La tech est depuis des années le moteur principal des marchés américains. Mais désormais, le secteur préféré des investisseurs est aussi un enjeu macro. La croissance en dépend, les mouvements sur les taux d'intérêt sont de plus en plus corrélés aux annonces du secteur et la réglementation de l'IA devient un sujet majeur du débat politique.
Avec l’essor de l’IA, la tech est devenue une des principales composantes de la croissance économique. Les émissions de dette massives des hyperscalers en font aussi un catalyseur essentiel des mouvements sur les taux d’intérêt. Enfin, la tech devient un sujet majeur dans le débat politique, qui pourrait bien être au cœur des batailles législatives du prochain Congrès et de la campagne présidentielle de 2028.
Du S&P au GDP
Le poids prépondérant de la tech dans les indices actions américains ne date pas d’hier. Mais il ne cesse de croître. Selon Bank of America, les « Big 10 » de l’IA, soit les 7 Magnifiques plus Broadcom, Micron et AMD représentent actuellement 42% du S&P 500.

Et cela reflète désormais un poids croissant dans l’économie américaine. En effet, les centaines de milliards de dollars investis dans l’IA bénéficient à de nombreux secteurs, créent des dizaines de milliers d’emplois, et irriguent tout le territoire américain.
Résultat, l’IA est devenue l’un des principaux moteurs de l’activité économique et permet aux Etats-Unis d’afficher la plus forte croissance du G7 (et de loin).

C’est pour cela que Donald Trump est farouchement opposé à tout ralentissement de l’IA (que l’on parle de la construction de data centers ou du développement de nouveaux modèles). La bonne santé de l’économie américaine et de Wall Street est intimement liée à celle de l’IA.
Le président américain considère aussi que les Etats-Unis sont engagés dans une course technologique avec la Chine, qui ne leur permet pas de ralentir.
Encore l’IA
Sur les marchés, un autre indicateur, traditionnellement influencé par des facteurs macro, montre cette montée en puissance de la tech : les taux d’intérêt.
Ces derniers sont fortement remontés cette année. Et l’un des principaux facteurs de ce mouvement est la compétition pour le capital. En effet, les grandes entreprises américaines de la tech, historiquement assises sur des montagnes de cash, doivent maintenant émettre de la dette pour financer leurs investissements massifs dans l’IA. Une demande qui entre en concurrence avec celle des Etats, ce qui pousse les taux d’intérêt à la hausse.
Et s’il est souvent difficile de savoir exactement quel facteur influence le plus les taux – entre les perspectives de croissance, l’inflation, la Fed, les déficits publics et maintenant les Capex de la tech – la semaine dernière a mis en évidence le rôle prépondérant de la tech.
En effet, les taux longs ont connu leur première phase de stabilisation. Le 10 ans américain est passé de 5.3% à 5.1%. Et pourtant, les chiffres d’inflation publiés la semaine dernière étaient bien plus élevés qu’attendu.
Mais les craintes sur l’IA ont pris le dessus sur le sujet inflationniste. Les investisseurs s’inquiètent de l’endettement de certains acteurs, dont les néoclouds. La semaine dernière, Coreweave a lâché plus de 20%, entraînant le Nasdaq dans son sillage.
Dans ce contexte, les Treasuries ont retrouvé leur rôle de valeur refuge. Les investisseurs ont délaissé les actions et racheté des obligations. Une mécanique que l’on n’avait plus vue à l’œuvre depuis plusieurs mois, au point de s’interroger sur le statut des Treasuries et plus largement des obligations d’Etat.
Pendant des années, les taux faisaient bouger la tech. C’est désormais l’inverse.
Thème de campagne
Aux Etats-Unis, la contestation contre l’IA prend de l’ampleur: les Américains craignent les effets sur l’emploi, mais aussi l’impact des data centers sur les prix de l’énergie et les ressources en eau. Ainsi, tous les sondages montrent une opposition massive à la construction de data centers.

Face à cette colère, des élus de tous bords s’emparent du sujet, de Bernie Sanders, figure de l’aile gauche du parti démocrate, à Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump et personnage emblématique du monde MAGA.
La règlementation sur l’IA pourrait donc être l’une des principales batailles au Congrès après les élections de mi-mandat. D’autant que les démocrates sont pour l’heure donnés favoris.
Dans les années à venir, l’IA pourrait fortement impacter l’emploi, l’environnement, la production d’énergie, la hausse des prix, ou encore l’aménagement de certains territoires. Les élus sont donc sous pression de leurs administrés pour agir.
Dès le lendemain des élections de mi-mandat, tous les regards se porteront vers l’élection de 2028. Et l’IA pourrait s’imposer comme un des principaux thèmes de cette campagne.