Hier à midi, heure de New York, le Nasdaq prenait 1,4% et tout le monde avait ressorti le champagne. Le pétrole s'effondrait, Trump parlait de paix, et les traders s'étaient gavés d'ETF à levier qui allaient tous nous rendre très, très riches. Quatre heures plus tard, le Nasdaq finissait en baisse de 1,1%, SON PIRE REVERSAL depuis le 2 janvier, et le Nasdaq 100 entrait en correction pour la troisième fois de l'année. À ce rythme, on va bientôt recevoir une carte de fidélité. Pendant ce temps, les Américains bombardaient une île iranienne, Trump expliquait à la télé qu'il n'y avait plus vraiment de guerre, et le baril perdait 8% parce que la paix est proche.

L’Audio du 3 novembre 2026

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Le vrai sujet de ce matin, c’est la nuit électorale américaine. Mais la vraie leçon d’hier, c’est qu’on a sous les yeux un marché incapable de saluer une bonne nouvelle. Apple et Palantir en ont fait les frais hier soir.

Le demi-tour de 16 heures

Le S&P 500 grimpait de 1,1% en séance avant de finir en baisse de 0,5%. C’est la plus grosse hausse effacée en une journée depuis presque un an. Sept secteurs sur onze étaient en hausse, le Dow prend 0,4%, et c’est la tech toute seule, comme une grande, qui a tiré tout le monde vers le fond. Elle est entrée en correction, à plus de 11% sous son record du 6 octobre, il y a moins d’un mois. Oracle s’est fait défenestrer de près de 9% après avoir annoncé une levée de 20 milliards, AMD a pris 7,5% dans les dents, et Intel en remet une couche avec -8,8%. Le 22 juin, Intel valait 140 dollars. Ce matin, ça vaut à peu près 60. Le mécanisme est simple et vicieux : tout le monde est plein de tech jusqu’aux oreilles, donc chaque rebond devient une occasion de vendre. Il n’y a plus de cash sur le banc de touche pour ramasser les miettes. Quand on est valorisé pour la perfection, il faut livrer la perfection. Et depuis un mois, plus personne ne livre la perfection.

Mais le meilleur, c’est le chiffre que personne ne regarde. DONC, vendredi soir, le S&P 500 a clôturé à 7’580,07 points. Le 29 mai, il avait clôturé à 7’580,06. Cinq mois de guerre, de pétrole à 115 dollars, de hausses de taux, de délires sur l’IA et de tweets en majuscules, et si vous aviez acheté le S&P fin mai, vous avez gagné UN CENTIME. Tout ça pour ça. Pendant ce temps, les bénéfices montent de 30% et le multiple du S&P est tombé à 18,5 fois, contre plus de 22 en début d’année. Le marché devient moins cher sans baisser, parce qu’il ne croit plus les prévisions. C’est la première chose raisonnablement humaine qu’il fait depuis longtemps. Côté taux, le baril qui s’écrase fait respirer le long terme, avec le 10 ans à 4,91%, mais le 2 ans MONTE à 4,60%, parce que la Fed de Warsh ne regarde pas le pétrole d’un jour. Tiens, d’ailleurs, la dette US est à 40’582 milliards. Personne ne regarde, tout le monde a les yeux rivés sur les urnes.

La guerre qui n’existe pas

Le matin, le président iranien annonce que le guide suprême lui a donné « certains pouvoirs » pour négocier. Lesquels, on ne sait pas. On ne sait pas non plus s’il peut grimper aux murs ou transformer l’eau en vin. L’après-midi, Trump explique que l’Iran « VOUDRAIT faire un deal » et que ça « POURRAIT arriver ». Et le soir, le Wall Street Journal révèle que les États-Unis ont bombardé l’île de Qeshm, la plus grande du Golfe persique, posée pile à l’entrée du détroit d’Ormuz, avec des tunnels pleins de missiles, de mines et de drones. Et on apprend au passage que ces « frappes limitées » durent depuis des semaines, en silence, volontairement, et qu’elles sont « défensives ». On bombarde une île, mais pour se défendre, et discrètement, pour ne pas déranger les voisins. Une guerre « gentille ». Le soir même, sur Fox News, Trump sort la phrase de la semaine : ce n’est pas vraiment une guerre, il n’y a pas eu de tirs depuis des mois. Le jour où son armée tire sur une île.

