Entre tensions géopolitiques, inflation persistante et remontée des taux, les marchés obligataires évoluent dans un environnement plus incertain. Pourtant, les obligations à haut rendement (High Yield) continuent de faire preuve de résistance.

Par Gilles Frisch, Directeur Gestion High Yield et Philippe Tranchet, Directeur adjoint des investissements

 

Un environnement macroéconomique sous tension

Gilles Frisch

La persistance du choc pétrolier a profondément modifié les perspectives économiques. Début octobre, le baril de Brent évoluait toujours au-dessus de 100 dollars, ravivant les inquiétudes inflationnistes et poussant les banques centrales à durcir leur politique monétaire. Alors que les marchés anticipaient encore des baisses de taux en début d’année, le scénario s’est inversé. Selon les anticipations de marché au 9 octobre 2026, les taux directeurs pourraient atteindre 3,1% en zone euro et 4,6% aux États-Unis à l’horizon juin 2027. Cette évolution s’accompagne de tensions sur les dettes souveraines, notamment en France. Toutefois, les indicateurs de risque bancaire ne signalent pas, à ce stade, de contagion comparable à celle observée lors de la crise des dettes souveraines européennes.

Pour nous, l’enjeu est désormais de distinguer les risques liés aux taux de ceux propres au crédit, dans un contexte où les différentes classes d’actifs obligataires ne réagissent pas de la même manière.

High Yield: des rendements plus élevés et des défauts contenus

Philippe Tranchet

Malgré cet environnement, le marché du High Yield conserve plusieurs facteurs de résistance. À fin septembre 2026, les rendements des indices atteignaient 6,35% en Europe et 8,16% aux États-Unis. Cette progression résulte principalement de la remontée des taux souverains, tandis que les spreads de crédit ont connu un élargissement plus limité.

Par ailleurs, le High Yield bénéficie généralement d’une sensibilité aux taux plus faible que celle des obligations de longue maturité. Cette caractéristique contribue à expliquer la poursuite des flux vers les fonds High Yield, alors que les fonds Investment Grade subissent davantage les conséquences du resserrement monétaire. Sur le plan des fondamentaux, les taux de défaut restent relativement modérés. Aux États-Unis, ils s’établissaient autour de 2% sur les obligations High Yield à fin septembre, contre environ 3% pour les leveraged loans.

Cette résistance s’explique notamment par une gestion plus prudente des bilans des entreprises, qui disposent de plusieurs leviers pour préserver leur liquidité : réduction des investissements, cessions d’actifs ou limitation des distributions aux actionnaires. Pour autant, des rendements plus élevés ne signifient pas une disparition du risque de crédit. La capacité des entreprises à faire face à leurs échéances de dette demeure un point de vigilance essentiel.

Des dynamiques différentes entre l’Europe et les États-Unis

Les marchés européen et américain ne présentent pas les mêmes sensibilités au contexte économique. En Europe, plusieurs secteurs industriels, notamment la chimie, le verre et l’automobile, restent particulièrement exposés à la hausse des coûts énergétiques. À l’inverse, le marché américain compte davantage d’entreprises susceptibles de bénéficier de la progression des prix des matières premières, notamment dans l’énergie.

Cette différence sectorielle contribue à expliquer la meilleure résistance du High Yield américain depuis le début de l’année. Les États-Unis offrent également des possibilités de diversification dans des secteurs moins représentés sur le marché européen, comme la santé privée, les technologies de santé ou les infrastructures numériques.

Ces dernières nécessitent néanmoins une analyse approfondie. Dans les data centers, par exemple, les besoins de financement considérables s’accompagnent de risques liés à la construction, à l’approvisionnement énergétique et aux engagements contractuels. Le développement rapide de l’intelligence artificielle ne garantit donc pas automatiquement la solidité financière des entreprises concernées.

Un marché primaire dynamique, mais qui exige de la sélectivité

L’activité du marché primaire constitue un autre élément marquant de 2026. En Europe, les émissions High Yield pourraient atteindre 140 milliards d’euros sur l’année, soit l’un des niveaux les plus élevés jamais enregistrés. Cette dynamique élargit l’univers d’investissement et permet d’accéder à de nouvelles émissions offrant des rendements plus importants. Certaines entreprises notées BB proposent désormais des rendements proches de 6%, contre environ 4,5% quelques mois auparavant.

Pour nous, cette évolution crée des opportunités, mais impose de rester sélectif. Les écarts de valorisation ne reflètent pas toujours suffisamment les différences de qualité de crédit entre les émetteurs.

L’analyse des bilans, de la génération de trésorerie et des perspectives de refinancement reste donc déterminante pour identifier les entreprises les mieux positionnées.

La sélection du crédit au coeur des enjeux

La remontée des taux a modifié l’équation rendement-risque du marché obligataire. Si les rendements proposés sur le High Yield sont aujourd’hui plus élevés, les incertitudes économiques, les tensions énergétiques et les risques de refinancement appellent toujours à la prudence.

Achevé de rédiger le 13/10/2026


Ce document est destiné à des clients professionnels. Il ne peut être utilisé dans un but autre que celui pour lequel il a été conçu et ne peut pas être reproduit, diffusé ou communiqué à des tiers en tout ou partie sans l’autorisation préalable et écrite de Mandarine Gestion. Aucune information contenue dans ce document ne saurait être interprétée comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Ce document est produit à titre purement indicatif. Il constitue une présentation conçue et réalisée par Mandarine Gestion à partir de sources qu’elle estime fiables. Mandarine Gestion se réserve la possibilité de modifier les informations présentées dans ce document à tout moment et sans préavis et notamment, en ce qui concerne la description des processus de gestion qui ne constitue en aucun cas un engagement de la part de Mandarine Gestion. Mandarine Gestion ne saurait être tenue responsable de toute décision prise ou non sur la base d’une information contenue dans ce document, ni de l’utilisation qui pourrait en être faite par un tiers.

Les OPCVM cités dans ce document sont autorisés à la commercialisation en France et éventuellement dans d’autres pays où la loi l’autorise. Les performances, classements, prix, notations et statistiques passés ne sont pas un indicateur fiable des performances, classements, prix, notations et statistiques futurs. Les performances ne sont pas constantes dans le temps et ne font l’objet d’aucune garantie. Les risques et les frais relatifs à l’investissement dans les OPCVM sont décrits dans les prospectus de ces derniers. Les prospectus et les documents périodiques sont disponibles sur simple demande auprès de Mandarine Gestion et consultables sur le site www.mandarine-gestion.com. Le prospectus doit être remis au souscripteur préalablement à la souscription et il convient de vérifier si l’investisseur est légalement autorisé à souscrire dans un OPCVM Les principaux risques de ces OPCVM sont les suivants : risque actions, risque de perte de capital, risque de gestion discrétionnaire, risque de change, risque de taux et risque de crédit. Les descriptifs et les détails de ces risques figurent dans le prospectus complet de l’OPCVM concerné.