Flashback quelques semaines en arrière lorsque la guerre en Iran et la situation dans le détroit d’Ormuz n’accaparaient pas encore toute l’attention des investisseurs. Les marchés actions européens clôturaient alors un très bon mois de février et affichaient une progression annuelle de plus de 5% pour le CAC 40 et 6% pour l’Euro Stoxx.
Par Edouard Perrichet, gérant de portefeuilles
Pour un observateur qui s’arrêterait à la seule évolution des indices, ces derniers renvoyaient l’image d’une apparente sérénité dans un début d’année chargé en rebondissements géopolitiques et économiques. Sous la surface, la volatilité était pourtant vivement remontée et les arbitrages sectoriels violents. La saison des résultats annuels a été très agitée. Le marché a pris peu de pincettes pour sanctionner, parfois avec assez peu de discernement, le moindre écart avec les attentes. Des entreprises au modèle économique solide et pesant des dizaines, voire des centaines, de milliards d’euros ont parfois vu leur titre décrocher de 10%, 15% si ce n’est davantage pour des «loupés» seulement minimes avec le consensus.
Le dénominateur commun à ces sanctions boursières: l’intelligence artificielle (IA) et la crainte qu’elle rende obsolètes des pans entiers de l’économie. Il faut dire que depuis novembre 2022 et le déploiement «grand public» de l’IA via ChatGPT, la technologie a fait des progrès spectaculaires. Le développement des agents IA notamment permet de multiplier les cas d’usage de plus en plus concrets et pousse les investisseurs à envisager, à juste titre, comment seront impactés les acteurs historiques.
L’an dernier encore, le marché avait une lecture simple voire simpliste de l’IA: d’un côté les gagnants — ceux qui construisent l’infrastructure (semi-conducteurs, data centers, cloud, LLMs) ou qui capturent des gains de productivité — et de l’autre les perdants, tous ceux « non invités à la fête ». Mais cette lecture restrictive s’est quelque peu effritée et le marché va désormais plus loin et se montre toujours plus discriminant aussi bien vis-à-vis des gagnants que des perdants.
C’est ainsi qu’au fil des publications et des annonces d’Anthropic ou OpenAI sur de nouvelles fonctionnalités développées à moindre coût grâce à leurs modèles LLM, la liste des secteurs identifiés à risque de l’IA» n’a cessé de s’allonger : logiciels, services IT, médias, publicité, édition professionnelle, assurance, gestion de patrimoine, logistique, banques… De plus en plus fébriles face à la menace de disruption, les investisseurs ont fini par appliquer un vieux réflexe: «shoot first, think later».
Les secteurs disruptés vont voir leur croissance terminale ramenée à zéro en quelques années, l’IA va apporter plus de transparence sur les pratiques de prix, les marges vont fondre et les multiples de valorisation doivent être fortement révisés à la baisse. Comme souvent, les choses seront probablement plus nuancées. Face à la révolution de l’IA, les modèles économiques vont s’adapter et évoluer. Les acteurs historiques se défendront, ils sont d’ailleurs déjà très au fait de l’IA depuis de nombreuses années. L’inertie de leurs clients (B2B ou B2C) est probablement sous-estimée, tout comme l’importance des données, des relations de confiance, de la traçabilité, de la conformité et des connaissances métiers accumulées au fil du temps. Mais cela, il faudra en apporter la preuve concrète aux investisseurs que ce soit en termes de gains d’efficacité chiffrés ou de monétisation réelle des investissements réalisés dans l’IA. Attention à l’écueil de l’IA-washing que le marché ne pardonnerait pas alors qu’il n’a pas accordé le bénéfice du doute aux entreprises jugées à risque en appliquant très vite des décotes de valorisation appelées à durer le temps de séparer le bon grain de l’ivraie.
En attendant, le corollaire de ce violent mouvement d’aversion au risque de disruption de l’IA a été un regain d’appétit pour la « vieille économie » avec des rotations sectorielles très notables. Les investisseurs se réfugient dans ce qui paraît le moins «attaquable» par l’IA et reviennent ainsi vers des secteurs plus traditionnels: télécoms, utilities, concessions, construction, infrastructures, défense… Un retour vers des sociétés dotées d’actifs tangibles, en opposition aux entreprises dites «asset light», et qui ont en plus le mérite d’être exposées à des tendances de fond qui rendent les cas d’investissement pertinents : autonomie militaire et énergétique, électrification, rénovation énergétique, digitalisation.
En définitive, les investisseurs boursiers, institutionnels comme particuliers, devront suivre une même stratégie : sélectionner et diversifier. Quand l’incertitude est maximale, la diversification redevient une vertu et bien sélectionner ses valeurs une priorité. Plus que jamais le poncif de la diversification, « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », reprend tout son sens. Les indices sont moins unidirectionnels. Signe que la thématique de l’IA est de plus en plus mature, les marchés sont de plus en plus discriminants, ce qui en soi est un bon signe, mais cela nécessite plus de vigilance et un travail plus poussé sur les sociétés, une bonne nouvelle pour la gestion active.
Achevé de rédiger le 16 mars 2026
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