Et le marché s’en tamponne complètement. Le Brent a perdu 7,6% à 104,77 dollars, le WTI 7,4% à 96,46, et ce matin les deux sont stables. Il faut comprendre la mécanique : en octobre, le Brent avait pris presque 14% parce que tout le monde anticipait une grosse offensive APRÈS les élections. Hier, le marché a retiré la prime de risque d’un coup, parce que Trump a fait « non » de la tête quand un journaliste lui a demandé s’il frapperait l’Iran après les midterms. Un « non » mimé, sans le son. Huit pour cent de baril effacés sur un mouvement de lèvres. Évidemment, rien de tout ça n’est un hasard : les Américains votent aujourd’hui, l’essence est le premier sujet de colère des électeurs, et les marchés de paris donnent près de 75% de chances au Sénat de basculer. Donc la veille du vote, comme par magie, la paix devient « possible », le baril s’écroule, et Trump publie en majuscules que c’est UN RECORD. Ce n’est pas un record, mais c’est un très bon slogan. Le marché du pétrole a déjà fait ce coup-là quatre ou cinq fois depuis février : il s’effondre sur une rumeur de paix et remonte sur une explosion. C’est le trading de la girouette.

Apple et Palantir, punis pour bonne conduite

Apple a publié le premier trimestre de l’ère John Ternus, et sur le papier c’est parfait : bénéfice de 2,10 dollars par action contre 1,99 attendu, iPhone à +17,5%, Mac à +24%, Chine à +21%. Réaction : -2 à -3% après la clôture, parce que la marge brute va tomber entre 45 et 46%, contre 50,1% il y a trois mois. La faute à la mémoire, dont les prix sont « sans précédent ». Et voilà toute l’ironie : Apple a pris 27% cette année justement parce que c’est LE refuge anti-IA, celui qui ne dépense presque rien en data centers. Et l’anti-IA se fait rattraper par l’IA, parce que toutes les puces mémoire de la planète partent dans les serveurs des autres. Apple ne fait pas d’IA, mais paie quand même l’IA de tout le monde.

Palantir, c’est encore pire, parce qu’il n’y a rien à reprocher aux chiffres. Il y a un an, la société faisait 1,18 milliard de chiffre d’affaires par trimestre. Hier, elle en annonce 2,31. +96%. Les prévisions annuelles sont relevées à +91%. Et le titre perd plus de 3%. Parce qu’à 80 ou 90 fois les bénéfices, les analystes ne lisent plus les gros titres, ils cherchent la petite ligne en bas du communiqué qui fait douter. Et ils l’ont trouvée. À ce prix-là, on n’achète plus un trimestre, on achète cinq ans de certitude, et la moindre fissure devient une fissure dans la certitude.

Le programme

Ce matin, les futures sont légèrement positifs, +0,1% sur le S&P et +0,3% sur le Nasdaq. La Corée se fait laminer de plus de 3%, avec Samsung qui perd entre 4 et 5%, Tokyo est fermé pour la fête de la Culture, et le Brent traîne autour de 104,70 dollars. Aujourd’hui, Pfizer et Shopify avant l’ouverture, les JOLTS à 16h, et AMD, Super Micro et Arista après la clôture. Mais LE rendez-vous, c’est cette nuit : les premiers bureaux de vote ferment vers 1h heure suisse, et c’est au réveil qu’on saura si Wall Street achète la cohabitation ou si elle vend l’IA.

Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout ce qui n’a pas tenu ici. Le deal Marvell-Lumentum à 115 milliards, où une prime de 24% s’est transformée en décote en une semaine, et ce que le marché vous dit quand un acheteur paie en actions au sommet du cycle. Les 10 millions de barils de diesel que Paris brade en fanfaronnant, et le petit calcul qui montre combien de JOURS ils vont vraiment tenir. Christine Lagarde qui quitte la BCE neuf mois avant la fin de son mandat, et l’opération « technicienne » qui se met en place sous nos yeux pour la présidentielle. Et la petite ligne en bas du communiqué de Palantir qui a fait douter Wall Street, ainsi que les métaphores de premier rendez-vous d’Alex Karp. Pour lire tout ça, c’est sur Morningbull.ch, et l’abonnement se prend en 2 minutes. Abonnez-vous : quand le marché punit les bonnes nouvelles et croit aux promesses de paix de la veille d’une élection, mieux vaut avoir quelqu’un qui lit les petites lignes à votre place.

Passez une excellente journée, et on se retrouve demain pour le dépouillement, les gueules de bois électorales et les premiers tweets de Trump expliquant qu’il a gagné même s’il a perdu.

Thomas Veillet

Morningbull.ch

« If a man smiles all the time, he’s probably selling something that doesn’t work. »
George Carlin