l’argent emprunté, et gardez un peu de cash pour réfléchir pendant que tout le monde court. JE NE SUIS PAS en train de vous dire que c’est 2000 ou 2008. En 2000, on achetait des sociétés qui ne gagnaient rien. Aujourd’hui, on vend des sociétés qui gagnent des fortunes, parce qu’on doute qu’elles en gagnent encore plus. Ce n’est pas la même maladie. C’est juste les mêmes symptômes.
Le programme
Ce matin, l’Asie a reçu la facture avec les intérêts. La Corée a plongé de 8% à l’ouverture, ce qui a déclenché une suspension des cotations de 20 minutes, et passe sous les 5’000 points pour la première fois depuis neuf mois. Le Nikkei perd près de 6% et Taïwan vit sa pire séance depuis plus d’un an. Les futures américains sont à peu près stables, le Nasdaq tente le rebond du désespoir avec +0,8%, et l’Europe devrait perdre 1% à l’ouverture. Au programme : les ventes de détail de la zone euro à 11h, les chiffres officiels de l’emploi américain à 14h30, LE rendez-vous de la journée, et la confiance des consommateurs du Michigan à 16h.
Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout le reste. Les 3 milliards de serveurs Nvidia qu’Amazon reçoit chaque mois et qui dorment sur des palettes, faute de prise électrique. Pourquoi Nvidia, la star de la bulle, est aujourd’hui MOINS CHÈRE que le S&P 500, et pourquoi c’est peut-être un piège. Elon Musk, qui a réussi à perdre à peu près mille dollars en bourse pour chaque dollar dépensé dans la campagne. L’IPO de l’année qui se fait proposer 500 milliards de rabais en 48 heures. Cloudflare, Airbnb et Tripadvisor, ou comment l’IA a fait gagner 11% à l’un et perdre 27% à l’autre le même soir. Le signal qui fera la différence entre une frayeur et quelque chose de plus grave. La règle des trois jours. Et la phrase de Trump sur Intel, qui ce matin vaut son pesant de milliards.
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Passez une excellente journée, surveillez l’emploi à 14h30, et on se retrouve demain pour le Swiss Bliss et le bilan d’une semaine où on a acheté et revendu l’IA en 48 heures.
Thomas Veillet
Morningbull.ch
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George Carlin