Lundi dernier était le Presidents' Day aux États-Unis, tandis qu'une grande partie de l'Asie était fermée toute la semaine pour célébrer le Nouvel An lunaire (l'année du Cheval de Feu) et qu'en Europe, les vacances scolaires de mi-trimestre ont également réduit la liquidité des marchés.
Comme c’est souvent le cas lorsque la liquidité diminue, l’évolution des prix devient plus contrastée. La semaine dernière, les obligations d’État ainsi que le dollar américain ont évolué à contre-courant du consensus, avec un aplatissement des courbes souveraines, mené par la surperformance du Japon et du Royaume-Uni, où les inquiétudes budgétaires restent élevées. Parallèlement, le dollar américain s’est largement renforcé face à la plupart des devises mondiales.
Les actifs risqués sont restés résilients, malgré la hausse de la volatilité, les indices MOVE et VIX demeurant élevés, signe d’une incertitude croissante. Le crédit corporate a enregistré une bonne semaine, générant des performances positives dans l’ensemble, le crédit des marchés émergents surperformant tant dans les segments investment grade que high yield. Avec les marchés asiatiques fermés, ce sont les indices boursiers européens qui ont été les gagnants de la semaine.
Le principal événement en Asie a été la publication du rapport commercial américain pour 2025. Le déficit commercial annuel a atteint 901,5 milliards de dollars, l’un des plus élevés jamais enregistrés, suggérant que les initiatives tarifaires américaines n’ont peut-être pas été aussi efficaces qu’escompté.[1]
À un niveau plus granulaire toutefois, les données ont mis en lumière la réorientation des flux commerciaux. En 2025, le déficit commercial des États-Unis avec la Chine s’est réduit à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans, ne représentant plus que 7% des importations totales américaines, contre 13% en 2024 et plus de 20% avant l’introduction des premiers droits de douane contre la Chine par le président Trump en 2018.[2]
Dans le même temps, les déficits commerciaux avec le Mexique et le Vietnam ont atteint des niveaux records, tandis que l’excédent commercial de Taïwan avec les États-Unis a presque doublé l’année dernière, porté par une forte hausse des exportations de semi-conducteurs et de produits électroniques. Cela reflète une demande soutenue liée aux investissements dans l’intelligence artificielle, les exportateurs bénéficiant d’exemptions tarifaires. [3]
La nouvelle la plus marquante en Europe a été la montée des préoccupations diplomatiques face à la menace d’une victoire d’un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle française, suscitant – selon le Financial Times – un débat sur l’opportunité de s’accorder à l’avance sur le successeur de la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, en même temps que d’autres nominations de hauts responsables de l’UE avant l’élection d’avril 2027. [4]
Au Royaume-Uni, une hausse surprise du chômage, [5] portée par un taux de chômage des jeunes atteignant 16,1%, combinée à un rapport d’inflation conforme aux attentes mais modéré – l’inflation globale reculant à 3,0 % en janvier contre 3,4% en décembre [6] – constitue probablement un argument suffisant pour que la Banque d’Angleterre réduise ses taux directeurs en mars. Les swaps de taux d’intérêt day to day intègrent désormais une probabilité de 82% d’une baisse de 25 points de base. [7]
Au Moyen-Orient, «pas de nouvelles, mauvaises nouvelles», alors que l’impasse entre les États-Unis et l’Iran se poursuit. L’Iran devrait désormais soumettre une proposition écrite exposant la manière dont il entend résoudre les questions en suspens issues du dernier cycle de négociations à Genève. Cette incertitude demeure un facteur clé de la hausse des prix de l’énergie ces dernières semaines, le détroit d’Ormuz étant le point de passage énergétique le plus stratégique au monde. Environ 20% de la consommation mondiale de pétrole transite chaque jour par ce détroit, représentant près d’un tiers du commerce maritime de pétrole et environ 20% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement en provenance du Qatar.[8]
Aux États-Unis, l’information clé est venue du compte rendu de la réunion de janvier du Federal Open Market Committee (FOMC), qui a suscité des interrogations. Bien qu’un large consensus se soit dégagé pour maintenir les taux inchangés, plusieurs participants ont plaidé pour une communication bilatérale, incluant la possibilité de nouvelles hausses si l’inflation reste supérieure à l’objectif.[9] Cela reflète une inquiétude accrue quant à la persistance de l’inflation et à la crédibilité de la politique monétaire. Ces préoccupations ont été renforcées par le rapport de décembre sur les dépenses de consommation personnelle (PCE). L’indice PCE sous-jacent, mesure d’inflation privilégiée par la Fed, a progressé de 0,36% sur un mois. En rythme annualisé sur un, trois et six mois, le PCE sous-jacent s’est accéléré respectivement à 4,3% (contre 2,0% précédemment), 3,1% (contre 2,4%) et 2,9% (contre 2,7%).[9]
S’il y a une tendance qui s’est maintenue sans relâche au cours des six derniers mois, c’est le regain d’appétit des investisseurs pour le crédit des marchés émergents. Après avoir été délaissé depuis la période du Covid, le crédit EM revient en grâce. Pourquoi maintenant? Voici dix raisons:
Dix raisons d’investir dans le crédit des marchés émergents
- Exploiter un positionnement favorable: alors que de nombreuses classes d’actifs ont déjà surinvesties, le crédit EM reste sous-détenu, offrant un profil rendement/risque asymétrique, limitant le potentiel de baisse et offrant un potentiel de hausse significatif.
