La semaine dernière, les investisseurs ont découvert qu'être acheteur de l'intelligence artificielle ne garantissait plus le gros lot. Le décor macroéconomique avait pourtant de quoi faire grimper les taux. Aux États-Unis, les prix à la consommation et à la production ont accéléré, et dans des proportions bien supérieures aux attentes. Avec de tels chiffres, les rendements obligataires auraient dû s'envoler. Ils ont reculé.

La correction des valeurs liées à l’IA s’est doublée de craintes sur l’endettement de certains acteurs de l’écosystème, au point que le coût de l’assurance contre un défaut de paiement dans la technologie américaine a touché jeudi un niveau record. Les emprunts d’État ont aussitôt retrouvé leur fonction de refuge. Une semaine plus tôt, l’afflux de dette d’entreprise avait pourtant poussé les rendements du Trésor américain à des sommets de 24 ans.

Les membres de la Fed n’ont pas infléchi leur discours au vu des chiffres d’inflation, et l’idée qu’il n’y a aucune urgence à remonter les taux domine au sein du FOMC. Le marché anticipe donc un statu quo fin octobre, sans refermer le dossier pour autant : la probabilité d’une nouvelle hausse en décembre est évaluée à 77%. En temporisant, la banque centrale prend le risque d’être en retard, puis de devoir resserrer plus brutalement.

Ce reflux des taux a profité aux places européennes, qui ont repris des couleurs à la faveur de plusieurs bonnes publications. Wall Street, plus chargée en valeurs de l’IA, a cédé du terrain. La saison des résultats monte maintenant en puissance, avec de quoi entretenir la volatilité.

Le portefeuille Europe termine la semaine quasiment à plat, à 0,01%, loin du STOXX Europe 600 (2,12%). Les envolées de Sandoz (10,70%) et de Nordex (10,50%) n’ont pas suffi à compenser les chutes de Prysmian (-11,20%) et d’ASM International (-14,78%).

Le portefeuille USA recule de 3,50%, plus que le S&P 500 (-1,95%). McKesson (7,03%) n’a pas compensé les chutes d’Amphenol (-9,04%) et surtout de Teradyne (-19,29%). Le portefeuille Asie-Pacifique cède 4,17%, un peu moins que le MSCI AC Asia Pacific GDP Weighted (-4,50%). JD Health International (6,87%) a traversé la tempête, au contraire de Lenovo Group (-14,56%) et de Fujikura (-16,81%).

Cinquante bilans pour un verdict

La semaine qui s’ouvre commence par la Chine, qui publie ce lundi son PIB du troisième trimestre. Mercredi, l’inflation britannique de septembre tombera à une semaine du budget du 28 octobre, que redoutent les banques du pays. Vendredi, les indicateurs PMI flash d’octobre livreront une première photographie de l’activité dans les grandes économies, avant la réunion de la Fed de fin de mois.

Le volet sociétés s’étoffe nettement, avec les comptes d’une bonne cinquantaine de très grosses entreprises. CATL ouvre le bal mardi. Mercredi sera la journée la plus chargée. Meta, qui a promis des milliards et débauché à tour de bras pour rattraper son retard dans l’IA, devra montrer ce que rapportent ces dépenses. SAP publiera le soir à 22h05, et Iberdrola dans la journée. Jeudi, Newmont, Nasdaq à 13h00 et London Stock Exchange Group prendront le relais. Ce dernier négocie le rachat de la plateforme de crédit Octus pour 3,5 milliards USD. Zijin Mining et Eni fermeront la marche vendredi. Netflix, Tesla, IBM, Roche, Hermès, Nestlé, L’Oréal et EssilorLuxottica figurent aussi au calendrier de la semaine.

Ces publications arrivent au moment où le pari sur l’IA a cessé d’être un réflexe gagnant. Le secteur peine davantage à vendre son récit de croissance infinie, et seule la détente des rendements obligataires a contenu le désordre sur les puces. Chaque publication technologique sera donc jugée sur la visibilité au-delà de 2026 plutôt que sur le trimestre écoulé. Sur ce terrain, le premier fabricant mondial de puces avancées a déjà répondu : malgré six trimestres records d’affilée, TSMC a refusé de s’engager sur 2027.