L’intelligence artificielle représente aujourd’hui une révolution d’une ampleur exceptionnelle, dont l’impact dépasse largement le périmètre des «méga-cap» technologiques. Elle se propage à l’ensemble des secteurs industriels et transforme en profondeur des chaînes entières, depuis les semi conducteurs et les infrastructures d’interconnexion jusqu’aux data centers, à l’énergie, aux télécommunications, à la défense et à la logistique. L’IA, associée au calcul haute performance, devient ainsi l’un des principaux moteurs d’un méga cycle d’investissement et de croissance structurelle.

Par David Mellul, Directeur général

 

David Mellul

Cette mutation s’accompagne de nouveaux goulets d’étranglement technologiques, notamment dans les domaines des fibres optiques, de la connectique ou encore de la mémoire. Ces tensions renforcent la position dominante des entreprises leaders, qui disposent désormais d’un pouvoir accru dans la fixation des prix et dans l’orientation des standards industriels.

Les effets concrets de cette transformation se font déjà sentir dans l’économie réelle. En effet, dans le secteur de l’énergie, la demande d’électricité progresse fortement sous l’effet de l’essor des infrastructures numériques, faisant de l’approvisionnement électrique un enjeu encore plus vital pour les États. Dans les télécommunications, la connectivité se réoriente progressivement vers les réseaux satellitaires, au détriment des infrastructures traditionnelles fondées sur les câbles et les antennes terrestres. Les transports connaissent également des bouleversements majeurs, avec l’avènement des véhicules autonomes, qui modifient les perspectives du trafic routier.

Le domaine militaire est lui aussi profondément transformé. L’utilisation croissante de drones et de robots renforce l’automatisation des armées, même si ces avancées technologiques coexistent avec des équipements plus anciens, générant parfois des résultats mitigés comme l’ont montré certaines opérations récentes, notamment en Ukraine, durant lesquelles les chars traditionnels n’ont pas eu l’efficacité escomptée. Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement et la logistique sont en pleine mutation, devenant un enjeu stratégique et géopolitique essentiel. Dans plusieurs secteurs, les changements en cours sont d’une telle ampleur qu’ils imposent une capacité d’adaptation significative.

Plus généralement, l’IA produit un choc positif sur la productivité dans l’ensemble des domaines — qu’il s’agisse de la finance, des logiciels, de la médecine ou d’autres secteurs — tout en favorisant une croissance contenue de l’offre de nouveaux produits et services. Elle inaugure ainsi une phase de transformation économique profonde, où les gains de performance, les innovations et les réorganisations industrielles se conjuguent pour redessiner durablement les équilibres mondiaux.

Comment l’investisseur peut-il continuer d’en tirer profit?

Depuis plusieurs années, les marchés financiers ont concentré leur attention sur un nombre restreint d’entreprises perçues comme les grands gagnants de la révolution de l’intelligence artificielle. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de comparer l’essor de l’IA à l’émergence d’Internet: dans les deux cas, une innovation technologique majeure a redéfini les attentes, les investissements et les valorisations de tout un pan de l’économie. Cette dynamique a conduit certaines entreprises à atteindre des niveaux de valorisation extrêmement élevés, faisant naître un risque accru de déception et, par conséquent, de correction.

Dans le même temps, plusieurs segments essentiels à la poursuite de cette révolution ont été moins bien identifiés par les marchés, alors que les entreprises les mieux positionnées dans ces domaines jouent un rôle absolument incontournable. Une approche d’investissement plus dynamique consiste ainsi à remplacer des sociétés devenues très chères — bien que fondamentalement solides, à l’image de NVIDIA — par d’autres dont la valorisation demeure plus raisonnable, tout en offrant un niveau de prévisibilité comparable. C’est le cas notamment de Micron pour la mémoire, de TSMC pour la production de semi‑conducteurs, d’Amphenol pour la connectique ou encore de Corning pour la fibre optique.

Si la révolution de l’IA s’est amorcée grâce à NVIDIA, son prolongement dépend désormais de cette infrastructure élargie: les câbles d’Amphenol, la mémoire de Micron, les wafers et procédés avancés de TSMC, ou encore la fibre optique de Corning constituent les fondations matérielles indispensables pour accompagner la croissance future de l’écosystème IA.

Identifier ces segments et leurs contraintes, c’est précisément repérer les véritables goulets d’étranglement technologiques. Or ce sont ces mêmes entreprises, positionnées au cœur de ces points de tension, qui bénéficient de marges préservées, d’une croissance soutenue et d’une visibilité particulièrement élevée.


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