- Des facteurs techniques inégalés: L’univers du crédit asiatique se contracte structurellement en raison d’émissions nettes négatives, favorisées par un financement domestique moins coûteux. Cela crée une «prime de rareté», où la demande dépasse constamment l’offre, soutenant les prix obligataires.
- Une protection face aux perturbations liées à l’IA: l’univers du crédit EM présente une exposition limitée aux dépenses d’investissement des éditeurs de logiciels et des hyperscalers, réduisant sa vulnérabilité aux disruptions liées à l’IA et offrant un refuge face à la volatilité technologique.
- Détenir ce dont le monde a besoin: les régions émergentes sont au cœur de la demande industrielle mondiale. Elles restent «l’usine et la mine» du monde: l’Asie fabrique semi-conducteurs et batteries, tandis que l’Amérique latine, le Moyen-Orient et l’Afrique dominent la production de matières premières et de minerais.
- Une véritable diversification mondiale: le crédit EM offre une large diversification souveraine et corporate, sans qu’aucun État ne représente plus de 10%, réduisant ainsi les risques de concentration et les risques extrêmes.
- Capturer le moteur de la croissance mondiale: l’Asie devrait croître de 4,5%, nettement au-dessus du reste du monde. Investir dans cette région signifie tirer parti de la solidité fondamentale du crédit alimentée par des performances supérieures du PIB, qui soutiennent les fondamentaux du crédit, les bilans et la durabilité des bénéfices.
- Se positionner pour le renouveau du commerce hors technologie: à mesure que les craintes tarifaires s’estompent et que les chaînes d’approvisionnement mondiales se reconfigurent, le commerce au-delà du secteur technologique peut se normaliser. L’Asie – au cœur de cette dynamique – ainsi que l’Europe de l’Est devraient en être les principaux bénéficiaires.
- Un spread supérieur par unité de levier: en termes simples, le rendement est plus élevé pour un risque équivalent. Les entreprises EM présentent souvent des bilans plus solides et des ratios d’endettement plus faibles que leurs homologues des marchés développés, tout en offrant des spreads plus élevés pour une notation similaire: un portefeuille investment grade avec un spread de type high yield.
- Un moyen pratique d’investir dans la reflation japonaise: à mesure que l’économie japonaise se redynamise, les effets se font particulièrement sentir dans l’univers du crédit asiatique. Investir dans le crédit asiatique permet de capter la croissance régionale et les flux commerciaux intra-asiatiques liés à la reprise du Japon.
- Bénéficier d’un dollar américain plus faible: Un dollar plus faible réduit les coûts de financement en USD, assouplit les conditions financières et améliore la capacité de service de la dette des pays émergents. Il soutient également le pouvoir d’achat local, favorisant les secteurs domestiques, des matières premières et du high yield – créant ainsi un puissant vent porteur pour le crédit EM.
[1] Bloomberg, “US Notches One of Its Biggest Annual Trade Gaps Since 1960,” February 19, 2026
[2] Fortune, Trump’s justification for the tariffs was rebalancing the trade deficit—it’s not going the way he wanted,” February 20, 2026
[3] Bloomberg, “Trump’s Tariffs Send US Trade Deficit With China to 21-Year Low,” February 19, 2026
[4] UBS Global Research, “European Economic Perspectives: ECB leadership change—implications,” February 18, 2026
[5] Bloomberg, “UK REACT: Surprise Jobless Rate Rise Means Earlier BOE Cuts,” February 17, 2026
[6] Bloomberg, “UK REACT: CPI Fall is Just the Start, 2% in Sight by Spring,” February 18, 2026
[7] Bloomberg, as of February 20, 2026
[8] US Energy Information Administration, ”About one-fifth of global liquefied natural gas trade flows through the Strait of Hormuz,” June 24, 2025
[9] Bloomberg, “US REACT: January FOMC Minutes Show Wider Backing for Rate Hold,” February 18, 2026
[10] The state council for the People’s Republic of China, as of 25th March 2025. “Asia remains key growth engine for global economy”
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