Joe Biden a pris un net avantage pour gagner l’élection présidentielle. Rien n’est joué tant qu’une élection n’a pas eu lieu, mais nul ne contestera que les derniers jours ont nui au président sortant. Son débat raté, la curieuse gestion médiatique de sa maladie, ses revirements incessants sur la relance ont creusé son retard dans tous les états-pivot. Une incertitude demeure sur la course au Sénat. Les Démocrates font une bonne campagne mais la carte de 2020 reste favorable aux Républicains. Si les sondages venaient à se resserrer d’ici le 3 novembre, Joe Biden pourrait avoir à affronter une obstruction budgétaire au Sénat.

Focus US par Bruno Cavalier, Chef Economiste et Fabien Bossy, Economiste

 

US : sondages pour l’élection présidentielle

Selon le dernier recensement des sondages, Joe Biden fait la course en tête dans tous les états-pivot, dont les deux plus gros pourvoyeurs de membres du collège électoral, Floride et Pennsylvanie (tableau). Sans ces deux états, ou même un seul, les chances de réélection du président Trump sont quasi nulles. Certes, les sondages du 7 octobre ne donnent pas le résultat du 3 novembre mais à la différence de 2016, Donald n’est pas cette fois une quantité inconnue ou nouvelle, ni pour les sondeurs, ni pour les électeurs. Sa base électorale lui est fermement fidèle, mais elle ne s’est pas accrue en quatre ans. La participation est en hausse dans le camp adverse.

Pour la Chambre des Représentants, les prévisions sont une nette victoire démocrate, comme en 2016. Pour le Sénat, l’issue est plus ouverte. Le renouvellement par tiers de la chambre haute fait qu’en 2020 la carte électorale était à première vue favorable aux Républicains. Pour garder leur majorité, il leur fallait gagner 21 des 35 sièges en jeu, dont 20 dans des états qui leur étaient solidement acquis. La difficile campagne de Donald Trump a changé la situation et la course est devenue très serrée dans plusieurs cas.

US : projection pour l’élection sénatoriale

A l’heure actuelle, cinq sièges ont autant de chances de basculer d’un côté que de l’autre. Si Joe Biden gagne, Kamala Harris aura une voix prépondérante au Sénat, et il suffirait au parti démocrate de remporter deux de ces cinq sièges incertains pour avoir une majorité (graphe). Selon les projections de fivethirtyeight, cette probabilité est de 66%. L’avance des démocrates dans les élections sénatoriales étant moins large que celle de Biden face à Trump, les jeux ne sont pas faits.

Les implications sont importantes. Sous Barack Obama, à partir de 2011, tout ou partie du Congrès avait une majorité opposée, réduisant la capacité du président de pousser son agenda. Les Républicains avaient en particulier mis la pression sur la politique budgétaire afin de la rendre plus restrictive, non sans effet sur la croissance. Une victoire de Joe Biden sans un contrôle complet du Congrès par les Démocrates pourrait voir l’histoire se répéter.

Politique monétaire et budgétaire

C’est une sorte de dialogue à distance qu’ont eu le 6 octobre Jerome Powell et Donald Trump (qui était sorti la veille de l’hôpital où il était traité pour son infection au coronavirus depuis le 2 octobre). A la conférence de la NABE, le président de la Fed évoquait le risque de voir l’économie américaine (re)tomber en récession si le rebond d’activité observé depuis mai en venait à perdre encore de sa vigueur. Pour conjurer ce risque, il juge que la réponse de politique économique doit être asymétrique, autrement dit qu’il vaut mieux en faire trop que pas assez. Chacun a compris que c’était un nouvel appel pour que le Congrès trouve un accord pour étendre le plan de relance budgétaire voté en avril dernier. Peu après, le président des États-Unis annonçait qu’il avait mis fin aux discussions avec les Démocrates, tout en promettant une stimulation fiscale massive et immédiate… une fois réélu.

La situation de l’économie justifie de nouvelles mesures en faveur des ménages et des secteurs en difficulté mais la situation politique est un obstacle sérieux à un accord. A trois semaines de l’élection, aucune mesure ne peut vraiment changer situation des électeurs, au point de modifier leur vote. Sans craindre de se contredire, Donald Trump tweettait quelques heures plus tard qu’il serait ravi d’approuver immédiatement une aide de 25Md$ au secteur aérien, une rallonge de 135Md$ pour soutenir l’emploi dans les petites entreprises, et l’envoi d’un chèque de 1200$ aux ménages. En somme, si Trump est réélu – une hypothèse qui, le moins qu’on puisse dire, ne s’est pas renforcée ces derniers jours – il y aura une relance budgétaire. Idem si Joe Biden gagne et si les Démocrates emportent le Sénat. Le cas le plus incertain serait un président démocrate faisant face à l’obstruction de ses adversaires au Sénat.

La nouvelle stratégie de la Fed, annoncée en août dernier, est soutenue par tous les membres du FOMC. Mais il y a certains désaccords quant à ses implications. Les minutes de la réunion du FOMC du 16 septembre ont révélé que le renforcement de la forward guidance sur les taux bas posait problème à plusieurs participants, outre le vote d’opposition de Robert Kaplan (Dallas). Ces présidents de Fed régionales considèrent que l’engagement à ne pas monter les taux avant longtemps réduit la flexibilité d’action de la Fed et peut même encourager les excès financiers. A l’avenir, le FOMC se dit prêt à examiner plus en détail sa politique d’achats de titres et la communication associée. Ce sujet étant plus complexe encore que la politique de taux, on ne sent pas qu’il y ait urgence à prendre une décision dès la prochaine réunion du 5 novembre.

A suivre cette semaine

La principale publication portera sur les ventes au détail en septembre (le 16), qui sont attendues en légère hausse. Les achats par cartes bancaires mesurés par l’indice Chase s’affichaient à -9.5% sur un an fin août et à -6% fin septembre (le creux début avril était à -40%). L’amélioration se poursuit donc modestement. L’inflation (le 13) devrait rester faible, au-dessous de 1.5% sur un an. Un second débat TV Trump-Biden était initialement prévu le 15 octobre. Aux dernières nouvelles, il n’aura pas lieu car Trump refuse qu’il se tienne à distance. D’ici là qui peut dire quelle nouvelle “surprise” aura connu cette folle campagne?

 

Sources : projects.fivethirtyeight.com, Oddo BHF Securities